Société 

On a regardé « The Apprentice » sur M6 avec le lyonnais Bruno Bonnell

actualisé le 17/09/2015 à 09h35

[Article mis à jour] M6 a lancé mercredi 9 septembre sa nouvelle télé-réalité, tournée vers le monde de l’entreprise. L’émission s’appelle The Apprentice. Et les clefs ont été confiées à Bruno Bonnell, chef d’entreprise lyonnais à la tête de Robopolis, connu pour avoir racheté l’emblématique firme de jeux vidéo Atari, précurseur sur le marché de la robotique.

L’émission voudrait vulgariser le fonctionnement et les codes du monde de l’entreprise ; sa première a confirmé cette ambition par moment mais surtout envoyé du gros cliché, parfois navrant, le reste du temps. Déjà mauvaise, l’audience a encore baissé pour la seconde émission.

Bruno Bonnell dans le programme de M6 "The Apprentice" / Capture d'écran

Bruno Bonnell dans le programme de M6 « The Apprentice » / Capture d’écran

Le pitch de l’émission est simple : Bruno Bonnell a sélectionné, nous assure-t-on sans trop y croire, 14 candidats (sept filles, sept garçons, parité respectée) parmi lesquels, après une série d’épreuves commerciales et une logique d’éliminations successives, il n’en restera qu’un(e). La médaille ? Un poste en CDI de directeur du développement commercial d’un nouveau robot que s’apprête à lancer le grand patron lyonnais. Un entretien d’embauche avec mise à l’épreuve, donc, en plusieurs épisodes.

La logique est celle d’un Koh-Lanta rapportée à des épreuves de vendeurs où des gens qui ne se connaissent pas doivent fonctionner en équipe tout en se faisant remarquer individuellement. Le chef de l’équipe perdante peut nominer deux autres coéquipiers supplémentaires. Bruno Bonnell lui-même élimine alors une de ces trois personnes.

Comme souvent dans la télé-réalité française, le concept vient d’ailleurs. En l’occurrence des Etats-Unis où dans le fauteuil de la célébrité du monde des affaires prenait place Donald Trump, qui a fait fortune dans l’immobilier, aujourd’hui candidat aux primaires républicaines pour la Maison Blanche. Un homme que notre patron français apprécie peu comme il aime à le répéter à longueur d’interview :

« Ce n’est pas un homme que j’admire […] Il a des opinions un peu extrêmes que je ne discuterais pas. Le plus important, c’est qu’il pense – et je crois que c’est naïf! – qu’un homme de l’entreprise peut gérer la complexité de la politique. (…) Contrairement à Donald Trump, ma phrase-clé n’est pas «Vous êtes virés» mais «Vous n’êtes pas prêt», ce qui sous-entend qu’ils seront peut-être prêts un jour. »

On ne sait pas dans la version US mais ici les candidats n’arrivent pas vraiment dans des limousines, mais à bord d’utilitaires (Mercedes, certes). Parce qu’ici, avant d’être riches ils vont devoir trimer. D’ailleurs, le grand chef d’entreprise chauve est formel :

« Je ne recrute pas aux diplômes mais au mérite ».

Casting : les candidats repoussoirs immédiatement mis en avant

Vous avez raté la première diffusion ? On vous la refait.

A la présentation des candidats on a du mal à croire que le patron lyonnais a fait lui-même le casting. Tout y est. Des cadres commerciaux, des responsables marketing, des sans diplôme, des sortis d’HEC, des blancs, des jeunes « sans expérience », des plus vieux « avec de la bouteille » et toutes les couleurs de peau. On a rien oublié ?

Côté femme on nous présente en premier lieu et à dessein :

  • Céline, la quadra austère un peu à contre emploi (qui sera éliminée d’entrée, désolé pour le spoiler) ;
  • Séverine, la femme active qui, après avoir privilégié son couple, veut « reprendre sa vie en main » ;
  • la maman qui veut « prouver qu’on peut y arriver » malgré des enfants
  • et Nadia la bombe qui sait qu’elle a « le physique pour le poste » et qui naturellement ne rendra pas beaucoup service au combat pour l’égalité des sexes.
Céline, candidate éliminée lors de la première émission de The Apprentice / Capture d'écran

Céline, candidate éliminée lors de la première émission de The Apprentice / Capture d’écran

Côté garçons voici d’entrée de jeu :

  • Vinh, l’ingénieur typé asiatique qui « vend des avions de 150 millions d’euros à des chefs d’Etat » alors vendre un petit robot qui tient dans la main ça le fait bien marrer (en fait non, il n’est pas drôle) ;
  • Rémy, le responsable d’un restaurant de 31 ans au léger accent du sud et plutôt à la cool (forcément) ;
  • et l’immédiate tête-à-claques et future star de l’émission (il restera donc au moins quelques épisodes) : Alexandre, le trentenaire chef d’entreprise dans le e-commerce qui a fait « gagner à sa boîte ses premiers millions mais ça ne [lui] suffit pas [il veut] faire gagner plus que le PIB de la France ». Le spécimen est une machine à débiter de la punchline misogyne. Extrait :

« Des filles mignonnes très stéréotypes (sic), je me dis que c’est pas elles qui vont réfléchir le plus ».

