Société 

Manif pour tous : "j'ai passé deux heures dans le train de la haine"

Je suis artiste et j’avais un concert dans une commune près de Lyon, le samedi 23 mars au soir. J’ai donc pris le train dimanche matin, à la gare de Lyon Part-Dieu, pour rentrer à Paris. Mais voilà que je constate sur les écrans d’informations qu’il n’y a plus de destination « Paris » mais « Manif pour tous ». C’était le nom de mon train.

Apparemment, c’est un service payant de la SCNF, ouvert à tous. Des annonces précisaient que des wagons étaient réservés aux manifestants. Dans mon wagon, il y avait une majorité d’entre eux.

écran SNCF manif pour tous

Photo prise par Emilie Hanak, en gare de Lyon (à Paris), le dimanche 24 mars.

Il y avait des familles, beaucoup d’enfants. Certains portaient leur sweats à capuche censés faire « cool » ; des stickers « Manif pour tous » ; ils avaient des pancartes près d’eux.

« Les mosquées qu’il faut interdire »

L’ambiance était celle qui précède souvent une manifestation, ils étaient grisés un peu comme des supporters qui se rendent à un match. Festive d’une certaine façon. Mais moi je l’ai trouvée très hostile. Un membre de mon groupe est gay, je le suis aussi, mais honnêtement, on s’en fiche un peu. Je pense que les propos que j’ai entendus étaient choquants à tous égards : ça a complètement dérapé. J’ai entendu des propos haineux et qui n’avaient rien à voir avec le mariage gay. Par exemple, sur « les mosquées qu’il faudrait interdire, comme en Suisse » (sic).

C’était horrible parce qu’il n’y avait pas moyen d’y échapper. Dans le wagon restaurant, j’ai sorti mon porte-monnaie, sur lequel il y a un autocollant pro-mariage gay. On m’a lancé des regards terribles.

Ma batteuse, elle, n’a pas supporté certaines conversations, elle s’est lancée dans l’une d’elle, sur le pape, l’Eglise… Bon, ça a tourné au vinaigre, les voyageurs à côté de nous, qui se rendaient à la manifestation, ont calé des pancartes dans l’allée pour ne plus nous voir.

Nous nous sommes embrassées

Ma petite amie est venue me chercher à la gare, à Paris. Nous ne nous étions pas vues depuis plusieurs jours, et comme dans n’importe quel couple, nous nous sommes embrassées. Je ne vous raconte pas dans le détail les réflexions qu’on s’est pris dans la figure : « Rentrez chez vous ! Partez ! »

Je n’étais pas là pour chercher l’embrouille… On s’est éloignées.

Moi je ne me rends jamais à ce type d’événements, je n’ai jamais envie de voir ça, même par curiosité ou pour confronter les points de vue. Là, j’ai vraiment eu le sentiment d’être prise au piège, ça a été l’enfer pendant deux heures et jusque sur les quais de la gare : la SNCF a permis tout ça, je n’ai pas compris, je me demande jusqu’où elle peut autoriser les choses.

Le billet de train d’Emilie Hanak.

Témoignage d’Emilie, 31 ans, voyageuse entre Lyon et Paris, également connue sous son nom d’artiste Milkymee.

 

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