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En quête de love : « Lyon n’est pas la ville la plus simple pour nouer des relations »
Société 

En quête de love : « Lyon n’est pas la ville la plus simple pour nouer des relations »

par Laure Solé.
Publié le 28 mai 2022.
Imprimé le 01 décembre 2022 à 04:40
3 226 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

J’ai -à la demande de ma cheffe, je précise- testé une « soirée célibataires » à Lyon pour faire des « rencontres ». Ambiance faussement décontractée et à dominante masculine, regards en coin posés sur moi… L’ambiance, je n’ai pas réussi à la subir très longtemps pas plus que les tentatives des participants de m’arracher à ma posture professionnelle, pour entrer dans la moiteur d’une soirée séduction.

Il faut dire qu’en réalité, je ne suis pas en quête de partenaire mais plutôt de belles histoires lyonnaises, de récits inattendus qui se sont déroulés sans impliquer une seule application de rencontres. Mission impossible ? À vous de me le dire.

J’ai commencé à mener ma quête de belles rencontres, à Lyon, il y a quelques mois. Et comme pour quasi tous les journalistes, mes premières investigations ont été réalisées au sein de mon cercle de relations personnelles : un tiers de mes amis qui habitent Lyon entretiennent au moins une relation. Sur ce tiers, plus de la moitié a rencontré son ami·e du moment par une application de rencontres.

Après, il ne reste plus grand monde. Et surtout, ce n’est pas très représentatif de tous les âges, de toutes les catégories socioculturelles ni de toutes les orientations amoureuses possibles.

Abattre les clichés sur les soirées rencontres pour célibataires à Lyon

Au téléphone, ma mère m’a donné l’exemple de sa collègue infirmière qui avait rencontré son nouvel ami à son club de randonnée. Je me suis demandé s’il était envisageable d’appeler tous les clubs de randonnée à Lyon pour savoir si de longues marches avaient été le théâtre d’idylles. Un peu tiré par les cheveux comme idée. En revanche, j’ai pensé à des clubs spécialisés dans la rencontre.

J’ai tout de suite eu le cliché en tête des « speed-dating » gênants qu’on voit dans des films américains ringards, comme « 40 ans toujours puceau » ou « Hitch ». Deux colonnes composées uniquement d’hommes, puis de femmes, qui se font face, séparé·es par une rangée de tables et se décalant d’une chaise toutes les trois minutes pour se présenter à un ou une autre partenaire potentielle.

Dans ces films, la scène généralement peu utile à l’intrigue sert de prétexte pour intégrer des personnages particulièrement ridicules et vulgaires qu’on ne reverra jamais. J’y vois la représentation d’un stéréotype plutôt répandu : ceux qui sortent célibataires du grand mercato matrimonial des 20-30 ans sont au mieux bizarres, au pire inadaptés.

Des rencontres célibataires à cheval, en VTT ou en Jet ski à Lyon

En regardant les offres de « soirées célibataires » à Lyon, je m’attends donc au pire. Je tombe sur un site plutôt propre qui propose de nombreuses activités ayant pour thème la rencontre amicale et amoureuse. Du kayak à l’équitation en passant par la croisière, il y a l’embarras du choix. L’équipe programme aussi des petites soirées pour apprendre à ses adhérents à se connaître dans plusieurs bars lyonnais décrits comme élégants.

Le site insiste sur la présence d’encadrants pendant toute la durée des événements, ce qui -à mon sens- est rassurant, notamment pour les femmes. Je décide donc de venir voir de mes propres yeux, toujours en quête d’une première histoire de coup de cœur à la lyonnaise.

Au final, la soirée est tout ce qu’il y a de plus normal. Des personnes bavardent tranquillement à l’intérieur et sur la terrasse. Il n’y a pas beaucoup de jeunes autour de la vingtaine mais, sinon, il y a de tous les âges. Je me présente un peu tôt dans ce bar du 6e, privatisé pour l’occasion. Après avoir un peu discuté avec l’organisateur qui me promet la venue d’un couple susceptible de me raconter son histoire, je décide de m’asseoir un peu en retrait sur la terrasse.

