Société 

L’affaire Neyret s’invite dans le procès de stupéfiants à Lyon

Un procès sous tension avec des rebondissements périphériques qui brouillent les cartes. Ces deux derniers jours s’est tenu devant le tribunal correctionnel de Lyon un procès de stupéfiants sous haute tension. A l’issue d’une saisie exceptionnelle, quatre personnes sont soupçonnées d’être impliquées dans un trafic international d’héroïne et de cocaïne.

Deux d’entre elles, les principaux acteurs présumés du trafic, étant défendus par l’avocat David Metaxas, récemment mis en examen dans un autre dossier pour « violation du secret de l’instruction ».

En mars 2010, à Saint-Genis-les-Ollières, les policiers lyonnais ont procédé à une saisie record de stupéfiants : 110kg d’héroïne et 54 kg de cocaïne, provenant des Pays-Bas et d’une valeur à la revente estimée à près de 5 millions d’euros.

Mais le procès ne s’est pas contenté de s’attarder sur ces faits, il évoque également une autre affaire qui a fait trembler le monde judiciaire lyonnais, celle de Michel Neyret, l’ancien « meilleur flic de France ». Aujourd’hui mis en examen et incarcéré à la prison de la santé à Paris, l’ex-numéro 2 de la PJ lyonnaise, était à l’époque en charge de l’enquête qui a mené à cette saisie et à ces arrestations.

 

Pas de diplomatie, d’aucune part…

Le procès a démarré ce lundi dans une ambiance tendue, teinté de plusieurs dérapages.
Les deux accusés ont ouvert les festivités, en répondant à minima et « avec insolence », selon le procureur, Hélène Descout, aux questions du président. S’en sont suivis de vifs échanges entre les magistrats et David Metaxas, avocat des accusés. Le débat a régulièrement dérapé sur la situation quelque peu embarrassante de ce dernier.

A plusieurs reprises, Hélène Descout a fait des allusions concernant sa mise en examen liée à l’affaire Neyret, lui préconisant même lundi de faire « attention à la violation du secret professionnel »

Une façon de lui rappeler ses ennuis judiciaires.
A côté de cela, durant toute l’audience, les deux principaux accusés présents dans le box n’ont donné aucune explication au tribunal sur les accusations dont ils font l’objet. L’un d’entre eux a également fait preuve d’agacement face aux questions du président Jean-Hugues Gay. En pleine audience, il a lancé un « il m’énerve ». A la suite de cette remarque, le président lui a préconisé avec ironie de « suivre des cours de diplomatie ». Et le procureur est également intervenu :

« Vous avez une façon non élégante de nous répondre alors que les actes correspondent aux déclarations du dossier. Vous cherchez des motifs de frictions ? Non. Sinon, on s’entend sur une peine, et on arrête le débat.»

Le magistrat, peu perturbé par cette ambiance lourde, a continué à explorer le dossier face à des prévenus fermés au dialogue. Tous deux en récidive, Kamel 38 ans et Badredine 30ans, en détention provisoire, sont poursuivis pour participation à une association de malfaiteurs, acquisition, détention, transport, et cession de stupéfiants. Deux autres hommes, qui avaient réussi à prendre la fuite lors des interpellations, sont soupçonnés d’avoir participé à ce trafic. L’un d’eux, de nationalité algérienne, doit être jugé pour ces faits dans son pays, où il a été arrêté. L’autre a été abattu le 11 mai 2011 à Marseille dans un règlement de compte ne paraissant pas en lien avec le dossier lyonnais.

Enfin, deux autres personnes, un homme et une femme sous contrôle judiciaire, auraient pour le premier mis à disposition un garage, et pour la seconde prêté sa carte d’identité pour l’achat d’un véhicule. Ils comparaissaient libres pour participation à une association de malfaiteurs.

 

Dix ans de prison requis

Le procureur Hélène Descout a requis ce lundi une peine de dix ans de prison contre Kamel et Badredine. La magistrate a souligné « le ridicule des explications données par ces deux hommes, qui ne reconnaissent pas leurs torts dans cette affaire et ne donnent que peu de crédibilité dans leurs réponses ».

La magistrate a voulu marquer le coup et inscrire les accusés dans une criminalité ancienne :

« Ils ont participé à une organisation logistique de réseau d’importation de drogues en provenance des Pays-Bas, marqué par cinq voyages effectués entre novembre 2009 et mars 2010. »

 

David Métaxas « égratigné »

Presque passé à la trappe, le dossier « stupéfiants » a été quelque peu supplanté par l’affaire de David Metaxas. L’avocat lyonnais, autoproclamé « avocat du milieu », a tenu à parler de « l’amour porté à son métier » et a, au passage, accusé le tribunal mais aussi la presse, de l’avoir bien souvent « égratigné » ces derniers temps :

« J’adore mon métier, et cela fait 10 ans que j’ai prêté serment et que je pratique avec loyauté. Je ne vis que pour la robe que je porte. Mais j’ai été égratigné à plusieurs reprises au cours de cette audience et par l’édition du Progrès de ce matin. Nous sommes sur un dossier, mais il a fallu que l’on fasse des parallèles et des insinuations avec d’autres dossiers. Au nom de la République française, je demande que vous preniez du recul sur l’affaire. Ma plaidoirie est un instant de vérité et quand la presse me traite « d’indicateur » dans l’affaire Neyret, c’est faux.»

Pour rappel, l’avocat avait déclaré lundi matin avant l’audience qu’il dénonçait la procédure, engagée sur la foi d’un renseignement anonyme dont les conditions d’obtention pouvaient selon lui être mises en doute.

« Il y a une véritable hypocrisie: soit on considère que ce qu’a fait monsieur Neyret (avec les indicateurs, ndlr) est légal, il ne doit pas être en prison et mes clients seront condamnés lourdement, soit on considère que non et monsieur Neyret reste en prison, mais on libère mes clients », a estimé Me Metaxas.

La réponse lui a en partie été donnée ce mardi : la chambre d’instruction a rejeté toutes les requêtes en nullité déposées par les avocats de Michel Neyret.

Mardi matin, rebelote. Durant sa plaidoirie, David Metaxas a cette fois accusé la police judiciaire, et au passage Michel Neyret, d’avoir produit un « faux grossier » dans cette affaire. Pour l’avocat, qui « assume les conséquences » de cette accusation, le procès-verbal retranscrivant la conversation de novembre 2009 est monté en vue d’accuser ses clients.

Après ces échanges sportifs, la décision du tribunal doit être rendue ce vendredi 25 mai.

 

Mise à jour

Article actualisé ce mercredi à 12h30 avec les propos tenus par le procureur.

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L'AUTEUR
Julie Langlois
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