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Squat de Perrache : après l'évacuation, la politisation

Alors qu’une centaine de personnes ont été évacuées lundi matin du squat de Perrache où elles vivaient depuis six mois, un groupement d’associations et d’élus ont multiplié les actions, demandant à ce que le nouveau gouvernement prenne position sur la question. Le dossier prenait ainsi une tournure très politique, entre coups de fil à la ministre du Logement Cécile Duflot et bras de fer avec le préfet de région, avant qu’une solution ne soit finalement apportée mardi soir par la préfecture.

Une partie des familles expulsées de Perrache devant l’Opéra, lundi 9 juillet / Mathieu Perisse

Mise à jour le 11 juillet 2012 // Mardi 10 juillet au soir, la préfecture a présenté des solutions de relogement aux familles, aux élus et aux associations. Une quinzaine de personnes, essentiellement les familles avec des enfants en bas âge ou malades, seront hébergées d’urgence dans des hôtels dès mercredi soir.

Une quarantaine d’autres devraient également être accueillies en hôtels. Ces familles sont en situation régulière, étant souvent arrivées sur le territoire en juin. Environ cinquante autres personnes en demande d’asile vont de leur côté être hébergé en CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) en attendant une réponse. La préfecture indique que, les CADA du Rhône étant pleins, ces familles seront hébergées dans d’autres départements de la région.

Toutes ces mesures sont financées par l’Etat, via la préfecture, qui assurait lundi ne pas disposer de fonds suffisants. La gestions des structures d’accueil est quant à elle confiée à des opérateurs, la plupart du temps des associations comme le Forum Réfugié, la Fondation Abbé Pierre ou autres.

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Article du 10 juillet. « Les nouvelles ne sont pas bonnes », prévient Armand Creus, la mine sombre. Il est 18h30 lundi 9 juillet, et le conseiller régional (Front de Gauche) s’apprête à annoncer à une centaine de personnes présentes place Carnot qu’elles devront passer la nuit sur les lieux.

Ironie du sort, la place se situe à deux pas de leur ancien squat. Dans les premières heures de la matinée, la police a en effet évacué la trentaine de familles qui avaient trouvé refuge à Perrache, entre la gare et le centre d’échanges. Sans que rien ne soit prévu pour les reloger.

Une proposition : rouvrir le centre Cléberg

Aussitôt l’évacuation terminée s’engageait alors une discussion entre la préfecture et une délégation d’associations (Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du Monde, Classes, collectif de parents d’élèves du 2ème) et de politiques (PS, Front de Gauche). Avec un enjeu simple pour les familles : vivre dans la rue ou non.

Au cœur du débat : la réouverture du centre Cleberg (6e arrondissement), habituellement utilisé pour l’hébergement d’urgence en hiver et, donc, en partie inoccupé depuis la fin du plan froid. « Le nombre de places est suffisant et le bâtiment est conçu pour accueillir des familles », précise Gilberte Renard, membre du collectif « CLASSES », pour la scolarisation des enfants Roms.

Mais, très vite, les négociations s’avèrent infructueuses. « Nous nous plaçons sur le terrain du droit quand la préfecture insiste sur l’aspect financier », analyse Armand Creus également membre de la délégation.

D’après la préfecture, les crédits du plan froid de l’année prochaine ont déjà été entamés et les fonds nécessaires à la réouverture du centre Cléberg ne sont pas disponibles.

« Ils nous ont dit en substance : trouvez des locaux et de l’argent et nous ne serons pas contre », ironise Nathalie Perrin-Gilbert, maire socialiste du 1er arrondissement.

Un ancien occupant du squat de Perrache mobilisé Place de la Comédie / Mathieu Perisse

Le préfet : « traduisez moi devant le tribunal »

En se basant sur l’existence du droit inconditionnel au logement et sur la Convention des droits de l’enfant, associations et élus voulaient ainsi placer l’Etat devant ses contradictions et l’appeler à appliquer la loi.

Mais, en fait de solution, la préfecture semble préférer attendre un éventuel jugement pour agir : « Nous ne respectons pas la loi a priori », aurait même lancé le préfet délégué à la Sécurité, Jean-Pierre Cazenave, à ses interlocuteurs consternés.

Quand Jean-François Carenco, le préfet de région, arrive en fin de réunion, la position assez déconcertante est affirmée de façon plus claire encore :

« Traduisez-moi devant le tribunal, si je perds, je logerai les familles », lâche-t-il. Ajoutant même : « Vous auriez dû attaquer depuis six mois ».

Une attitude qui agace Sandrine Runel, déléguée régionale de la Fnars (Fédération nationale des associations de réinsertion sociale) Rhône-Alpes, et par ailleurs conseillère générale. Pour cette élue socialiste, pas question d’incriminer le nouveau gouvernement. Selon elle, c’est le préfet qui « remet en cause une phase de dialogue » ouverte avec le nouveau gouvernement :

« Nous espérions ne plus être obligés d’agir en justice mais le préfet nous met en porte-à-faux : d’un côté les associations comme RESF ou Médecin du Monde doivent faire face aux difficultés quotidiennes des familles et continuent donc à déposer des référés, de l’autre la discussion engagée avec le gouvernement pour aboutir à une solution pérenne ».

La balle dans le camp de Cécile Duflot

La prochaine bataille se jouera donc sur le terrain du droit. « Nous allons faire des référés-liberté logement devant le tribunal administratif », explique Nathalie Perrin-Gilbert, tandis que des interprètes traduisent ses propos en albanais ou en macédonien.

La procédure, qui correspond à une situation d’urgence, prend environ une semaine. Mais il faudra d’abord rassembler tous les papiers et justificatifs nécessaires. Rendez-vous est donc pris le lendemain pour « constituer les 80 dossiers, un pour chaque famille, au cas par cas », indique la maire du 1er, décidée à sortir des frontières de son arrondissement pour cette affaire.

Et les chances de succès seraient bien réelles :

« L’Etat est condamné huit fois sur dix dans ce genre de dossier », estime Sandrine Runel.

Le squat de Perrache avant son évacuation / Mathieu Perisse

Une victoire juridique ne serait pourtant pas synonyme de relogement immédiat. « Les solutions d’hébergement sont en effet insuffisantes », concède la déléguée de la Fnars. Elle imagine que « la préfecture paiera des astreintes et cet argent ira à un fonds d’Etat destiné à développer le logement social ».

Des démarches ont été effectuées auprès du ministère du Logement de Cécile Duflot, qui a récemment promis un plan quinquennal sur l’hébergement pour mettre un terme à l’opposition hiver/été et aux problèmes engendrés chaque année par la fin du plan froid.

« Nous attendons maintenant des ministères qu’ils dégagent des moyens supplémentaires, en cohérence avec la volonté politique affichée », résume Sandrine Runel. « Désormais la balle est dans leur camp ».

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L'AUTEUR
Mathieu Perisse
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