Société 

L’Euro 2016 à Lyon : quels coûts pour quelles retombées ?

actualisé le 16/06/2016 à 07h41

Pour l’organisation de l’Euro 2016 sur son territoire, la Ville de Lyon avance une dépense de 5 millions d’euros pour la collectivité. Mais il ne faudrait pas oublier ce qu’a coûté le Grand Stade de l’OL dont la construction aurait été rendue difficile sans ce gros et très attendu rendez-vous de football.

Au final, la note est conséquente pour les collectivités locales (dont le Sytral). En face, on annonce des retombées économiques de taille pour les acteurs locaux.


1. Au moins 4 millions d’euros directement dépensés par la Ville de Lyon et la Métropole

Globalement, la Ville de Lyon s’en sort bien. D’une part, une partie de la facture de sécurité est prise en charge par l’Etat et l’UEFA. D’autre part, pour cette édition 2016, l’UEFA a versé une enveloppe aux villes hôtes, dont Lyon fait partie.

Une jauge de 20 000 spectateurs, deux écrans géants et une ouverture tous les jours de match de 12h à 23h45, la Fan-zone a établi ses quartiers à Bellecour jusqu’à la fin de l’Euro. L’accès est gratuit mais les conditions d’accès sont draconiennes : pas de sacs et un passage par les détecteurs de métaux.

Il s’agit d’un lieu privé qui répond au cahier des charges de l’UEFA. En clair, la place a été privatisée durant toute la période de compétition.

La Fan-zone a été confiée à GL Events, le géant de l’événementiel lyonnais contre un chèque de 1,3 millions d’euros réglé par la municipalité (chiffre : Ville de Lyon).

120 agents de sécurité de l’entreprise Byblos seront présents à l’intérieur du site. Les polices municipale et nationale ne sont pas habilitées à entrer dans le périmètre, à part pour une urgence. 40 agents de la police municipale seront en permanence autour de la fan-zone. Deux nouvelles caméras de vidéosurveillance ont été installées sur la place ainsi que des portiques de sécurité.

Il faut ajouter à ces dépenses d’aménagement et de sécurité :

  • le nettoyage renforcé de la place (comme pour la Fête des Lumières)
  • les dépenses en communication pour pavoiser les villes de l’agglomération aux couleurs de l’Euro
  • les événements commerciaux, culturels et sportifs organisés pendant l’Euro par la Ville de Lyon (demandez le programme).

Coût global : Ville de Lyon + Métropole = au moins 4 millions d’euros.
Il s’agit d’une estimation basse. Les chiffres définitifs sont promis pour cet automne.

Une des entrées de la fan-zone de la place Bellecour à Lyon. SS/Rue89Lyon

Une des entrées de la fan-zone de la place Bellecour à Lyon. SS/Rue89Lyon


2. Métro et trams en renfort : 1 million d’euros pour les TCL


Des recettes en provenance de l’UEFA et de l’Etat
Le surcoût d’un renforcement de la sécurité dans la fan zone exigée à la suite des attentats de Paris est de 914 000 euros pris en charge par l’UEFA et l’Etat (chiffre : Ville de Lyon).
Cette enveloppe comprend :
– le financement à 80% de deux nouvelles caméras de vidéosurveillance place Bellecour. Elles resteront après le départ de la fan-zone.
– les portiques de sécurité détecteurs de métaux.
– Le sur-coût représenté par 40 agents de sécurité supplémentaire pour l’intérieur de la fan-zone (on est passé de 80 à 120).
Parallèlement, pour la première fois, l’UEFA a versé une enveloppe aux villes hôtes. La Ville de Lyon a ainsi touché deux millions d’euros dédiés au football amateur. Ce programme « héritage » va permettre la rénovation de six stades.
Conséquence : le bilan financier des collectivités (Ville+Métropole+Sytral) est donc de 5-3 millions d’euros soit 2 millions d’euros.

Sur les lignes et les stations qui vont accueillir le plus de monde, le service va être renforcé. Le coût total de ce renforcement est d’environ un million d’euro pour le Sytral, l’autorité organisatrice des TCL.
Ce schéma de desserte renforcée passe essentiellement par :

  • le renforcement des lignes A, B et D de métro et T3 et T5 de tram, à partir de la fan-zone et du centre de Lyon vers le Parc OL
.
  • La mise en place des navettes tramway et bus vers le stade.
  • la station Bellecour de métro sera mis en mode « Fête des Lumières ». Par exemple, l’accès métro situé rue de la République est fermé pendant toute la durée de la compétition.

Une porte-porte du Sytral tient à relativiser ce coût :

« Les études prévisionnelles ont montré que le bilan financier en termes de recettes serait globalement neutre, au regard de l’importante clientèle touristique en lien avec l’Euro ».


3. Une facture importante pour l’Etat

Le déploiement en force de l’ordre (police + gendarmerie) va être conséquent.

