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Le Hot Club : berceau discret du jazz à Lyon et monument d’histoire
Cultures  L'anti-Routard de Lyon 

Le Hot Club : berceau discret du jazz à Lyon et monument d’histoire

par Pierre Lemerle.
Publié le 11 septembre 2022.
Imprimé le 27 septembre 2022 à 13:52
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Installé rue Lanterne dans le 1er arrondissement, le Hot Club de Lyon est un réel « temple » du jazz en France. Ouvert en 1948, il est le plus vieux club de jazz d’Europe encore en activité.

Le Hot Club de Lyon, c’est une devanture qui ne paye pas de mine, rue Lanterne. Située en face d’un sex-shop, sa petite entrée est sobrement habillée de rouge et recouverte d’informations sur les prochains concerts. Au-dessus, un message simple : « Jazz, Hot Club de Lyon » indique aux visiteurs où il met les pieds. « J’ai dû faire ajouter « Jazz » pour que cela ne trompe pas les touristes chinois », rigole Gérard Vidon, président historique du « Hot ».

Discret et parfois méconnu, le Hot Club est le plus vieux club de jazz d’Europe encore en activité. Raconter son histoire, c’est donc faire le récit de l’arrivée du jazz dans la région de Lyon. 

Le Hot club de Lyon
Rue Lanterne, le Hot club est la vieille maison des musiciens à Lyon ©PL/Rue89Lyon.

En 1948, la naissance du « Hot » à Lyon

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le jazz est en plein boom en France. À Lyon, une poignée d’étudiants des Beaux-Arts, les « Zazous » se réunissent rue des marronniers pour « boeuffer ». Ils jouent alors principalement du « be-bop », le jazz à la mode à l’époque, rapide et festif.

À leur tête, Raoul Bruckert, saxophoniste, fonde le Hot Club en 1948. Son nom vient de la fédération des « Hot club de France » qui chapeaute l’ensemble de ces lieux. Mais, rapidement, le « Hot » prend son indépendance pour devenir le « Hot Club de Lyon ».

« Il fallait payer une cotisation pour appartenir à la fédération », raconte Isabelle Gireau », actuelle présidente du Hot club.

Assise dans la cave du « Hot » (attention à prononcer le H aspiré), elle revient sur les débuts singuliers de ce lieu mythique. Au-dessus de sa tête, le portrait d’un saxophoniste surplombe la petite estrade installée pour le public. À l’entrée, plusieurs photos de musiciens ayant marqués les lieux. Michel Petrucciani, Herbie Hancock, Duke Ellington… Cette petite alcôve de musique a accueilli des (très) grands noms du jazz dans un espace intimiste. Le « Hot » est capable d’accueillir 90 personnes au maximum.

« C’était la maison des musiciens ! »

Isabelle Gireau
Isabelle Gireau, présidente du Hot club de Lyon. ©PL/Rue89Lyon

La « maison des musiciens » et le sulfureux Hot Club

Une maison qui fut parfois un peu en désordre, si l’on en croit son ancien président, Gérard Vidon. Aujourd’hui président d’honneur du « Hot », ce dernier l’a dirigé pendant presque 40 ans, de 1981 à 2018. Il se souvient bien de ces premiers pas dans le jazz, en 1973.

« Le Hot Club était un vagabond. C’était tenu par des musiciens qui ne se souciaient pas des clients, se remémore-t-il. Un bordel sans nom… Ils devaient de l’argent à tout le monde. »

À l’époque, ce lieu sans loi est situé rue de l’Arbre Sec. En 1981, Gérard Vidon devient président de l’association du « Hot ». Il se met à « remettre de l’ordre » dans son organisation. Il éloigne ainsi quelque peu les musiciens. Seul un reste au conseil d’administration. Le Hot Club de Lyon s’installe aussi rue Lanterne.

« La mairie m’avait dit que pour avoir des subventions, il fallait que tout soit en règle. C’est ce qu’on a fait », reprend-t-il.

Au Hot Club de Lyon : des grands noms et des anecdotes à la pelle

Quand on l’interroge sur le « Hot », Gérard Vidon est intarissable. Queue-de-cheval blanche, lunettes et montre de la même couleur… Avec son look déluré, cet ancien fan de rock donne à ses histoires jazzy un ton bien rock’n’roll.

Durant ses 40 ans de présidence, la cave a accueilli les grands du jazz. On y jouait après des concerts en ville, parfois toute la nuit. Parmi ses souvenirs, il se souvient, en vrac, d’avoir engueulé un militant Front national qui avait demandé à Joe Henderson de changer de trottoir, à l’aune des années 90. De même, il revoit un repas avec Art blakey and the Jazz messengers où ces derniers avaient failli retourner un restaurant lyonnais de bonne réputation. La scène avait eu lieu après un concert délocalisé hors du « Hot » pour l’occasion.

« Ils avaient demandé des glaces avec de la chantilly, et ils se battaient avec », souffle-t-il.

Gérard Vidon
Gérard Vidon, président d’honneur du Hot club, berceau du jazz à Lyon. ©PL/Rue89Lyon

Quand Chet Baker est venu jouer gratuitement… Et s’est endormi

Mais, l’une de ses histoires reines, c’est celle du trompettiste Chet Baker. Fin des années 80, ce dernier avait été programmé par le Hot Club (dans une salle plus grande) pour trois dates.

« J’avais vendu 2000 places, se souvient-il. Sauf que, le jour J, à 20h30, pas de Chet Baker. »

Se retrouvant avec 2000 spectateurs à rembourser, le président songe un moment à attaquer le tourneur du musicien en procès, avant de se raviser. Une après-midi, alors qu’il était en train de repeindre la devanture, un « clochard » vient lui parler en anglais. « C’était lui ! » Détruit par la drogue, le jazz man venait rembourser sa dette.