Une ambition pédagogique noyée sous les stéréotypes

Rapidement, on se dit que les haters gonna hate. Faut dire que la production n’aide pas vraiment. Pour le premier cas pratique filles et garçons sont séparés et doivent trouver des marchés pour rapporter le plus gros chiffres d’affaires dans le secteur d’activité du pressing. Garçons, filles, linge, machine à laver, fer à repasser… On s’attend à souffrir.

Malgré tout, dans les premiers temps de ce premier épisode l’ambition de vulgarisation du monde et des codes de l’entreprise fonctionne plutôt. Les situations de vente sont variées : négociations dans un rendez-vous programmé, porte-à-porte et négociations en direct avec le concurrent. Bien qu’un peu basique, à coups de chiffons, de serviettes et de nappes et de contrats ridicules de moins de 300 euros, l’exercice est censé illustrer un principe simple : il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre. En clair, engranger les contrats c’est bien mais si on ne peut assurer le service et honorer le contrat ça ne sert à rien.

Et ça, notre chef d’entreprise n’aime pas. Au-delà des lessives et du repassage, on attend des candidats qu’ils évaluent le travail à fournir, leurs capacités à répondre à la demande et leur organisation. Les deux bras-droits de Bruno Bonnell, à la télé et dans son entreprise, assurent avec leurs interventions cette dimension « pédagogique ».

Bruno Bonnell entouré de ses bras droits Nathalie Cayuela et Salim Azouli / Capture d'écran

Bruno Bonnell entouré de ses bras droits Nathalie Cayuela et Salim Azouli / Capture d’écran

Mais ce premier épisode, pour lancer l’émission, force malgré tout trop le trait. Les deux candidats repoussoirs, Nadia et Alexandre, sont naturellement largement mis en avant mais sont trop caricaturaux pour qu’on s’y attache, même un peu. En faisant s’affronter garçons et filles autour de machines à laver et de fers à repasser, on obtient le résultat escompté quand les esprits se tendent (parce qu’ils se tendent nécessairement à un moment dans ces émissions) :

« On est des filles, le linge ça fait partie de notre vie, on doit y arriver », (Nadia toujours).

Ce début de programme semble aussi véhiculer le cliché du commercial qui doit être bon et opérationnel immédiatement même s’il ne connaît rien au secteur et au produit. D’ailleurs, les stratégies de vente se font en chemin, dans les fameux utilitaires (comme quoi c’est pratique en fait). Là aussi, on tire vite vers les traits grossiers : l’équipe des garçons attaque « le marché » de façon agressive alors que celle des filles forcément plus douces sont plus honnêtes.

Un patron qui veut transmettre les codes mais qui apparaît peu

Bruno Bonnell, qui a l’ambition de transmettre son expérience, parle et apparaît assez peu. Lorsqu’il s’agit en fin d’émission de faire passer un message justement, celui-ci se résumera à de basiques conseils :

« Apprenez à écouter, à travailler collectivement », ou encore : « une vente ce n’est pas une promesse mais quelque chose qu’on doit pouvoir exécuter ».

Au moment de l’élimination du premier candidat, les discussions avec ses deux assistants ne sont même pas retranscrites et il n’expliquera d’ailleurs pas vraiment son choix. Pour les techniques de management et de recrutement on repassera donc. Dommage pour celui qui veut donner les codes à ceux qui veulent entrer dans l’entreprise.

Dommage aussi parce que le patron lyonnais passe plutôt bien devant la caméra avec son physique quelque part entre Kojak et Philippe Etchebest (autre professionnel starisé par M6 avec l’émission Cauchemar en cuisine).

Il pourrait être beaucoup plus à l’aise si toutes ses interventions, et surtout celles de ses lieutenants (dont Nathalie Cayuela, une lyonnaise en vue engagée dans les campagnes électorales socialistes), n’étaient pas aussi écrites.

Au final on assiste à des passages un peu trop surjoués, des interventions à la diction trop saccadée pour être naturelle, où on tente de le camper en figure charismatique. On ne s’y attache finalement pas beaucoup mais on ne le craint pas forcément non plus. Le patron tout puissant pour qui on se bat en vendant du linge ou du poisson, renvoie une image un peu vieillotte du patron et de l’entreprise. Pourtant Bruno Bonnell souhaite changer la changer assure-t-il au Figaro :

« Elle est un peu caricaturée. Or, c’est surtout une aventure humaine, et c’est aussi beaucoup de respect, d’échange. On va voir que ceux qui essaient d’avancer en écrasant les autres peuvent connaître beaucoup de désappointements. (…). Là, nous allons pouvoir parler des valeurs de l’entreprise. »

Disons que cela fait un petit coup de promo à la ville de Lyon, dont le maire Gérard Collomb aime dire qu’elle possède un dynamisme économique qui devrait être pris en modèle au niveau national.

Visiblement les spectateurs n’ont pas accroché à cette première du nouveau programme de M6. Selon les chiffres d’audience, The Apprentice a réuni le 9 septembre un petit million de téléspectateurs faisant moins bien à la même heure qu’Arte ou même France 3.

Une semaine plus tard, ils n’étaient que 892 000 à regarder l’émission.

> Mis à jour le 17 septembre à 9h30 avec les chiffres d’audience de la seconde émission.

 

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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