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A Condrieu, le FN invente l’arrivée de migrants de Calais et se fait interdire ses manifestations

actualisé le 16/11/2016 à 10h10

Thérèse Corompt, maire de Condrieu, au sud du département du Rhône, a pris un arrêté municipal pour interdire la manifestation « anti-migrant » que voulait organiser le FN le 22 octobre. Et faire pièce à la rumeur.
Rebelote, ce samedi 29 octobre. Un nouveau rassemblement est prévu par l’extrême droite. Il a été encore interdit. Mais cette fois-ci, le FN a déposé un recours devant le tribunal administratif.

> Article initialement publié le 21 octobre à 21h

Quelques jours du démantèlement de la jungle de Calais et de l’arrivée de migrants dans le Rhône, le FN local voulait frapper un grand coup.
Le mercredi 19 octobre, dans les boîtes aux lettres et sur les pare-brises des voitures de la commune viticole de Condrieu, des tracts frontistes ont été glissés. Signés par Muriel Coativy, la secrétaire départementale de la fédération FN du Rhône et Antoine Melliès, conseiller régional, ils annonçaient :

« Le préfet du Rhône, Michel Delpuech veut imposer l’installation de dizaines de migrants issus de la jungle de Calais dans la commune de Condrieu, sans vous consulter par référendum. C’est un véritable scandale démocratique ! »

Plus loin, l’appel à manifester, le samedi 22 octobre, faisait planer la menace terroriste :

« Combien de Kouachi et Coulibaly parmi les centaines de migrants qui pénètrent sur notre sol ? »

Dans l’édition du 21 octobre du Progrès, la maire socialiste, Thérèse Corompt, s’appuie sur ce tract pour justifier son arrêté municipal.

« Ma mission est de prévenir et maintenir l’ordre public. Je refuse de soutenir un mouvement qui prône division et rejet de la population ».

En zone gendarmerie, c’est la mairie qui est compétente pour interdire une manifestation.

Muriel Coativy, secrétaire départementale de la fédération FN du Rhône a dénoncé sur son compte Twitter « une démocratie bafouée » et a annoncé « une nouvelle déclaration pour une autre date ».


Des mineurs isolés présents dans la commune depuis une quinzaine d’années

Contactée par Rue89Lyon, la maire de Condrieu justifie cette interdiction par le fait que la manifestation repose sur « des informations erronées » :

« Le préfet du Rhône ne m’a jamais proposé d’accueillir dans la commune de Condrieu des migrants de Calais. »

Et d’ajouter :

« A Condrieu, on a toujours accueilli des mineurs seuls en difficulté. Parfois, ils sont Français, parfois ils sont étrangers. »

La rumeur semble en effet venir de l’activité de l’association le Comité commun, mandatée par le Département du Rhône (compétent en matière de protection de l’enfance) qui a la charge de ces mineurs.

Depuis une quinzaine d’années, cette association occupe une ancienne maison religieuse de Condrieu. Actuellement, onze mineurs isolés étrangers sont hébergés. Ils sont arrivés cet été et les derniers en septembre. En tant que mineurs isolés étrangers, ils sont pris en charge par des éducateurs.
Le directeur de l’association, Claude Dély, explique pourquoi cette arrivée nouvelle dans la commune de Condrieu :

« On a réorganisé l’établissement dans sa partie hébergement. On a donc pu accueillir plus de jeunes sur Condrieu. Ce sont des mineurs non-accompagnés en détresse qui cherchent avant tout à s’insérer. C’est le Département du Rhône qui nous les oriente, très souvent suite à une décision judiciaire ».

« Aucun vient de Calais », affirme en outre la maire de Condrieu. Ce que confirme le directeur de l’association.

Rien à voir donc avec l’arrivée de « dizaines de migrants » dans des centres d’accueil et d’orientation que l’Etat crée dans toute la France pour accueillir les migrants en provenance de Calais, suite au démantèlement de la jungle.

Face à cette mobilisation de l’extrême droite, un « collectif de Condriots solidaires » a rapidement été mis sur pied. Et une dizaine de personnes ont distribué le vendredi 21 octobre, un contre-tract, sur le marché, pour « montrer (leur) sens de l’hospitalité » et rétablir quelques faits.
Et le samedi, une centaine de contre-manifestants se sont rassemblés, place du marché, là où le FN invitait à manifester.


Nouvelle tentative de manifestation du FN et nouvelle interdiction

Les même causes entraînant les mêmes effets, la nouvelle manifestation déposée par le FN du Rhône pour le samedi 29 octobre à 11 heures a été interdite, par la maire de Condrieu.

Dans son arrêté municipal, Thérèse Corrompt considère, toujours, que la manifestation est fondée sur de « fausses informations ».
La justification de l’interdiction repose surtout sur des considérations d’ordre public :

« Considérant l’appel à manifester du collectif « Condriot solidaire » à la même heure et au même lieu. Il existe un risque de confrontation entre ces deux groupes de manifestants ».

Pour ces mêmes questions d’ordre public, la contre-manifestation du collectif « Condriot solidaire » a été également interdite.

Contacté par Rue89Lyon, Antoine Melliès, l’homme fort du FN dans le secteur, justifie le maintien d’un appel à manifester, malgré les démentis de la mairie, de la préfecture et de l’association sur l’arrivée de « dizaines de migrants de Calais ».

« Nous dénonçons le fait qu’il n’est pas du tout avéré que cette association de Condrieu n’accueille pas, à terme, des migrants de Calais. Par ailleurs, il n’y a pas de transparence suffisante. Ces mineurs isolés qui vont continuer à arriver, d’où vont-ils venir ? Nous souhaitons que les deniers publics soient utilisés pour les mineurs français qui n’ont plus de parents. »

Aucun tract n’a été distribué pour cette nouvelle manifestation. Aux dires d’Antoine Melliès, l’appel à manifester a été sensiblement modifié et élargi. Il colle davantage à la réalité. Cette fois-ci, le rassemblement a pour objet de protester « contre l’installation des mineurs isolés étrangers et contre le plan de répartition des migrants de Calais voulu par le préfet du Rhône ».

Le tribunal administratif confirme l’interdiction prise par la maire de Condrieu

Pour faire annuler le nouvel arrêté municipal, le Front national a déposé un référé-liberté devant le tribunal administratif de Lyon. Lequel tribunal a rendu, vendredi 28 octobre,  une ordonnance confirmant la décision de la maire de Condrieu.

Antoine Melliès, qui avait déposé la manifestation au nom du FN, a annoncé qu’il se conformerait à cette ordonnance tout en dénonçant une « justice qui bâillonne la liberté de manifester ».

Le FN promet d’appeler à d’autres manifestations dans d’autres communes qui accueilleraient des « migrants de Calais ».

> Article mis à jour le 28 octobre à 13h avec l’annonce de la nouvelle manifestation frontiste, les propos du FN Antoine Melliès et les précisions du directeur de l’association le Comité commun.

> Mise à jour le 28 octobre à 18h15 suite à l’ordonnance du TA de Lyon rejetant le référé-liberté du FN.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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