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Services d’urgence à Lyon : y a-t-il suffisamment de défibrillateurs aux bons endroits ?

actualisé le 23/02/2015 à 16h54

Il y a un an, un homme d’une cinquantaine d’année décédait d’un arrêt cardiaque dans le nouveau tunnel de la Croix Rousse. Face à l’émotion suscitée par le drame, beaucoup s’étaient interrogés. Faut-il équiper l’endroit d’un défibrillateur automatisé ? Oui oui, répondent nos autorités, très fières de montrer l’étendue de leur action sur la carte des défibrillateurs disponibles à Lyon.

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Et pourtant, à bien la regarder, cette carte ressemble à d’autres (masquant dans la géographie les différences socio-économiques – voir la carte des revenus géolocalisés sur Lyon). Si l’on voulait être cohérent, on devrait disposer de défibrillateurs dans les lieux où passe le plus grand nombre de personnes et d’une manière plus répartie que ne le propose cette carte, disponible ci-dessous en pdf.

Carto_defibrillateurs_lyon

Y a-t-il moins d’habitants pouvant avoir un problème cardiaque dans le fond du 3e, 5e, du 9e et du 8e, que dans les quartiers de la presqu’île et des Brotteaux ?

Depuis 2009, des médecins et des services de secours ont lancé un registre électronique des arrêts cardiaques, qui enregistre une certaine part des arrêts cardiaques qui ont lieu sur le territoire. Selon les chiffres, on estime à environ 40 000 le nombre d’arrêts cardiaque annuels en France (je n’ai pas trouvé de répartition géolocalisée) – et le registre AC en enregistre un peu moins de 6000 – avec un taux de survie estimée à 5%, si l’on en croit France Info.

Un taux qui varierait considérablement d’un endroit l’autre, avec une meilleure chance de s’en sortir si vous habitez en ville, mais pas toujours – mais là encore, je n’ai pas trouvé de cartographie en ligne.

 

Le délai pour secourir une personne

Les chiffres du registre AC pour 2013 (.pdf) pointent très bien certaines réalités et notamment la faible part du rôle des défibrillateurs automatisés dans le secours aux victimes (présent dans 4,4% des accidents et il n’est utilisé que dans 64% de ces cas). L’explication de cette insuffisance est simple : elle n’est absolument pas liée au manque de défibrillateurs. Elle est d’abord liée au fait que 77% des arrêts cardiaques ont d’abord lieu au domicile des personnes (seulement 12% sur la voie publique et 8% dans les lieux publics).

A moins d’équiper chacun ou chaque immeuble d’un défibrillateur, il sera donc difficile de faire progresser le taux de succès de ces appareils.

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Dans le cadre d’une crise cardiaque, l’important est le délai de secours. Selon l’étude du registre, les délais moyens d’arrivée sur lieux des professionnels est de 11 minutes (+ ou – 7 minutes).

Or, selon la même étude, dans 94 % des cas, la victime s’effondre en compagnie d’un témoin, souvent un membre de la famille qui donne l’alerte, mais bien souvent va plus loin, puisque par téléphone, sur les conseils des services de secours, c’est lui qui va pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire, le massage cardiaque, essentiel pour permettre aux secours d’arriver et permet de continuer l’irrigation sanguine.

C’est certainement ici qu’il y a le plus de progression à réaliser pour sauver les victimes. On voit que le taux de gens qui ne réalisent pas de massage cardiaque quand on le leur explique par téléphone est assez bas (18%) alors que le fait de ne pas leur donner les explications et conseils au téléphone est encore trop haut (55%).

 

Une formation généralisée en réanimation… et des SMS

Ces gestes, en attendant l’arrivée des secours, sont souvent essentiels quand on sait que les chances de survie d’une personne en arrêt cardiaque diminuent de 10% par minute écoulée. Bien sûr, le choc électrique est souvent le traitement le plus efficace, mais il est loin d’être disponible à proximité et on voit bien que même si on démultiplie le nombre de défibrillateurs (un défibrillateur coûte entre 1500 et 2500 euros pièces), nous n’arriverons jamais à ce qu’ils soient disponibles de partout (même si des efforts doivent être faits pour qu’ils soient toujours mieux répartis).

Le maillage parfait du territoire en défibrillateur est une illusion. Les Suédois ont donc cherché à initier une autre politique, rapporte Quartz. Celle de s’appuyer sur un réseau de volontaires. A Stockholm, le réseau SMSlivräddare compte 9600 volontaires qui ont suivi une formation en réanimation cardio-respiratoire.

Lorsque le service d’urgence reçoit une alerte, il avertit par SMS les membres de son réseaux qui sont dans les 500 mètres à proximité de la victime, afin qu’ils interviennent plus vite. Les volontaires sont toujours arrivés sur place plus rapidement que les services de secours. Le taux de survie après un arrêt cardiaque est passé en quelques années de 3% à 11%. Désormais, en Suède, des cours de réanimation sont dispensés dans les écoles, dans les entreprises…

 

Coproduisons les services d’urgence

Combien de cours pourrait-on donner pour le prix d’un défibrillateur ? En combien de temps, par la formation, pourrait-on répandre de bonnes pratiques et faire monter le taux de survie à un arrêt cardiaque de manière notable ?

Cela illustre bien combien nous nous trompons dans la manière dont nous pensons le service public. Si nous continuons de penser qu’il est un service qui nous est dû, il ne progressera jamais à la hauteur de nos espérances. Si nous y participons, alors, il pourra répondre à nos demandes.

On peut continuer longtemps à investir dans de la technologie pure. Il le faut. Mais il faut aussi en percevoir les limites. Cela ne nous aidera pas à améliorer nos services d’urgence, ni à nourrir le lien social. Si pour chaque défibrillateur installé, la même somme était dépensée pour disséminer des formations auprès d’habitants, pour créer un réseau de bons samaritains, alors peut-être pourrions-nous espérer obtenir un meilleur service d’urgence, mais aussi une société plus concernée.

 

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L'AUTEUR
Hubert Guillaud
Je suis journaliste spécialiste des nouvelles technologies.
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