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À Lyon, une grève contre de nouvelles suppressions de postes au Progrès

Ce vendredi 1er décembre, neuf journalistes du Progrès sur dix sont en grève à Lyon. Ils dénoncent un nouveau plan social, qui va toucher plusieurs agences du groupe. Le média, possédé par le Crédit Mutuel, réduit son nombre de salariés depuis une vingtaine d’années.

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Grève au Progrès
Les journalistes du Progrès de Lyon se sont majoritairement mis en grève.

C’est une nouvelle coupe franche dans les effectifs, au Progrès. Ce vendredi 1er décembre, les salariés du quotidien lyonnais sont en grève. Ils dénoncent des suppressions de poste, apprises lors d’un comité social et économique (CSE).

Selon le Syndicat national des journalistes (SNJ), six postes de journalistes vont être supprimés : quatre dans le Rhône et deux dans la Loire. « À la rentrée, on nous a dit : « on donne tout pour les locales, c’est notre point fort ». En fait, on navigue à vue… », lâche un journaliste en interne.

Dans le détail : deux postes de journalistes sont supprimés dans l’Est lyonnais (Bron-Villeurbanne), un à Villefranche et un autre dans l’Ouest lyonnais. « Le service des sports se retrouve aussi à l’os (moins un poste) », commente le SNJ dans un communiqué. Seule la rédaction dite « départementale », à Lyon, serait renforcée de deux postes.

Au Progrès à Lyon, la crainte du pire

Ce plan touche également d’autres médias du groupe Ebra appartenant au Crédit Mutuel. Le Bien-Public, basé à Dijon, et le journal de Saône-et-Loire (JSL) sont également concernés. Selon le SNJ, onze postes vont être supprimés à la rédaction, dont neuf journalistes.

« La direction croit-elle sérieusement attirer de nouveaux lecteurs, sans nul autre projet que d’appauvrir la couverture médiatique d’immenses secteurs couverts par les agences ? », tacle le syndicat.

Pour le SNJ, il n’y a plus de réelle stratégie de la part de la direction depuis bien longtemps. En avril 2021, une grève, déjà très suivie, avait été menée pour récupérer des postes, perdus durant la période de la crise sanitaire.

Deux ans plus tard, ces suppressions ne passent donc pas. D’autant que la direction crée des postes, en même temps, en marketing éditorial et côté vente. « Quand il n’y aura plus de journalistes, il n’y aura plus rien à marketter », grince Vincent Lanier du SNJ. Sans journaliste sur le terrain, qui pourra couvrir les conseils municipaux ? La vie politique ? Sociale ? Économique ?

« On touche à l’ADN de notre journal en menaçant la qualité de l’information locale, veut marquer Jérôme Morin, au SNJ. On est là pour défendre ce bien public. »

Preuve de la crainte créée par le dernier CSE, le mouvement a massivement mobilisé. 91% des journalistes sont en grève dans le Rhône, mais aussi 80% dans le Jura et 50% dans l’Ain. Ces départements sont pourtant, en théorie, exclus de ce plan. Le témoignage d’une « solidarité » entre confrères, et d’une « grande préoccupation », pour Jérôme Morin.

De 300 à 235 journalistes : 20 ans de plans sociaux au Progrès

Le quotidien n’en est pas à ses premières difficultés. Depuis une dizaine d’années, les plans sociaux s’enchaînent au Progrès. En 2018, le journal avait connu un plan social en parallèle d’une stratégie « digital first », menée pour améliorer la partie « web » du journal.

La rédaction avait vu partir 60 journalistes, pour 40 embauches. Avant cela, les rachats du média par Serge Dassault (en 2005) puis par le Crédit Mutuel (en 2010) avaient également entraîné des départs.

Régulièrement, les journalistes font part de leur lassitude face à un journal qui voit ses effectifs se réduire comme peau de chagrin, sans que les journalistes aient leur mot à dire. Selon Vincent Lanier, le média comptait près de 300 journalistes au début des années 2000. Avec ce plan, on arriverait autour de 240, voire 235, titulaires.

Début novembre, l’expérimentation de Chat GPT au sein du groupe, à l’Est Républicain, avait également suscité de vives inquiétudes. La situation en interne semble loin de s’arranger.

Sans réel dispositif pour cela, les journalistes n’ont actuellement que la grève pour se faire entendre. Une rencontre avec la direction devrait avoir lieu vendredi ou en début de semaine prochaine. Côté rédaction, toutes les possibilités sont sur la table. Le vote d’une motion de défiance contre la direction n’est pas exclu.

Contactée ce vendredi, la direction du Progrès n’avait pas encore répondu à nos sollicitation au moment de la parution de cet article.


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