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Les adeptes du street fishing modernisent la pêche à Lyon
La ville comme terrain de jeu 

Les adeptes du street fishing modernisent la pêche à Lyon

par Arthur Russias.
Publié le 26 juin 2022.
Imprimé le 13 août 2022 à 08:50
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Le street fishing, littéralement « pêche de rue », a de nombreux adeptes à Lyon. Ces pêcheurs, généralement jeunes, modernisent l’image de la discipline et se réunissent autour de valeurs communes, en quête de répit dans un rythme et un cadre de vie urbains. Rencontre avec Mattéo, étudiant et street fisher lyonnais.

Il est 16 heures, Mattéo, 18 ans, est obnubilé par sa ligne de pêche. Rien ne peut le perturber. Pourtant, une chaleur étouffante s’abat sur Lyon en ce mois de juin, le cadran digital de la pharmacie voisine affiche 31 degrés. Son style vestimentaire ne le différencie en rien des autres passants sur le quai. Pas de treillis, ni de bottes en caoutchouc.

Le trafic routier est dense, les voitures défilent juste au-dessus de nos têtes, au niveau des quais de Saône, entre le quartier d’Ainay et Perrache. Rien, ni la pollution, ni le bruit, ni la chaleur ne viennent le déconcentrer.

Le jeune passionné semble savourer l’instant de la même façon que s’il évoluait près d’une petite rivière de montagne. Il répète soigneusement les mêmes gestes dans l’espoir de voir vibrer le bout de sa canne, ce que les pêcheurs nomment communément le « scion ».

Qu’est-ce que le street fishing ?

Georges, président de l’association de pêche Fishare, nous en donne une définition : « C’est une pratique qui n’est pas simple à définir. Si l’on regarde au niveau de la sémantique, ça peut juste être une traduction bête et littérale de « pêcher en ville ». Dans ce cas-là, on inclut tous les types de pêcheurs qui évoluent en milieu urbain. Et encore, je ne suis pas sûr que les plus « anciens » se reconnaissent dans ce terme. Mais si l’on s’attarde sur le nouveau courant de pêche porté essentiellement par des jeunes addicts. Eux, pêchent aux leurres et relâchent systématiquement tous leurs poissons. C’est pour cela que le terme de « street fishing » me dérange un peu, je préfère employer le terme de « nouvelle génération de pêche en ville », par exemple. »

Le street-fishing à Lyon ou la « pizza » dans l’eau

Ce jeune street fisher pratique la pêche aux leurres. Cette technique consiste à simuler la nage d’un véritable poisson par le biais d’un leurre, en l’occurrence un petit poisson souple en plastique, qu’il lance puis ramène en direction du bord. Il est très appliqué dans ses mouvements.

« Il ne suffit pas de lancer, puis de ramener. Il faut animer le leurre, se mettre dans la peau d’un véritable poisson », détaille-t-il.

Ainsi, Mattéo s’applique à marquer des temps de pause, où le leurre coule vers le fond, entrecoupés par des phases durant lesquelles il mouline de façon continue. Il n’hésite pas à donner des petits coups secs au niveau du scion. Sa parade est de mimer un poisson à l’agonie. Une cible de choix pour les carnassiers : les poissons qui se nourrissent d’autres poissons.

« Là, je suis monté pour pêcher plutôt la perche », avance Mattéo. C’est un poisson à l’allure zébrée qui a la réputation de mener un combat intense, bien que sa taille ne dépasse que rarement les 40 centimètres, les plus grosses sont surnommées « pizza » par les street fisher.

Le jeune pêcheur dispose de plusieurs cannes et d’une ribambelle de leurres qu’il adapte en fonction de ce qu’il compte attraper. La pêche au silure ou au brochet nécessite un équipement beaucoup plus lourd que la pêche à la perche.

Petite perche attrapée au leurre par Mattéo, street fisher et étudiant lyonnais. ©AR/Rue89Lyon

« Le street fishing, c’est une pêche sportive »

En l’occurrence, pour cette « session pizza », Mattéo va varier les leurres en fonction des spots qu’il va parcourir.

Il faut donc opter pour un leurre dur, un poisson fictif de consistance dure, ou plutôt pour un souple d’un autre colori – ils ont tous une odeur caractéristique pour attirer le poisson, à l’ouverture de la boite les contenant s’échappe une odeur frappante par son aspect chimique : mêlant des émanations de plastique à des parfums exotiques en tout genre –, en tenant compte de la profondeur des eaux ou encore de la météo.

Le street fisher est constamment en mouvement, il lance rarement deux fois au même endroit, s’il n’a pas été alerté par la présence d’un poisson.

« Le street fishing, c’est une pêche sportive où l’on marche beaucoup, on doit s’adapter à l’architecture de la ville », précise Mattéo. Il ajoute : « Il faut pouvoir balayer le maximum de zones où des poissons peuvent se loger, généralement ils mordent dès le premier lancer ».

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Une boite contenant des leurres souples : de petits poissons en plastique à raccorder au bout de la ligne. ©AR/Rue89Lyon

Quels sont les poissons présents à Lyon ?