  • Autour de la fan-zone : en permanence un escadron de gendarmes mobiles (80 hommes) ainsi que 140 policiers (dont les services spécialisés de la BRI, du RAID et de la BAC).
  • Autour du Parc OL : pour chacun des six matches, de deux à quatre escadrons de gendarmes mobiles et environ 350 policiers.
  • Ailleurs dans l’agglomération lyonnaise : renforcement de la présence policière dans les gares et à l’aéroport. 30 à 60 patrouilles par jour resteront mobilisées. Ce qui représente 300 policiers supplémentaire par rapport à une période normale.

A cela, il faut ajouter 27 militaires supplémentaires à la Part-Dieu et Saint-Exupéry dans le cadre du dispositif sentinelle.

Contrairement au dispositif municipal dans et autour de la fan-zone, l’UEFA ne versera pas un centime. C’est l’Etat qui le prend en charge à 100%.

Aucun chiffre n’est fourni par la préfecture du Rhône concernant le coût de ce dispositif.


4. Ne pas oublier le coût du Grand Stade pour la collectivité

Sans l’Euro organisé en France, Jean-Michel Aulas n’aurait pas pu construire son Grand Stade à Décines.
C’est l’une des nombreuses conclusions de l’étude commandée par l’UEFA menée en 2014 par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges.

Sur une estimation de 380 millions d’euros, la moitié des financements levée serait due à l’Euro, selon les chiffres de l’étude.

Contacté par Rue89Lyon, l’un des auteurs de l’étude, Christophe Lepetit, économiste du sport au CDES, explique :

« Sans l’Euro 2016, Jean-Michel Aulas n’aurait pas pu bénéficier de la déclaration d’intérêt général, ni de la garantie d’emprunt ».

On se souvient également que le président de l’OL envisageait même d’organiser le match d’ouverture de l’Euro.

Pour l’Etat et la collectivité (le Grand Lyon et le Sytral essentiellement), il en a coûté 202 millions d’euros (chiffre : Ville de Lyon). Cet investissement public concerne les accès au stade.

Il faut donc peu ou prou intégrer ce coût dans la note globale.

Jean-Michel Aulas devant le grand stade © LM/Rue89Lyon

Gérard Collomb et Jean-Michel Aulas devant le grand stade © LM/Rue89Lyon


5. 166 millions d’euros de retombées estimées

Selon cette étude menée en 2014 par le CDES de Limoges citée abondamment par la Ville de Lyon, les retombées directes de l’Euro sont estimées à 166 millions d’euros pour Lyon et son agglomération.

Ses 166 millions comprennent :

  • 12 millions de dépenses d’organisation : un tiers correspond à la location par l’UEFA du Parc OL (versé à l’OL donc) et deux tiers aux dépenses des équipes nationales qui doivent prendre des « hôtels de transfert » les jours de match.
  • Les 154 millions restant correspondent aux retombées économiques de court terme : les places des spectateurs, l’enveloppe versée par l’UEFA (environ une dizaine de millions d’euros pour le stade), les hôtels, etc…

Dans ces retombées, il faut inclure, selon la Ville de Lyon, plusieurs entreprises lyonnaises qui ont décroché des marchés pour l’Euro comme GL Events (événementiel), Médicis (3D), Zebrand (la mascotte Super Victor).


6. Quelles retombées médiatiques ?


L’UEFA exonérée d’impôt
Les recettes de l’UEFA et des filiales sont exonérés d’impôt hors TVA comme l’a voté l’Assemblée nationale en novembre dernier. Comme l’écrivait alors Les Echos, l’octroi d’un tel avantage fiscal repose sur les retombées économiques attendues de la compétition pour l’économie française.
Cette exonération devrait coûter entre 150 et 200 millions d’euros à la France, selon l’Assemblée nationale (repris par le site Basta).

Les retombées médiatiques n’ont pas été mesurées par l’étude du CDES. Mais il y en aura.

L’exposition médiatique mondiale permise par cet événement « constitue pour la Métropole de Lyon un formidable vecteur d’attractivité ». Ça, c’est pour le discours qui justifie tous les financements publics.

Lors de la conférence de presse de présentation de l’Euro à Lyon, Georges Képénékian, premier adjoint au maire et vice président du Club des villes hôtes, se montrait catégorique :

« C’est une magnifique vitrine. Il y aura 8 milliards de téléspectateurs. Si on faisait l’équivalent en terme de campagne de communication, ce serait beaucoup d’argent. »

Et de promettre un bilan à l’automne 2016.

Fouziya Bouzerda, adjointe déléguée au Commerce, va dans le même sens :

« Les commerçants ont vu cette opération comme une opportunité. C’est une une occasion de faire rayonner la Ville ».

Le grand gagnant de l’Euro 2016 restera l’UEFA qui va engranger (si on se base sur les chiffres du précédent Euro) 1,9 milliard de recettes, dont 1 milliard uniquement de droits télé.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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