Réveiller le ponk
Dans les squats ou dans les quelques bars résistants à MTV/MCM/NRJ, le punk-rock n’est pas encore mort et quelques types bien le font vivre. C’est de ceux-ci que ce blog va parler.
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Scène punk à Lyon : le vrai du propre

actualisé le 07/05/2014 à 16h27

Demandez à qui prétend s’y connaître un peu où trouver de bons concerts punk à Lyon. Il est fort probable que cette personne vous demande en retour : « qu’est-ce que tu entends par punk ? ».

Graff à Oullins : Quand les punks pogotent les ciens s'écartent - Oï".

Un graff à Oullins : « Quand les punks pogotent les chiens s’écartent – Oï ». Crédit : DD/Rue89Lyon.

La question n’est pas anodine. Dans un premier cas, on flairera en vous un genre de type qui recherche juste quelques riffs saturés. Un type sympa même s’il a sûrement écouté un peu de punk-rock léger version The Offspring dans sa jeunesse. Pas non plus celui qui pense qu’Avril Lavigne, c’est l’énergie vivante de la rébellion. Il peut être aussi l’anticonformiste qui aimerait entendre un truc fort près des baffles, avant de rentrer chez lui ranger son sweat System of a Down tout neuf.

On vous orientera alors sûrement vers une scène musicale que vous auriez probablement trouvé sans demander, par la magie d’Internet, ou directement à l’affiche de quelques rades un peu dansants (et un peu tendance) de la Croix Rousse.

Dans un deuxième cas, on vous donnera quelques conseils pour vous démerder, tout seul. C’est que, derrière le mot « punk », se cachent à Lyon deux scènes bien distinctes. Amis de la deuxième catégorie, bonsoir.

 

La scène « propre »

Si on vous a mal compris, ou que votre source a des goûts détestables, vous serez probablement amenés à découvrir quand même la première scène. Et dans le pire des cas, vous découvrirez les joies de l’ « emo-punk » dans un bar des pentes de la Croix-Rousse. Chemises de bûcherons et « demi » à 2€30. L’organisateur de l’événement vous fait un joli tampon au marqueur (yeah, rock) sur l’avant-bras quand vous payez votre entrée 5 à 10 €. Ça y est, vous êtes dans la place, et si vous êtes un peu précaire, vous vous dites que c’est toujours moins cher qu’un concert dans une grande salle.

Le groupe que vous avez sous les yeux a l’air sympa. Du moins, les membres du groupe ont l’air d’être des garçons sympathiques. Dans le public, vous repérez un red-skin, un peu perdu au milieu de tous ces ados qui sentent bon le Monsavon. Tout d’un coup, le guitariste se lâche. Grosse folie, il a saturé sa guitare, waw. Le chanteur prend des airs de messagers de l’apocalypse pendant que la batterie claque un son bien propre.

 

Affiche concert.

Affiche concert.

Concerts en squats

« Propre », c’est généralement une qualité. Là, c’est un défaut. Entendons-nous bien, vous aurez l’occasion de voir des gens maîtrisant très bien leurs instruments. Des rockers que personne ne suspecterait d’avoir écouté Kyo dans leurs jeunes années, non. De braves gens. Mais honnêtement, le qualificatif de « punk » vous semble un peu usurpé. Surtout quand, le morceau terminé, vous entendez le chanteur remercier timidement le public d’être venu. No Future. Gentils morceaux de subversion contrôlée, public venu chercher un vernis de hardcore, l’authenticité en moins, l’arrogance en plus…

C’est le moment où vous commencez à suer à grosses gouttes, où vous vous écartez poliment du groupe de minettes parties à l’assaut dudit chanteur, où vous contournez le hipster cherchant « un squat chez des potes », et où vous partez en espérant sauver ce qui reste de votre karma.

Bon, ne soyons pas trop mauvaises langues. Là on est entre nous, on se lâche, on s’amuse. Mais tout n’est pas à jeter à la Croix Rousse : gardez un œil sur la programmation du Trokson. Ou, dans le 7e, sur la Luttine. Ceci dit, pour retrouver cette énergie brute qui vous berce depuis que vous avez entendu vos premiers morceaux commis par les Sex Pistols, autant chercher un peu plus loin. De l’autre côté du Rhône par exemple, où certains squats proposent des concerts à des prix défiant tout concurrence (parce que la concurrence, hein, entre nous…).

 

« Merde, public » : ça y est, vous êtes à la maison.

Bien entendu, on ne donnera ici aucune adresse. C’est un blog, pas une agence de voyage. Mais en cherchant un peu, vous trouverez bien une affiche noir et blanc format A4 délavé, vous informant de la venue imminente d’un groupe allemand, jouant avant quelques lyonnais énervés. Ou déprimés. Il y a plusieurs écoles, plusieurs styles, évidemment. Là, vous tenez le bon bout. Attention ceci dit : certains hipsters et leurs suiveurs démoniaques ont repris le concept. Qui marque « pop rock énervé » sur l’affichette mérite plus une mort violente que votre attention.

Bref. Pas la peine de chercher sur Internet. Soit vous connaissez quelqu’un qui connaît quelqu’un, soit l’affiche vous donne de subtiles indices. Ou, éventuellement, une adresse mail à contacter. Sur place, prix libre ou bas. Sur le sol, clopes écrasées et quelques bris de verre. Sur scène, un chanteur blond peroxydé vous accueille avec le seul mot français qu’il connaisse : « merde ». Ça y est, vous êtes à la maison.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne suffit pas de perpétuer une caricature vestimentaire pour coller au punk. Le punk est avant tout une colère, une réflexion en même temps qu’une pulsion, de vie ou de mort, indifféremment. Nihiliste ou revendicatrice. Et surtout, authentique. Authentiquement provoc’ si besoin est. Que cela soit en squats ou dans les quelques bars résistants à la pression MTV/MCM/NRJ, le punk-rock n’est pas encore mort et quelques types bien le font vivre. C’est de ceux-ci que ce blog va parler, pour ceux que ça intéresse.

> Article modifié avec la rectification de l’adresse de La Luttine.

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Yann Samain
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