« Généralement en street fishing, le pêcheur recherche les poissons carnassiers : les poissons qui mangent d’autres poissons. Du plus petit au plus grand. On retrouve la perche, que l’on trouve en assez grande quantité dans le Rhône et la Saône, qui peut faire au maximum 50cm. Ce poisson se reproduit facilement et grandit assez vite. Ensuite, il y a le sandre, un poisson qui a été importé des pays de l’est dans les années 70-80 et qui s’est largement développé dans toutes nos grandes rivières. Il peut mesurer entre 20cm à 1 mètre pour les plus gros spécimens. Sa chair est très réputée mais il n’est pas très combatif.

Après, il y a le brochet, le carnassier emblématique de nos rivières, il est un peu moins présent en centre-ville. Ce poisson a été classé en danger. Et dans la série des poissons gigantesques : le silure. Un poisson qui a aussi été massivement importé des pays de l’est. Il peut dépasser largement les 2 mètres 50. C’est une espèce intéressante car elle s’adapte très bien aux eaux polluées. De plus, le silure ne s’arrête jamais de grandir au cours de sa vie. », Georges, président de l’association de pêche Fishare.

« Cette pêche permet de casser un peu les clichés vieillots »

« J’ai à cœur de toujours relâcher le poisson sans le blesser, on ne pêche plus pour se nourrir aujourd’hui. C’est avant tout une passion, un sport. ».

Mattéo pratique le « no-kill », comme la majorité des street fisher aujourd’hui, il ne tue pas son poisson, – d’autant plus que la consommation de ces derniers est interdite à Lyon – il porte en lui de réelles convictions. L’ardillon, une contre-pointe visant à empêcher le décrochage, au niveau de son hameçon, est par exemple écrasé.

Il qualifie sa démarche de « bienveillante » à l’égard du poisson, l’objectif est de limiter au maximum sa souffrance.

« Cette pêche moderne, ça permet de casser un peu les clichés vieillots », résume Jean-Pierre Faure, directeur technique à la Fédération de pêche du Rhône.

Le street fisher, qui a pour objectif d’apporter un nouvel élan progressiste à la pêche, est particulièrement préoccupé par les questions éthiques contemporaines.  

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Les quais de la Saône, de Bellecour à Confluence, sont particulièrement fréquentés par les pêcheurs urbains à Lyon. ©AR/Rue89Lyon

A Lyon, le street fishing a aussi ses addicts

« J’ai découvert le street fishing sur les réseaux sociaux et depuis j’ai monté ma propre chaîne YouTube, il y a un vrai public qui est intéressé », témoigne l’étudiant en agronomie.

Le street fishing est une discipline qui se pratique plutôt en solitaire. Le pêcheur ne peut compter que sur sa patience et son abnégation pour espérer dénicher un poisson qui a de l’appétit.

Une nouvelle génération se retrouve en ligne. Le jeune homme nous assure que beaucoup de street fisher lyonnais sont actifs sur les réseaux sociaux – essentiellement via des groupes Facebook – à diverses fins : véhiculer les bonnes mœurs de la discipline (bien relâcher son poisson, ne pas pêcher au vif, respecter les zones de frai…), programmer des sessions à plusieurs ou encore échanger à propos des équipements.

C’est aussi simplement un moyen de se faire remarquer sur la toile, beaucoup de pêcheurs cherchent à attraper un poisson pour le poster dans la foulée sur Instagram.

« Le street fishing, c’est avant tout lié aux réseaux sociaux », déclare Georges, président de l’association Fishare

Malgré l’existence d’une communauté, le street fishing peine à bien se développer à Lyon, contrairement à Paris où la discipline a grossi de façon importante.

Une des explications réside dans le fait qu’accéder à des zones de pêche en pleine nature se fait facilement depuis Lyon. A Paris, les pêcheurs sont contraints de s’adapter au milieu urbain. En l’occurrence, Mattéo affirme qu’il « préfère évidemment pêcher en nature ».

Il ajoute :

« Je ne peux pas me déplacer facilement en dehors de Lyon, je ne suis pas originaire d’ici, je viens sur les quais à vélo ».

Paris dispose de nombreuses sociétés spécialisées en la matière, telles que French Touch Fishing, qui contribuent au rayonnement du street fishing dans la ville. Des magasins voient le jour, des stages sont proposés mais aussi des compétitions organisées. Un dynamisme que les street fishers lyonnais aimeraient bien dupliquer.

Quelle est la réglementation en vigueur dans la ville ?

« Pour pêcher à Lyon, il faut une carte de pêche : la carte interfédérale qui permet de pêcher pour 100 euros à l’année dans toute la France, par exemple. A Lyon, il est possible de pêcher dans le centre-ville, excepté dans le port Edouard-Herriot, au niveau de la Confluence, et dans les réserves de pêche où les espèces sont préservées. Pour pouvoir pêcher au parc de la Tête d’Or, il faut demander une autorisation journalière d’accès et il n’est possible de pêcher que depuis divers sites autour du lac, dédiés exclusivement à cette activité. », Jean-Pierre Faure, directeur technique à la Fédération de pêche du Rhône.

L'AUTEUR
Arthur Russias

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