Société 

PV, mises en fourrière, les prostituées partent à la casse

Single Ladies / C’est la dernière trouvaille de la police pour faire partir les femmes qui se prostituent en camionnette à Gerland (Lyon 7e). Depuis la fin du mois d’octobre, elles courent les casses automobiles afin de trouver un siège avant pour leur camionnette. Faute de quoi, elles risquent fort de prendre un PV de 90 euros pour non conformité du véhicule avec la carte grise.

En juillet 2007, chassées du quartier de Perrache, (lieu historique de la prostitution lyonnaise), par le préfet Jacques Gérault, soutenu par le maire de Lyon, une centaine de prostituées lyonnaises ont traversé le Rhône pour installer leur camionnette à Gerland. Mais dans ce quartier aussi, elles ne sont toujours pas les bienvenues.

 

Les arrêtés municipaux ne suffisent pas
Dans un premier temps, mettant en avant les plaintes des riverains, la municipalité a pris une série d’arrêtés, à partir de mars 2008, qui interdit le stationnement de ces camionnettes sur la voirie des 7e et 8e arrondissements de Lyon. Avec des résultats limités. Toutes les polices passent, la municipale comme la nationale ont beau distribuer des PV et mettre en fourrière les véhicules, les filles de Gerland s’accrochent à leur bout de trottoir. Elles le revendiquent régulièrement lors de rassemblements devant la mairie ou, récemment, en manifestant, le 29 septembre, jusque devant les grilles de la préfecture.

 

L’été au commissariat avant de passer à la fourrière…
Depuis cet été le nouveau préfet, Jean-François Carenco, a décidé d’accentuer la pression sur les prostituées. La fourrière et la police ont multiplié leurs tournées. Et puisque les seuls PV et mises en fourrière ne sont pas encore suffisamment dissuasifs, les prostituées dont le véhicule est enlevé par la fourrière sont désormais contraintes de passer par la case commissariat pour le récupérer. Une prostituée, qui se fait appeler Beyonce, témoigne :

« Avant, on n’avait qu’à payer les 135 euros directement à la fourrière. Maintenant, on doit présenter tous les papiers à un policier, au commissariat. Il vérifie si la carte grise et l’assurance sont bien à notre nom. Si c’est le cas, il vous signe un papier qu’il faut apporter à la fourrière. Sinon, vous ne pouvez pas récupérer votre camionnette ».
Les passages répétés de la police et cette nouvelle procédure auraient permis de supprimer une quarantaine de véhicule sur les 80 qui restaient au début de cet été. Beyonce :

« Celles qui sont parties sont toutes celles qui n’avaient pas de papiers en règle car elles se prostituent dans une camionnette qui ne leur appartient pas, ou ce sont celles qui en ont eu marre de payer des PV ».

 

...l’automne à la casse à la recherche d’un siège
Dans la même veine, depuis la fin du mois d’octobre, la police contrôle que le nombre de places inscrit sur la carte grise correspond avec la réalité des véhicules. Or un grand nombre de prostituées ont enlevé le siège passager pour rejoindre leur client quand celui-ci monte dans leur camionnette par la porte coulissante latérale. Karen explique :
« C’est plus pratique. ça nous évite de nous mouiller, de prendre froid avec nos tenues légères ou de nous casser la gueule avec nos talons ».

Le 21 octobre, les policiers sont passés voir celle qui est devenue la porte-parole des filles de Gerland. « Ils m’ont dit : « si vous ne remettez pas les sièges, on vous met 90 euros d’amende ».

Dès le début de la semaine suivante, avec sa « collègue de tapin », elles sont allées courir les casses pour chercher des sièges. Elles en ont trouvé à quarante euros pièce. Une affaire, paraît-il.

Le mot est passé parmi les prostituées. Début novembre, les premières amendes sont tombées.

 

Quelle sera la prochaine étape ?
« Si on descend de la camionnette, peut-être vont-ils nous coller des amendes pour racolage? », s’emporte Karen.

 

Pour échapper à cette multiplication de contraventions, certaines cherchent à s’installer sur les routes nationales, jusqu’à une centaine de kilomètres de Lyon. Même si c’est plus risqué. Celles qui restent à Lyon racontent l’histoire de cette Camerounaise tuée en mars de 30 coups de couteau. « A Gerland, ça n’aurait pas pu se produire. On se surveille entre nous », relève Beyonce.

 

Légende photo : camionnette de prostituées dans le quartier de Gerland (Lyon 7e) en octobre 2011.

Photographe : Natacha Boutkevitch

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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