Cultures 

Massacre à la tronçonneuse, la sauvagerie et le génie intacts

actualisé le 29/10/2014 à 23h09

Dans un festival de Cannes 2014 bien morne, mais au sein d’une Quinzaine des réalisateurs qui pétait la santé, une projection a littéralement mis tout le monde à genoux : celle de Massacre à la tronçonneuse. Quoi ? Un film d’horreur vieux de quarante ans qui dame le pion aux grands auteurs festivaliers ?

Image tirée du film "Massacre à la tronçonneuse".

Image tirée du film « Massacre à la tronçonneuse ».

Ben oui… L’introduction, brillante, drôle et émouvante, de Nicolas Winding Refn, puis l’interminable standing ovation réservée au réalisateur, Tobe Hooper, n’étaient rien par rapport au choc face à la copie restaurée (en 4K) du film.

Si le numérique n’a pas que des avantages — loin de là — il faut reconnaître que le boulot effectué sur Massacre à la tronçonneuse tient du miracle : en conservant l’aspect cracra de l’image originale, son caractère cheap et ses stridences sonores — les dix dernières minutes vous vrillent le crâne comme si on vous le découpait façon sapin des Vosges — cette restauration n’a pas trahi l’esprit initial de l’œuvre.

Œuvre oui, œuvre d’art même, mais arte povera, cinéma fait avec rien sinon pas mal de génie et une approche viscérale de son sujet : comment une famille de bouchers au chômage perpétue la tradition en transformant en morceaux de bidoches d’innocents teenagers égarés au fin fond du Texas.

Sauvagerie intacte, magie du chef d’oeuvre

Jeunes et insouciants, cinq amis traversent le Texas à bord d’un minibus. Ils s’aperçoivent bien vite qu’ils sont entrés dans un territoire étrange et malsain, à l’image du personnage qu’ils ont pris en stop, un être vicieux en proie à des obsessions morbides. Ce dernier ne tarde pas à se faire menaçant…

Non seulement on entend les mouches voler sur la bande-son comme si elles tournaient autour d’une viande avariée et jaunâtre, mais on sentirait presque la putréfaction suinter de l’image et la chaleur moite s’immiscer dans la salle.

La ligne claire du récit — devenue canonique à force d’être remakée, directement ou indirectement — est pour Hooper l’occasion d’un travail graphique plus subtil qu’il n’y paraît : des flashs révélant les ossements au cours du générique jusqu’à l’apparition de Leatherface lors du premier meurtre, surgissement fugace se terminant par une porte fermée sèchement au nez d’un spectateur choqué par la sauvagerie de ce qu’il vient de voir, tout se déroule ici comme dans un cauchemar, entre angoisse latente et tachycardie terrorisante.

Ce chef-d’œuvre, Hooper n’en a jamais retrouvé la magie, même lors d’une suite qui tentait de faire subir aux années Reagan ce que le premier volet administrait à l’Amérique pétrifiée par le conflit vietnamien.

Qu’on se le dise : ceci est la reprise de la saison, à ne rater sous aucun prétexte.

Par Christophe Chabert sur petit-bulletin.fr.

Massacre à la tronçonneuse
De Tobe Hooper (1974, ÉU, 1h23) avec Marylin Burns, Allen Danziger…

 

 

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