Société 

A Lyon 2 : manif, coups de matraque et interpellations

actualisé le 17/08/2016 à 08h50

[MàJ le 22/11 à 9h45] Ce jeudi, un congrès extraordinaire se tenait à Lyon 2. Une centaine d’étudiants ont envahi les lieux. Ils ont été délogés par la police qui est intervenue à la demande du président de l’université. Bilan (provisoire) : quatre agents de sécurité blessés, des coups de matraque et six interpellations.

Par Laurent Burlet et Yann Samain

 

C’est la crise à Lyon 2. Suite notamment à la démission de quatre vice-présidents, le président de l’université avait convoqué un « congrès élargi », qui réunit les principales instances de l’université (dont le conseil d’administration). Ce congrès devait débuter à midi, sur le campus des Berges du Rhône.

Un collectif « Université Lyon 2 en lutte » avait également appelé les étudiants à « s’inviter » à ce congrès :

« Celui-ci (le président, ndlr) cher­che des ulti­mes sou­tiens afin de sauver sa poli­ti­que de rigueur et sa place par la même occa­sion. (…) La direc­tion de l’uni­ver­sité entend déci­der de notre avenir sans nous ? Puisque nous n’avons pas été conviés, nous pre­nons donc l’ini­tia­tive de nous invi­ter à ce congrès extra­or­di­naire qui se tien­dra dès lors avec nous, ou ne se tien­dra pas !! »

 

Violences sur les agents de sécurité et coups de matraque

 

En réponse à cet appel, une centaine d’étudiants se sont réunis dans la cour du campus des quais puis ont envahi le congrès qui se déroulait dans le « Grand Amphithéâtre ».

Les agents de sécurité ont tenté de les en empêcher mais sans succès. C’est lors d’un ultime « assaut » pour pénétrer dans l’amphi, selon les termes du président de l’université, que quatre de ces agents auraient été blessés et qu’une porte a été fracturée. Un agent a dû être hospitalisé pour un gros problème aux genoux.

Les étudiants ont occupé l’amphi. Le congrès a alors été déplacé dans la salle de la présidence. Les étudiants contestataires ont suivi et ont pénétré de force dans cette partie de l’université, en fracturant une nouvelle porte. Le président de l’université, Jean-Luc Mayaud a décidé d’annuler le « congrès élargi » et d’appeler la police.

Vers 14 heures, les policiers sont intervenus pour déloger les étudiants. BAC et CRS. Selon plusieurs témoignages, les étudiants ont été poussés en dehors du bâtiment alors qu’ils faisaient une sorte de sit-in/AG. Des coups de matraques ont été distribués notamment quand ils étaient dans la cour.

Selon la police, citée par le Progrès, six interpellations ont été effectuées. Parmi ces étudiants, se trouvent trois membres de la la Fédération Syndicale Étudiante (FSE, classée à l’extrême gauche). Ils ont été arrêtés pour des dégradations et des violences contre les agents de sécurité.

Le vice-président en charge du patrimoine, Norbert Landon, est allé porter plainte pour coups et blessures mais aussi pour dégradations et vols :

« Il n’y a pas eu seulement des bousculades. Il y a eu des coups portés lors du dernier assaut ».

 

Rassemblement devant le commissariat

Après l’intervention de la police un groupe d’étudiants s’est dirigé vers le commissariat central, Marius Berliet où se trouvent les étudiants interpellés.

 

Communication de crise à Lyon 2

Ce jeudi soir, lors d’une conférence de presse de « communication de crise », le président de Lyon 2 s’est dit « triste » et « secoué » de voir que les choses en sont arrivées là :

« Je ne peux pas comprendre qu’une poignée d’étudiants dictent leurs volontés à 28 000 élèves en empêchant le fonctionnement démocratique de l’université ».

De leur côté, les enseignants qui siègent dans les différentes instances de l’université sous les couleurs de la liste « Pour une Autre Université » (PAU) ont tenu a réagir. Dans un communiqué, ces enseignants estiment que, ce jeudi, « tout a été fait par l’équipe en place pour fuir le débat et que rien n’a été tenté pour éviter une escalade de la violence ». Ils considèrent notamment que le président aurait pu venir au moins s’adresser à ces étudiants au lieu d’envoyer les forces de l’ordre :

« Jean-Luc Mayaud, avec les quelques vice-présidents encore en fonction, a donc fait encore plus fort que ses prédécesseurs. Il dégaine plus rapidement. Le mouvement étudiant n’a pas encore pris qu’il envoie déjà les CRS dans l’enceinte de l’Université. »

 

« La police a violemment chargé les étudiants »

A minuit, la FSE a délivré un communiqué intitulé « quand la présidence de l’université fait arrêter des étudiants ». L’organisation étudiante revient sur l’intervention de la police, appelée par le président de Lyon 2 :

« La police nationale a violemment chargé les étudiants. (…) Après cela, comment Jean-Luc Mayaud qui évoquait dans son dernier mail l’université où convergent les intérêts de tous -étudiants, personnels, enseignants, équipe présidentielle- nous fera t-il croire à l’université-sanctuaire ? (…) Nous ne nous apitoyons pas sur ces arrestations car nous ne sommes pas dupes : évidemment l’université n’est pas un sanctuaire, évidemment les intérêts de la présidence et les nôtres sont antagoniques. »

La FSE conclut son communiqué en « exigeant la libération immédiate des camarades ». Une AG est prévue ce vendredi matin à 11h.  

Ce vendredi matin, la ministre de l’enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, a tenu à apporter son soutien aux membres du personnel de l’université blessés ainsi qu’au président :

« Je condamne avec la plus grande fermeté les agressions et violences dont ont été victimes quatre membres du personnel de l’université Lyon-2, lors d’un congrès élargi organisé par le président de cette université ».

 

Rigueur et réforme de l’enseignement supérieur

Cette crise s’explique par un double contexte. Sur le plan national, les différentes réformes de l’enseignement supérieur et les restrictions budgétaires obligent les directions des facs à des choix cornéliens.

C’est la conséquence de la mise en place de la Communauté d’universités et d’établissements (avec la loi Fioraso) qui oblige les universités à créer une offre de formation territoriale dans l’objectif de supprimer les doublons. Ce qui implique de profondes restructurations.

Plus particulièrement à Lyon 2, les vice-présidents démissionnaires ainsi que le principal syndicat du supérieur (le Snesup) reprochent au président Jean-Luc Mayaud sa gestion et son autoritarisme. Cité par 20 Minutes, le Snesup déplore «sa vision purement comptable et son absence de stratégie et de concertation à un moment où se joue l’avenir de l’université».

 

> Article actualisé à 20h40 suite à la conférence de presse du président de Lyon 2

> Article actualisé à 21h suite au communiqué des enseignants de la liste PAU

> Article actualisé le 22 novembre à 9h45 suite au communiqué de la FSE

> Actualisé le 22/11 à 14h55 suite au communiqué de la ministre de l’enseignement supérieur

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