Appartement 16

Hébergement d’urgence : pourquoi pas un « plan d’été » ?

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Après le cri de colère de l’Abbé Pierre en 1957, il a fallu de très nombreuses années, d’innombrables articles et reportages larmoyants sur « ces pauvres SDF qui crèvent de froid » pour que l’on ose enfin imaginer un « plan froid ». Celui-ci consiste à ouvrir d’avantage de structures d’hébergement d’urgence pendant la période hivernale et à les refermer au printemps.

 

Sans-abri REUNIS PLACE CARNOT A LYON A 10 mètres du CENTRE DE PERRACHE
Place Carnot, le 10 juillet. Des familles dorment sur la pelouse après l’expulsion de leur squat de Perrache. ©Richard Mouillaud / Maxppp.

Or l’expérience montre malheureusement que le nombre de personnes « qui dorment dehors » l’été est infiniment supérieur à celui de l’hiver. Ce sont des individus de tous âges, de toutes origines, des familles avec des enfants, des bébés, en particulier des demandeurs d’asile dont l’Etat ne respecte pas le droit au logement et à l’alimentation.
Comme ces « réfugiés de Perrache » livrés à leur propre sort. Depuis l’expulsion de leur squat le 9 juillet dernier, ils sont une cinquantaine à dormir dans des tentes installées sur les pelouse de la place Carnot (Lyon 2e). Sans même l’eau des fontaines publiques.

Cette surabondance de sans logis à la « belle saison » n’a que peu de rapport avec la météorologie. Elle est surtout liée au fait que l’été est aussi la saison des expulsions de toutes natures : locataires défaillants, squats divers, camps de Roms… Par ailleurs, la torpeur estivale de toute la société, économique, politique et même associative, aggrave fortement l’isolement, le délaissement, le dénuement de ces personnes pourtant déjà au comble de la misère.

 

Politiques et associations en vacances

En juillet, et surtout en août, les politiques sont aux abonnés absents et la plupart des associations de solidarité tombent étrangement en « estivation ».
A Lyon, les milliers de sans domicile, qui n’ont pas la chance d’être domiciliés par autrui, ne peuvent alors plus compter sur la Croix Rouge, qui ferme, anormalement ses portes pendant deux mois. Tout comme les Restos du cœur -et nous ne les blâmerons pas- qui ne fonctionnent qu’à partir de septembre. Ou encore le Secours catholique et le Secours populaire qui, eux aussi, « prennent leurs congés » en août. Ce qui fait, par exemple, que plus aucun demandeur d’asile lyonnais ne peut s’inscrire pour aller manger au restaurant social de l’Armée du Salut.
Enfin, les réfugiés ne peuvent pas compter sur un suivi réel de la part des associations gestionnaires de leurs dossiers qui ont le plus grand mal, en toutes saisons, à assurer leurs tâches élémentaires.
Seul Médecins du Monde continue son remarquable suivi médical et même social, en toutes saisons et sous toutes les latitudes, même la nôtre !

Pendant ce temps, sans parler des autres logements, de nombreux hébergements d’urgence demeurent vacants.
A l’image du centre Cléberg (6e arrondissement) utilisé l’hiver dernier. Il est aujourd’hui en grande partie vide. On pourrait y loger une centaine de personnes.

Les supermarchés jettent leurs produits en limite légale de consommation tandis que des milliers de sans-abri vivent et dorment dans l’insécurité, dans le stress, au détriment de leur santé et ne mangent pas à leur faim.
Est-ce acceptable dans un pays dit « développé » -nous ne dirons pas « riche »- et dans une démocratie soit disant respectueuse des droits de l’Homme… et des enfants ?
D’où l’idée, logique, sans doute naïve et politiquement stupide, de concevoir un « plan d’été » : rouvrir certains logements d’urgence, peut-être simplement en juillet/août pour commencer, et imaginer des formes de distribution de nourriture en lien avec la Banque Alimentaire. Bien sûr cela coûterait de l’argent mais n’était-ce pas, il y a quinze ans, l’argument principal pour dissuader ceux qui voulaient instaurer un « plan d’hiver » ?

 

Par Michel Jouard, membre du conseil de quartier Perrache, militant « toutes saisons » du quartier de Perrache (Lyon 2e), soutien, tout l’été, des « réfugiés de Perrache ».

 

 


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3 Commentaires postés

  1. Tout à fait d’accord avec vous ! Il serait intéressant un jour de comptabiliser le nombre de familles hébergées par les citoyens pour faire face à la carence de l’état qui se vante (cf les propos du Préfet récemment) de ne pas donner d’hébergement aux familles que la loi lui impose pourtant d’héberger !
    Un comble ! Et pendant ce temps -là les citoyens qui hébergent des familles sont parfois accusés de porter assistance à des personnes sans papiers ! Le monde à l’envers …

  2. Monsieur Jouard écrit :
    « Les réfugiés ne peuvent pas compter sur un suivi réel de la part des associations gestionnaires de leurs dossiers qui ont le plus grand mal, en toutes saisons, à assurer leurs tâches élémentaires. »
    C’est, au choix, de l’ignorance ou de la malveillance.
    Forum réfugiés héberge et accompagne chaque jour / chaque nuit 1700 demandeurs d’asile et réfugiés dans le Rhône, en toute saison. En 2011, 9400 personnes ont bénéficié de ses prestations d’hébergement, de conseil, de soin, d’insertion, et 550 000 nuitées ont été réalisées.
    Cet été, un effort important a été fourni pour héberger plus de 300 personnes supplémentaires, dans un contexte de hausse continue de la demande d’asile depuis 4 ans.
    Plus d’information sur la manière dont Forum réfugiés assure un « suivi réel » sur http://www.forumrefugies.org. Rapport d’activités sur simple demande.

  3. L’Etat s’est pris à son propre piège et les associations avec.
    Primo, on doit distinguer les demandeurs d’asile des ressortissants CEE (en dispositon trnasitoires ou non). Les champs de competence hebergement ne sont pas les mêmes (CADA ou Centre d’urgence / CHU).
    les CADA étant plein à ras la gueule c’est vers les CHU que les personnes s’orientent. ces derneirs devant maintenant « stabiliser » les accueillis (principe de continuité), les assos hésitent de plus en plus à faire entrer des personnes qui, légalement, ne sont pas amenées à rester en France et qui n’ont aucun moyen de construire uen insertion socilae (droit au travail, secu, etc.).
    Moralité, une stratification de l’urgence, avec des SDF plus ou moins insérable et d’auters non.
    Et un etat paradoxal au dessus de tout ça, qui incite les structures d’herbegement à trouver des solutions de logement aux hebergés, qui joue les sauveurs/tenardiers (c’est pareil) de roms devant les médias et qui créé des lois kafkaiennes.
    Yeah.