Société 

Pokémon Go ou une horde de dresseurs à gérer dans Lyon

actualisé le 08/09/2016 à 22h30

« Tu as un Pikachu ? Trop dur de le trouver ». Depuis quelques jours, le parc de la Tête d’Or est devenu le spot préféré des adeptes du jeu Pokémon Go. Une centaine de personnes s’est d’ailleurs réunie dès le lundi dans la zone des grandes serres. Le lendemain, la municipalité décidait la fermeture de l’accès à l’île du Souvenir, dans le parc.

Avec Pokémon Go, l’usage des espaces publics redevient une question. L’engouement ahurissant suscité par le jeu en réalité augmentée Pokémon Go et le nombre croissant de dresseurs qui se retrouvent au parc de la Tête d’Or ont obligé la mairie de Lyon à fermer l’île du Souvenir, qui porte un monument aux morts de la Première guerre mondiale, à l’intérieur du parc. Au service com’ de la ville, on nous explique :

« La trop forte affluence et les quelques déchets retrouvés nous a obligé à en fermer l’accès. L’île du Souvenir doit rester un lieu de recueillement et non un espace de jeu. Beaucoup de touristes aiment y venir, donc on verra au cas par cas comment on procèdera. Mais pour le moment, c’est fermé. »

Au sein de la municipalité, on se demande comment telle ou telle bestiole apparaît dans un endroit de la ville, et qui derrière l’appli (propulsée par Niantic) les choisit.

D’autres invasions de dresseurs avaient suscité l’émoi voire l’indignation, dans des lieux dédiés à la mémoire (Auschwitz ou encore le musée mémorial de l’Holocauste à Washington).

Pour l’anecdote, deux chasseurs sont restés coincés dès le lundi soir sur l’île du Souvenir (qui ferme habituellement à 16h30) au parc de la Tête d’Or et ils ont dû revenir à la nage.

On rapporte aussi  dans l’agglomération des témoignages mi-amusés, mi-atterrés. Le jardin d’un établissement scolaire privé à Saint-Genis-Laval, muré, est assailli par les chasseurs.

Lothaire, grand fan des personnages du dessin animé Pokémon depuis son enfance, tente d’argumenter en faveur de ces attroupements :

« L’avantage des rassemblements c’est qu’ils permettent d’attraper les pokémons plus facilement. Puis ça nous permet aussi de tous nous retrouver, c’est vraiment sympa, l’ambiance est bonne. »

« Et attention aux fleurs »

Imaginant prévenir les débordements, la municipalité avait installé, au sein du parc, des pancartes à destination des joueurs. Objectif : éviter que ça ne dégénère et assurer la protection des fleurs.

Pancarte Pokémon Go Parc de la Tête d'Or Lyon. © Romain Chevalier/Rue89Lyon.

Pancarte installée par la municipalité au parc de la Tête d’Or, à destination des joueurs de Pokémon Go. © Romain Chevalier/Rue89Lyon.

Sur Rue89, Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur à l’Université de Nantes affirme que l’application fait apparaitre deux niveaux de risques :

 » Primo celui d’un environnement immersif qui vous empêche de recevoir les signaux d’alerte habituels envoyés par vos cinq sens dans le monde réel. Deuxio celui d’un environnement hybridé dans lequel des instructions ou des personnages « numériques » apparaissent « dans » la réalité, en sur-impression de celle-ci et interfèrent directement avec elle donnant lieu à de nouvelles sensations kinesthésiques pleines de potentiel mais également pleines d’un certain nombre de risques (l’accidentologie des « piétons-zombies » étant connue et documentée depuis au moins 2013) « 

À noter que plusieurs incidents ont déjà eu lieu. En effet, à l’idée d’attraper certaines créatures, les dresseurs entrent dans une euphorie totale assez inquiétante. 

Deux jours avant la sortie officielle du jeu en France, la gendarmerie du département s’est sentie obligée de diffuser un message via Facebook. Elle y promulgue plusieurs conseils à destination des assidus de Pokémon Go, tels que « faire preuve de bon sens et de vigilance ».

Déjà, de nombreux rassemblements ou des chasses géantes sont organisées dans la ville. Par exemple, le Meltdown Lyon (un bar de gamers) propose des réductions sur présentation de « Pokédex » ou encore plusieurs expéditions dans la ville.

« J’ai horreur des jeux vidéos mais j’aime Pokémon Go »

À Lyon, comme partout en France, le jeu Pokémon Go rencontre un succès effarant. Pour évaluer l’ampleur du phénomène, petit tour sur les réseaux sociaux, où les rendez-vous sont pris, les conseils donnés.

On dénombre pas moins d’une dizaine de pages et de groupes Facebook créés par les dresseurs en chasse sur le seul territoire de Lyon. Certains groupes atteignent même plus de 2000 membres.

Le phénomène Pokémon Go envahi Lyon

Capture d’écran d’un groupe Pokémon Go Lyon sur Facebook. DR

Pour certains gamers, comme Flora, 18 ans ou Aurélien, 16 ans, rencontrés dans les allées du parc de la Tête d’Or, le jeu est l’occasion de « s’aérer » tout en s’amusant.

Le jeune homme, qui se dit fan invétéré de Pokémon depuis petit, raconte :

« Ce jeu me permet de sortir de chez moi tout en jouant grâce au système de réalité augmentée. C’est le top ! »

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, y a vu le même avantage, histoire de se donner un air « dans le coup ».

Pendant ce temps, son homologue, Laurence Rossignol, ministre des Familles, se faisait pourrir par les gamers après avoir critiqué le jeu et son aspect « enfermant ».

Pour Marion, 22 ans et joueuse depuis deux semaines, Pokémon Go est sociabilisant :

« J’ai absolument horreur des jeux vidéos mais paradoxalement j’aime bien jouer à Pokémon Go. Avec ce jeu, contrairement aux autres, on ne reste pas enfermé chez soi derrière un écran. C’est plus convivial. »

Attrape-moi si tu peux

Parmi les joueurs au parc de la Tête d’Or, très peu sont ceux qui ont attendu la sortie officielle du jeu en France (dimanche 24 juillet) pour l’essayer. C’est notamment le cas de Victor âgé de 19 ans. Il raconte :

« J’ai téléchargé le jeu il y a environ une dizaine de jours pour le tester, pour voir si cela pouvait me plaire et depuis je n’ai pas arrêté de jouer. Je trouve que c’est super addictif. Par conséquence, dès que je me balade, je sors mon téléphone et je joue. »

Marion est même venue spécialement de l’Ain avec son copain et sa belle-soeur au parc de la Tête d’Or pour chasser les pokémons :

« J’ai une copine qui a commandé un nouveau téléphone en partie pour pouvoir jouer à Pokémon Go. Ma mère aussi a fini par céder et elle va acheter un smartphone à mon frère pour qu’il puisse jouer avec ses copains. »

Pour Aurélia, c’est un retour en enfance :

« Petite, je jouais avec mon frère à Pokémon et on retrouve cette ambiance-là. On a l’impression d’être Sacha et Ondine et d’élever un pokémon dans la vraie vie. »

De son côté, le Maire de Lyon Gérard Collomb n’a pas voulu rester hors jeu, toujours prompt à se donner une image cool sur sa page Facebook. Dimanche 24 juillet, il a fait faire un petit montage promo pour la ville :

Sur le risque de se prendre un mur en conduisant ou de se blesser, concentré sur son écran de téléphone, un gif assez drôle est en ce moment largement partagé sur les réseaux sociaux.

gifpokemon

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