Société 

Menacés d’expulsion, les résidents du squat l’Oblik à Villeurbanne restent mobilisés

actualisé le 04/05/2016 à 08h02

Un squat salubre et accueillant du public, ça existe ? C’est ce que voudraient prouver les résidents de l’Oblik, un lieu qui a été ouvert aux frontières de la Doua.

Ce n’est toutefois pas l’avis de la mairie PS de Villeurbanne, propriétaire de l’usine désaffectée, qui vient d’obtenir de la justice l’expulsion des résidents. L’arrivée récente de familles demandeuses d’asile ne semble pas changer la donne.

L'Oblik, situé en face de l'IUT, ne passe pas inaperçu.

L’Oblik, situé en face de l’IUT, ne passe pas inaperçu.

Une sonnette à la porte. Passage obligatoire pour entrer dans l’Oblik, comme dans n’importe quel immeuble, quelques tags en plus. Le bâtiment attire l’œil, juste en face du campus de la Doua. Des squatteurs (ou habitants, selon les préférences de chacun) ont établi leur résidence dans les anciens locaux de la papeterie Oblique AZ au mois de décembre 2015.

Ce n’est qu’une fois à l’intérieur que l’on se rend véritablement compte de l’ampleur du lieu. Environ 10 000 m², une cuisine, un salon et des couchages « un peu partout », explique Lucile (prénom modifié), l’une des habitantes.

« C’est aussi un lieu où plein de choses se passent, où des gens se rencontrent et mènent des activités, indique la jeune femme. On veut recréer un lien entre les personnes, faire vivre ce lieu. Pas seulement parce qu’on est en galère de logement ».

Activités culturelles et usine désaffectée

Au-dessus des hangars, l'Oblik dispose d'une cuisine et d'un salon pour que les habitants puissent passer des moments ensemble.

Au-dessus des hangars, l’Oblik dispose d’une cuisine et d’un salon pour que les habitants puissent passer des moments ensemble.

Foyer, petit garage, salles de musique et de sport, salon de tatouage, ateliers de sérigraphie, de créations en bois et de réparation de vélos constituent en partie la vie culturelle de l’Oblik.

Diverses activités sont également organisées à prix libre tout au long de la semaine. Petits concerts, Shia Tsu, théâtre, chorale et ostéopathie sont par exemple programmés dans l’enceinte du bâtiment abandonné depuis 2012.

Une vingtaine d’associations utilisent l’ancienne usine pour exercer leurs activités, à défaut d’avoir obtenu un local ailleurs. On peut citer notamment l’équipe de Roller Derby de Lyon qui utilise le vaste terrain pour ses entraînements. Des concerts longue durée sont également organisés, comme ceux qui ont tenu éveillé un public venu en nombre vendredi dernier.

C’est le principal argument avancé par la mairie : le lieu est trop dangereux pour accueillir du public. La municipalité socialiste refuse de prendre la responsabilité d’accueillir le public au sein de murs qu’elle juge bons à la destruction.

Didier Vullierme, adjoint au maire de Villeurbanne, délégué à la sécurité et prévention, confirme :

« Ce bâtiment industriel est un lieu où il y a de l’amiante, et qui n’est pas conçu pour des détections incendie. Ce n’est pas un ERP (établissement recevant du public, ndlr) dans lequel la collectivité peut prendre une responsabilité en cas d’incident ».

La Ville a donc saisi la justice afin de récupérer les locaux dont elle est la propriétaire. L’adjoint l’assure : le projet est, depuis peu, d’implanter des laboratoires de recherche et des entreprises liées aux activités du campus universitaire voisin de la Doua.

Le couperet est tombé le 4 avril dernier au tribunal d’instance : les squatteurs sont sous le coup d’un avis d’expulsion et doivent quitter les locaux « sans délai ». Le jugement vient de leur être notifié.

« On voudrait mener un recours. Ce serait fou quand même de devoir partir comme ça, s’exclame Lucile, assise à la grande table de la cuisine de l’Oblik. C’est en hyper bon état et salubre. C’est le rêve ici comparé à d’autres squats. »

Difficile à expliquer aux agents et aux élus de Villeurbanne. Elle regrette le manque de communication avec la mairie :

« On a écrit une lettre à Jean-Paul Bret (maire PS de Villeurbanne), il ne nous a jamais répondu mais on nous a quand même proposé un rendez-vous. Puis au dernier moment ils nous ont dit que le rendez-vous ne pourrait pas se faire. On aimerait un peu plus d’écoute et d’attention ».

Une cinquantaine de personnes hébergées

Lucile et Camille participent à l'organisation collective de l'Oblik.

Lucile et Camille participent à l’organisation collective de l’Oblik.

