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Grève à Homeserve à Lyon : « On ne voit jamais la couleur des bénéfices records »
Actualité 

Grève à Homeserve à Lyon : « On ne voit jamais la couleur des bénéfices records »

par Guillaume Bernard.
Publié le 1 juin 2022.
Imprimé le 29 juin 2022 à 23:59
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Cela fait quinze jours que devant le siège social France d’Homeserve, à Gerland (Lyon 7e), un piquet de grève se tient chaque semaine. Rencontres.

C’est un immeuble froid, gris et discret, à quelques rues de la place Jean-Macé (Lyon 7e), du côté de Gerland. Le siège de Homeserve, entreprise qui commercialise des contrats d’assurance, ne fait pas partie des bâtiments devant lesquels on a l’habitude de voir des piquets de grève. Les salariés toujours en poste, une grande majorité de cadres, en sont les premiers surpris et jettent parfois des coups d’œil furtifs mais intrigués en direction du rassemblement qui se tient aux pieds de leurs bureaux.

Ils peuvent apercevoir leur collègue Sophie*, qui observe une journée de grève ce lundi 30 mai, tout comme le mardi précédent.

« Je travaille dans cette entreprise depuis 2014 et mon salaire mensuel est d’environ 1500 euros net. J’ai trois enfants et, avec l’inflation, j’ai largement réduit mes dépenses alimentaires. La viande par exemple. C’est vrai que lorsque dès le 15 du mois on se retrouve en négatif, on se dit que quelque chose ne va pas », témoigne la jeune femme, petite veste en cuir sur les épaules.

 » Le 15 ?! Mais moi c’est dès le 5. Et je n’achète plus de viande, seulement de la charcuterie parce que c’est moins cher », renchérit Anna*, sa collègue, locataire à Villeurbanne.

Dans cette entreprise d’environ 450 salariés – dont plus de 270 cadres – les grévistes, une petite centaine, sont chargées d’assistance, de vente, ou de clientèle. En grande majorité des jeunes femmes, elles sont les petites mains du courtier en assurance. Elles gagnent entre 1300 euros et 1500 euros mensuels hors prime. Un salaire qui, à cause de l’inflation, se rapproche désormais du SMIC (voir encadré).

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Amir Benaziza, délégué syndical CGT devant le piquet de grève de Homeserve (Lyon 7) pour exiger une augmentation de salaire. ©GB/Rue89Lyon

Grèves pour les salaires au siège de Homeserve à Lyon : « On ne voit jamais la couleur des bénéfices records »

Des salaires aussi bas et des employées qui peinent à boucler leurs fin de mois dans une entreprise au chiffre d’affaire avoisinant les 125 millions d’euros, c’est assez pour déclencher une grève.

« On sait que l’entreprise se porte bien. Nos dirigeants nous parlent de bénéfices records, de 50 millions de bénéfice net, mais nous, salariés de la production on ne voit jamais la couleur de cet argent », dénonce Amir Benaziza, délégué syndical CGT chez Homeserve.

Dans ce contexte, les conclusions de la réunion NAO (négociation annuelle obligatoire, pendant laquelle ont lieu les revalorisations salariales) sont jugés insultantes. « Ils nous ont augmenté de 23 euros brut par mois ! », enrage Amir Benaziza.

Si la CGT et la CFTC, syndicats engagés dans la grève ont refusé de signer l’accord proposé par l’entreprise, la CFDT, majoritaire chez Homeserve, l’a bel et bien accepté.

« Cet accord a été signé sans consultation des salariés. Or il est totalement insuffisant et nous réclamons de nouvelles augmentations », regrette Mheidi Mahmouti, délégué syndical CFTC.

Insatisfaits, les grévistes réclament, entre autre, 7% d’augmentation de salaire, une prime exceptionnelle pour le pouvoir d’achat ainsi que la mise en place d’un 13e mois.

« Ce qui est important, c’est l’augmentation du salaire mensuel. C’est ça qui nous permet de prévoir nos budget et d’anticiper nos dépenses, pas les primes qui sont aléatoires », explique Sophie*.

Pour le directeur des ressources humaines de Homeserve, qui s’exprime dans le Progrès, pas question de compléter les NAO par de nouvelles mesures. « L’année 2022 marque notre plus haute redistribution de la valeur », assure-t-il. Et le DRH de mettre en avant la moyenne de la prime d’intéressement reversée annuellement part l’entreprise : 9000 euros. Or le montant de ces primes est aussi fonction du salaire des employés.

« Ce sont peut-être les cadres qui touchent ces montants mais, nous, on ne touche pas autant. D’ailleurs ils ne s’y trompent pas, il n’y en a pas un qui fait grève », assure Sophie*.

« Dans cette entreprise on ne mélange pas les torchons et les serviettes », assène Amir Benaziza, drapeau de l’union locale CGT 7/8e arrondissement entre les mains. En attendant de nouvelles négociation avec la direction, la grève chez Homeserve pourrait être reconduite.

grèves salaire Lyon HomeServe
Les salariées de Homeserve en grève lundi 30 mai devant le siège de leur entreprise. ©GB/Rue89Lyon

Inflation et écrasement de la grille salariale :

Entre juin 2021 et juin 2022, l’inflation a atteint 5,4 % en France selon l’estimation provisoire de l’INSEE. Un taux bien au-dessus des 2% habituellement visés. La faute à la crise sanitaire mais surtout à la guerre en Ukraine.

Indexé sur l’inflation, le SMIC a donc beaucoup augmenté et s’élève désormais à 1300 euros net. Ce n’est pas le cas des salaires légèrement supérieur à ce dernier, qui dépendent des négociations salariales dans les entreprises (les fameuses NAO) et dans les branches professionnelles.

Or ces négociations aboutissent souvent à des revalorisations inférieures aux 5,4% d’inflation. Et les salaires légèrement supérieurs au SMIC se rapprochent donc inévitablement de ce dernier. C’est ce qu’on appelle « l’écrasement de la grille salarial ».

*Les prénoms ont été changés à la demande de nos interlocuteurs

Cet article est un extrait de l’article

A Lyon, les grèves pour les augmentations de salaire se multiplient

L'AUTEUR
Guillaume Bernard

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