« Il est resté trois jours. Je ne l’ai programmé ni le mercredi, ni le jeudi. Il devait jouer seulement le vendredi, se souvient-il. Je suis allé lui chercher à manger au Bistro des Lyonnais. Quand je suis revenu, il avait pris « sa dose » et s’était endormi ».

Une nouvelle fois, le jazz man, totalement drogué, fait faux bond. En partie du moins. Après un concert où les spectateurs ont pu voir le voir dormir pendant que ses musiciens jouaient, il se réveille vers 1 h du matin. Là, il reprend son instrument et se met à jouer.

« Ils ont joué avec ses musiciens jusqu’à 6h du matin. C’est comme ça qu’il m’a payé sa note, raconte-t-il. J’avais les larmes aux yeux. »

Au Hot Club de Lyon : se professionnaliser et payer les musiciens

Près de 40 ans après le début de son histoire rue Lanterne, le « Hot » a pris un nouveau virage en 2018. Nouvelle présidence, nouveau bureau… L’équipe en place a décidé de professionnaliser, en partie, les lieux. Elle embauche à présent un responsable de communication, un administrateur et un régisseur-barman. Avant, elle ne comptait qu’un seul salarié.

« Nous avons aussi décidé de payer les musiciens, reprend son actuelle présidente, Isabelle Gireau. Avant, ce n’était pas le cas. Beaucoup de grands noms, comme Duke Ellington, venaient y boeuffer après un concert dans une salle de Lyon ou Villeurbanne. »

Pour cela, l’association essaye de se structurer en cherchant d’autres subventions et ressert ses liens avec les autres clubs de Lyon.

« Le « Hot » a inscrit le jazz dans le paysage lyonnais », reprend la présidente. 

Dans le Hot club de Lyon
Le Hot Club accueille toujours des jazzmen du monde entier à Lyon. ©PL/Rue89Lyon.

De Jazz à Vienne aux clubs lyonnais, le « Hot », véritable berceau du jazz dans la région

Gérard Vidon va plus loin dans le rôle du « Hot » dans l’histoire du jazz dans la région. Entre le Bémol 5 (aujourd’hui fermé), la Clef de voûte… Tout le milieu du jazz en Rhône-Alpes est passé par le « Hot ». Y compris Jazz à Vienne.

« Initialement, ils voulaient faire le festival au Parc de la Tête d’Or, mais le responsable culture de la Ville de Lyon n’a pas voulu, relate-t-il. Ils sont alors allés voir Mermaz [maire de Viennes de 1971 à 2001, ndlr] et lui a dit oui. »

Autour du « Hot », un quartier qui s’est embourgeoisé

Des années plus tard, ce grand-père à la réputation fantasque « jeune depuis très longtemps » est toujours content son « Hot ».

Loin d’être nostalgique, il considère que les lieux ont changé, en bien, comme le quartier. 

« Il y a eu une époque où le secteur était malfamé, se souvient-il. Une fois, j’ai dû faire le tour de Lyon avec une femme à la recherche de drogue. Elle me pointait son flingue contre le ventre. »

Pas de doute, le quartier s’est « embourgeoisé ». Fut un temps où des prostituées travaillaient à tous les coins de rue. À la base, les locaux du « Hot » auraient d’ailleurs été un bordel, selon lui.

Aujourd’hui, les « filles de joie », selon ses termes, ont été boutées loin du centre-ville par la loi et les arrêtés municipales anti-camionnettes. En souriant, il remarque tout de même l’installation d’un sex-shop juste en face du Hot Club. Cocasse pour une musique qui s’est épanouie entre les maisons closes et l’alcool, du temps de la prohibition américaine : « Comme quoi, chassez le naturel, il revient au galop ! »

Une salle toujours lieu « maison des musiciens »

De quoi faire sourire les musiciens ? Outre les têtes d’affiches venant joueur le soir (Mulgrew Miller, Ron Carter, Scott Hamilton, Joe Farnsworth, etc.), les jazzmen de Lyon peuvent s’y retrouver pour répéter, quand ils le souhaitent, en payant un abonnement de 12 euros par an. Un prix imbattable dans la ville.

« Le « Hot » est toujours la maison des musiciens, sourit Isabelle Gireau. Il y a une réelle âme autour de ça. »

Le « berceau du jazz » accueille toujours volontiers des bœufs ouverts tous les mercredis et des concerts. L’année dernière, le « Hot » a comptabilisé 160 dates. Pour toute cette activité, il peut également compter sur une équipe de neuf bénévoles dans le CA, une cinquantaine d’autres à la billetterie. Un fait rare pour des clubs de jazz de France.

« Vous en connaissez beaucoup des clubs avec des gens qui travaillent gratuitement ? » demande Gérard Vidon.

Pas de doute, pour lui, les bénévoles sont la clef de la longévité des lieux. En 2023, le berceau du jazz lyonnais fêtera ses 75 ans. Pourquoi ne pas fêter ça avec un festival ? Sans donner de dates, Gérard Vidon aimerait bien voir se refaire un « traboule blues » qui avait permis d’amener des orchestres de jazz jouer dans les traboules de Lyon en 1989. Sans s’avancer, Isabelle Gireau aimerait, elle aussi, organiser un festival hors les murs prochainement. L’histoire du « Hot » est encore loin de son point d’orgue.

Article actualisé le 14/09/2022 à 15h18
L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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