Société 

Les incidents du 14 juillet devant le tribunal : « Vous n’êtes pas un méchant garçon »

actualisé le 20/07/2015 à 10h07

Pour ce long pont du 14 juillet, Lyon et plusieurs communes de l’Est-lyonnais ont connu une vague d’incidents. Outre des dégradations volontaires, la police a relevé 89 véhicules incendiés en deux nuits (12/13 juillet et 13/14 juillet) et plusieurs agents agressés. 

Pour la seule nuit du 13/14 juillet, 16 personnes, dont 10 mineurs, ont été interpellées. Deux d’entre elles étaient jugées ce mercredi en comparution immédiate au tribunal de Lyon.

Un avocat devant le palais de Justice de Lyon qui abrite, entre autres, le tribunal de grande instance (TGI) © Pierre Maier / Rue89Lyon

Un avocat devant le palais de Justice de Lyon qui abrite, entre autres, le tribunal de grande instance (TGI) © Pierre Maier / Rue89Lyon

Au moment de décliner ses date et lieu de naissance, la voix de Daniel prend la teinte sourde d’un écolier qui aurait appris par cœur. Mal à l’aise à l’évidence, les dents serrées, son visage se détend quand il semble apercevoir quelqu’un de son entourage au fond du tribunal, il se permet même un clin d’œil rassurant.

Dans la nuit du 13 au 14 juillet, il aurait tiré au mortier (le modèle de feu d’artifice, pas le lance grenade) sur des agents de la sûreté départementale, à la cité de la Balme, à Vaux-en-Velin, avant de prendre la fuite. Il a été interpellé quelques minutes plus tard, au domicile d’une de ses connaissances.

Le jeune homme de 19 ans, en survêtement bleu et noir, cheveux ras, a déjà des traits d’adulte. Alerte, les yeux vifs, il réprime une colère qui enfle. Il nie toute implication, sinon la fuite face aux agents :

« Vous savez ce que ça fait d’être contrôlé deux fois par jour par la police juste parce que vous marchez dans la rue ? Mon casier est vierge, vous l’avez dit vous-même. »

Tourneur-fraiseur de formation, il est au chômage depuis 18 mois. Son récit ne convainc pas tout à fait le président Jean-Hugues Gay :

« Vous n’êtes au courant de rien, à un point qui pose problème. »

Malgré les « incohérences » de témoignage soulevées par son avocate Isabelle Crepin-Dehaene, il écope de sept mois de prison avec sursis.

« Avec de la prison ferme, vous gâcheriez ma vie »

Mohamed, le prévenu suivant, est très grand. Juvénile pour ses 19 ans, il se montre calme, sérieux et intimidé. Discret à l’image de ses vêtements amples et gris sombres, Il parle à voix basse, à laquelle le juge Gay répond d’un ton pédagogue :

« Regardez votre père, il vient de quitter la salle car il ne supporte pas de vous voir à cette place. Vous n’êtes pas un méchant garçon, tout le dit dans votre dossier. »

Sur le point de rejoindre un BTS commerce international après une année à l’université, Mohamed aussi était à Vaux-en-Velin dans la nuit du 13 au 14 juillet. Suivi avec d’autres par des agents de police, il a été interpellé au 1er étage d’un immeuble avec un feu d’artifice mortier à ses pieds.

Lui assure avoir « traîné avec des connaissances » mais sans acte ni intention malveillante vis-à-vis de la police. Dans sa version, il n’aurait à aucun moment porté les mortiers. Après le réquisitoire de la procureure Virginie Brelurut, il chuchote, en larmes, quelques mots malheureux :

« Avec de la prison ferme, vous gâcheriez ma vie. J’ai toujours travaillé dur à l’école, je veux faire du commerce international. »

Une intervention qui agace le juge Jean-Hugues Gay jusque là sensible aux argument de l’avocate Dominique Monier :

« Avec cette année de fac, il a eu quelques mois de flottement qui l’ont amené à fréquenter les jeunes du quartier. Sa garde à vue l’a rendu malade, il a vomi tripes et boyaux au cours de ces 48 heures. Un stage de citoyenneté me semblerait une peine constructive. »

Pour la « préparation de dégradation et destruction de biens en réunion », Mohamed a écopé de deux mois de prison ferme mais sans mandat de dépôt.

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