Cultures  Société 

« L’État matraquant la Liberté », une fresque polémique à Grenoble

actualisé le 29/06/2016 à 21h23

[Article mis à jour] À Grenoble, une fresque murale représentant Marianne à terre, aux prises avec deux policiers prêts à la matraquer suscite de vives réactions. D’autant plus que la peinture a été présentée dans le cadre du Grenoble Street Art Fest, un festival subventionné par la Mairie de Grenoble.

L’un des deux policiers est muni d’un bouclier sur lequel est inscrit « 49.3 », en référence à l’article de la Constitution permettant au gouvernement de faire passer une loi en force et auquel Manuel Valls a eu recours pour sa « loi travail ». Les deux agents menacent de battre le symbole de la République, à terre.

Il n’en fallait pas plus pour que la peinture murale de l’artiste Goin fasse parler d’elle.

Capture d'écran du site de l'artiste Goin.

Capture d’écran du site de l’artiste Goin.

Les réactions et condamnations n’ont pas tardé à pleuvoir :

« Une fresque honteuse « , a jugé Jean-Pierre Barbier, député et président du conseil départemental de l’Isère (Les Républicains).

L’ancienne ministre socialiste Geneviève Fioraso, députée de la première circonscription de l’Isère, estime quant à elle que :

« Par respect pour ceux qui nous protègent, il faut effacer immédiatement cette fresque inacceptable dans le contexte ».

Selon son idée :

« Quand la collectivité locale finance, sur l’argent des contribuables grenoblois, une fresque réalisée dans le cadre d’un festival subventionné à hauteur de 25 000 euros, à la vue de tous, dans l’espace public, elle est responsable des messages passés. »

Indignation jusqu’a Bernard Cazeneuve qui a tweeté son soutien à la police et lancé une menace à peine voilée à Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble :

« Plein soutien aux policiers qui protègent chaque jour les Grenoblois, et qui attendent d’‪@EricPiolle qu’il leur dise ses regrets ‪#fresque »

Du coté de la mairie de Grenoble, on se refuse à exercer un quelconque contrôle sur les choix artistiques portés par l’événement Grenoble Street Art Fest. Le cabinet du maire Eric Piolle a déclaré au monde.fr :

« Nous, en tant que politiques, on s’interdit de vouloir gérer la création artistique On comprend la réaction de la police et d’autres, mais ça reste une œuvre d’art, et l’art peut être subversif « .

« L’État, pas la police »

« On comprend bien sûr l’émoi de la police. Mais comprendre cet émoi ne veut pas dire s’asseoir sur les textes fondateurs de la République. (…) La liberté d’expression fait partie des bases fondamentales de la République. C’est ce que nous défendons tous et ce que la police a défendu après les attentats contre “Charlie Hebdo”», poursuit l’entourage du maire.
Capture d'écran du FB d'Eric Piolle.

Capture d’écran du FB d’Eric Piolle.

Jérôme Catz , organisateur du festival, a dû faire quelques explications de texte, via Le Dauphiné libéré. Pour lui, l’artiste n’a pas souhaité de stigmatiser les policiers mais bien l’Etat :

« Dès vendredi quand nous avons su qu’il y avait une polémique, l’artiste, qui est un artiste anonyme qui cherche à faire réagir les gens, a rajouté un titre à son œuvre, qu’il a appelée “L’Etat matraquant la Liberté”. »

La fresque a été peinte sur un pan de mur du quartier de la gare, qui devrait être détruit prochainement.

Eric Piolle s’est également exprimé sur France 3 Régions (vidéo ci-dessous).


Interview Éric Piolle

Et ce lundi, la fresque a été « customisée », avec un graff indiquant : « Stand up for the french police ». La photo ci-après :

Fresque de l'artiste Goin, à Grenoble, vandalisée en soutien à la police. Crédit : Victor Guilbert/Rue89Lyon.

Fresque de l’artiste Goin, à Grenoble, vandalisée en soutien à la police. Crédit : Victor Guilbert/Rue89Lyon.

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