Lucile vient de finir ses études et n’a pas d’emploi. Elle vit à l’Oblik depuis le début du squat. « C’est une vraie petite tribu ici », sourit-t-elle. Un autre habitant de passage dans la cuisine précise :

« Y a des gens qui se connaissent depuis la friche RVI ».

La friche RVI, qui fût une véritable épine dans le pied de la ville de Lyon pendant plusieurs années. Un squat s’était si bien organisé qu’il était alors devenu très difficile d’expulser ses locataires. Une situation que veut sans doute éviter la mairie de Villeurbanne en mettant fin au squat de l’Oblik au plus vite.

Mais l’Oblik, ce n’est pas seulement une friche culturelle, c’est aussi un logement (presque) décent pour une cinquantaine de personnes sans-abri. Qui n’ont, pour la plupart, pas prévu d’autre solution suite à l’avis d’expulsion. A l’instar de Lucile. Et quand on pose la question aux six résidents présents dans la cuisine avec elle, aucun n’a de plan de secours.

Camille, de son côté, n’habite pas à l’Oblik, mais elle y vient pour discuter et participer à des activités :

« Il n’y a aucune solution d’hébergement. Les gens qui sont ici ont fait des demandes de logements sociaux mais ils sont toujours sur liste d’attente et ils n’ont rien. »

Des familles de migrants s’installent : le tricycle au milieu des tags

Des familles de migrants, qui ont pour certaines le statut de réfugiées, sont notamment hébergées depuis peu.

« Il y a trois familles albanaises et roms avec enfants et bébés. Ils sont arrivés à la fin de la trêve hivernale. Une est encore en train de s’installer », compte Lucile.

A l’intérieur de l’Oblik, là où les familles ont construit des logements de fortune, l’ambiance est bon enfant. Une fête d’anniversaire se prépare. L’une des plus jeunes habitantes du squat fête sa première bougie. Les enfants, tous sur leur 31, laissent entendre des éclats de rire en déambulant sur des tricycles dans les grands hangars. Les adultes sont souriants, visiblement heureux de se réunir pour une fête.

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A l’anniversaire, enfants et parents se sont retrouvés. « Les Français », comme les appellent les familles albanaises, les ont rejoints un plus tard.

Pour autant, Amarildo confie rapidement son inquiétude. Le père de famille de 33 ans est réfugié en France depuis 2012. Voilà un an et demi qu’il va de squat en squat, emmenant sa femme et ses deux enfants avec lui – ils sont âgés de deux ans et trois semaines pour le plus petit.

La famille albanaise est arrivé à l’Oblik il y a une semaine.

« C’est mieux que d’être à la rue, et puis ici c’est le rêve comparé à d’autres endroits », relativise celui qui vivait dans le squat Mermoz/California.

Déjà un an qu’il attend un logement. C’est l’association Saint-Vincent-de-Paul, pour laquelle il travaille bénévolement, qui l’a aidé à monter son dossier.

« On espère que ça va venir. »

« Pas de négociations » ?

Ces nouvelles arrivées relancent les envies de négociations du côté des squatteurs. Lucile imagine :

« Les familles entrent dans la donne, maintenant. »

La Ville nous assure ne pas avoir eu vent de la présence de ces familles à l’Oblik depuis quelques semaines déjà. Ni même après la décision du tribunal.

« On n’a pas été informés de leur présence, on ne va pas théoriser dans le vide », indique Didier Vullierme, quand on lui demande ce qu’il prévoit pour cette situation particulière (même si elle est du ressort de l’Etat).

Les familles se sont construites de petits logements privés avec cuisine et chambres.

« Pour le moment, il n’y a pas de négociations. Demander des négociations après une décision de justice, c’est un peu particulier. A priori, cela ne se négocie pas », fait savoir Didier Vullierme.

Il précise que la décision de justice a aussi été prise en raison de la trentaine de plaintes transmises à la mairie par le voisinage de l’Oblik. Ce week-end encore.

Pour l’instant, les habitants de l’Oblik lancent un appel à la réflexion (autour d’un barbecue), mercredi 4 mai à 17h.

« On veut réfléchir à ce qu’on va faire, comment contacter les élus, encore une fois. On veut aussi motiver les associations car on a besoin qu’elles prennent la parole elles-aussi, informe Camille. C’est un appel à tous ceux qui veulent trouver ensemble une solution. »

Une idée émerge déjà : les résidents de l’Oblik estiment pouvoir demander un délai jusqu’au début du chantier.

« Tant qu’il n’y a pas de travaux, on voit pas pourquoi on devrait partir. L’électricité et l’eau pourraient être payées, par exemple. On est d’accord pour jouer aussi selon leurs règles », sourient Lucile et Camille.

 

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L'AUTEUR
Gaëlle Courty
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