Cultures 

C’est bien beau d’être artiste : #11 Buridane

Buridane sort son premier album. Il s’appelle « Pas fragile ». Comme une obsession chez la jeune chanteuse lyonnaise, le désir d’assurer, de faire face, de porter un groupe et des héritages, se décline là dans des chansons bien produites, aux arrangements folk modernes. On en attendait pas moins d’une fille qui, en confiant qu’elle descend d’une lignée de véritables matriarches, avoue aussi qu’un bon bras de fer honnête ne lui fera jamais peur : Buridane est passée au grill de notre interview « Orgueil et Préjugés« . Avec une sincérité désarmante.

Copyright : Camille Vivier

« Souffrir pour créer… c’est so 19ème siècle. »

Rue89Lyon : Votre premier geste artistique ?

Buridane : Intérieur jour, je suis dans un théâtre, c’est encore tôt le matin, je travaille sur une pièce chorégraphique. Personne dans la salle. J’ai sur moi un disque gravé avec les musiques du spectacle, et sur la dernière piste, une de mes toutes premières chansons, complètement confidentielle, enregistrée sur garage-band. Je jette un œil aux alentours pour m’assurer d’être bien seule et lance la piste 14.

Le théâtre est vide, et j’entends ma voix résonner. A ce moment là, je n’ai encore jamais fait de concert de ma vie. On doit être en 2006. Mais je ressens comme une fulgurance, une vision. Je ne sais pas pourquoi et encore moins par quel moyen mais j’ai la certitude au fond de moi qu’un jour je ferai ça.
Avec lequel de vos parents pensez-vous avoir un problème ?

Avec mon arrière-arrière-grand-mère. Une sorte d’histoire avec des trous qui se décalent de génération en génération. C’est un peu matriarcal chez nous, alors je fais tout pour ne pas être moi-même une matriarche en essayant de redonner de la place aux hommes.

Quelle pratique artistique trouvez-vous intolérable ?

Sans hésiter, la « poésie maudite ». Vous voyez ce que je veux dire ? Souffrir pour créer… c’est so 19ème siècle.

Quelle est pour vous la plus grosse arnaque artistique ?

Vernissage d’une expo, fin d’été, une reproduction de la Joconde, et quatre traits noirs de chaque côté de sa bouche pour lui dessiner des moustaches de chat. La galerie avait demandé à plusieurs artistes une œuvre en rapport avec l’animalité. 400 euros la Joconde féline. J’ai eu besoin de calculer : cinquante euros le trait de crayon. Ça m’a fait mal.

Votre pire souvenir pendant un concert ?

Lors d’un concert, l’alarme à  incendie n’ayant pas été désactivée… l’horrible sonnerie s’est déclenchée aux premières nuées de fumée. Comme nous savions qu’il ne s’agissait pas d’un feu réel, nous tentions de rendre la sonnerie plus supportable en « boeufant » avec elle. Le directeur était hors de lui. Il avait fait évacuer tout le monde aux alentours pour les mettre À  l’abri de « l’incendie », sur un terrain de tennis….

Quelle personnalité politique prendriez-vous pour faire la com’ de votre travail ?

André Malraux. Aujourd’hui, j’ai du mal à imaginer que ce ministre de la culture ait pu réellement exister tant je suis béate devant tout ce qu’il a pu faire, dire ou écrire. D’ailleurs, j’y pense, il a dit ça : « La Joconde sourit parce que tout ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts »…

Le dernier produit culturel consommé ?

Une compile de plus de soixante titres de Johnny Cash.

Avez-vous déjà sacrifié votre art pour de l’argent ?

Je suis difficile à corrompre. Mais la musique c’est compliqué. C’est à la fois de l’art, du cochon et du business. Non… ?

Et sinon, pensez-vous faire un jour un vrai métier ?

Quand je serai rien, qu’un chanteur de salle de bain, sans clap clap sans guitare sans les batteries qui tapent… Il faudra bien oui ! Mais la vraie question c’est : suis-je capable de faire un vrai métier…

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