En soirée célibataires à Lyon : « Vous cherchez quoi ici ? »

J’en profite pour répondre à des coups de fil, fumer une cigarette, me perdre dans mes pensées. Un exercice difficile compte tenu des cercles concentriques dessinés par des hommes seuls autour de moi. Et ce, dès l’instant où je me suis assise. Je me penche donc sur mon téléphone prenant une mine absorbée. Rien n’y fait, je suis interrompue à trois reprises par des hommes qui me demandent :

« Vous cherchez quoi ici ? »

Une question normale compte-tenu de l’événement, mais qui me met un peu mal à l’aise. J’ai un peu plus de vingt ans, ces messieurs ont probablement le double. Je tente de relativiser, les flyers disaient « Rencontres sans jugement » et je suis en train d’émettre des jugements. J’explique ma démarche : je cherche de jolies histoires de rencontre. Je leur demande s’ils pensent pouvoir m’aider. La réponse est assez claire : « non ». Pourtant ils restent, font mine de vouloir partir pour finalement me reposer une énième question banale. Dès que l’un s’en va, un autre prend la place du précédent. Je commence à être vraiment mal à l’aise.

Je comprends vite le souci majeur de la soirée. Outre mon charisme légendaire, ce qui explique aussi (et surtout) le comportement de ces messieurs, c’est un problème de parité. En effet, les femmes se comptent sur les doigts d’une main et sont, à chaque fois, accaparées par plusieurs hommes.

Sur Tinder, « j’ai l’impression de faire le singe pour intéresser les filles »

Je m’interroge : la proportion de femmes célibataires est plus important que celui des hommes en France. Pourtant, que ce soit sur les applications de rencontre ou dans des lieux comme celui-ci, les femmes se font rares.

Y a-t-il des lieux mixtes pour faire des rencontres homosexuelles ? Et si oui, les lesbiennes sont-elles en aussi écrasante minorité ? Ou est-ce le jeu de la séduction hétérosexuel qui peine à intéresser les femmes ? J’ai ma petite idée sur le sujet, mais j’en profite pour dire qu’il s’agit des nombreuses questions auxquelles la série « Tendresses lyonnaises » pourrait répondre, au travers de vos témoignages.

Retour à ma soirée célibataires : je décide de mener un repli stratégique vers l’organisateur, qui bavarde en compagnie de deux hommes devant l’entrée du bar. C’est la première fois que les deux amis viennent à ce type de soirée. Un peu plus jeunes que la moyenne, ils se déclarent lassés des sites de rencontre :

« Sur Tinder, tu passes tes journées à tenter d’établir le contact avec des filles qui ont leur messagerie pleine à craquer. Moi j’ai l’impression de faire le singe pour tenter de les intéresser. »

L’autre d’ajouter :

« Et puis une fois sur deux, quand tu rencontres une fille après avoir parlé longtemps avec elle par messages, le courant ne passe pas en vrai. J’ai besoin de sentir la personne face à moi, j’ai l’impression de perdre du temps avec Tinder. »

Une photo libre de droit par Burst, sur Pexels.
J’ai -à la demande de ma cheffe, je précise- testé une « soirée célibataires » à Lyon pour faire des « rencontres » Photo d’illustration CC Burst / Pexels.

« Lyon n’est pas la ville la plus simple pour nouer des relations »

L’organisateur, un peu en retrait, finit par ajouter :

« C’est nécessaire qu’on soit là. Dès la fin du premier confinement on tournait à plein régime, les gens se sentaient vraiment seuls, sur tous les plans. On a eu une explosion de la demande. Certains couples formés ici continuent de venir aux événements, pour le plaisir et la convivialité. »

Il conclut :

« Lyon n’est pas la ville la plus simple pour nouer des relations. Je ne sais pas si c’est la taille de la ville ou l’état d’esprit, mais ce n’est pas facile d’y rencontrer de nouvelles personnes. »

On y vient. Le décrié « snobisme lyonnais » dont j’ai tant entendu parler depuis mon installation entre Rhône et Saône il y a plus d’un an. Plusieurs articles et messages sur les forums abordent le sujet : les cercles de relations lyonnais seraient particulièrement difficiles d’accès.

Un sujet toujours abordé un peu honteusement : Ce n’est pas très bien vu d’être en galère de potes. C’est probablement encore pire quand on parle d’attachement sexuel ou amoureux.

Après cet ultime échange, j’ai déserté les lieux, me sentant à la fois un peu trop regardée, et aussi un peu voyeuse. Cela demande un certain courage d’aller dans ce type d’événement, littéralement à la rencontre de l’inconnu ; sans qu’en plus une journaliste curieuse vienne vous poser des questions indiscrètes.

N’hésitez pas à nous écrire pour nous proposer votre histoire (ou celle de votre mamie, pote, collègue…) à l’adresse suivante : lauresole@rue89lyon.fr.

L'AUTEUR
Laure Solé

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