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[Podcast] Au stade de l’utopie
Tribune 

[Podcast] Au stade de l’utopie

par Tribune.
Publié le 25 mai 2021.
Imprimé le 22 juin 2021 à 19:44
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Et si la crise sanitaire permettait un changement de notre société ? En 2050 par exemple, à quoi ressembleraient les stades de football et leurs villes dans ce monde d’après ?

L’École urbaine de Lyon propose une série de conférences intitulées « Les Mercredis de l’anthropocène ». Rue89Lyon en est partenaire et publie les tribunes des invité·es et intervenant·es qui poursuivent les échanges à distance.

Les « Mercredis de l’anthropocène » font partie intégrante des programmes de la Radio Anthropocène de l’École urbaine de Lyon, diffusée chaque mercredi de 12h à 19h30, en partenariat avec Radio Bellevue Web.

Depuis les œuvres séminales de Platon, Saint Augustin ou Thomas More, imaginer la ville comme société idéale et la situer dans un futur lointain ou un monde imaginaire, a été souvent une façon d’entrer en projet. Cette posture d’action cherche à énoncer les ambitions les plus élevées pour une société afin de garantir une matérialisation du projet la plus aboutie possible.

L’utopie propose une critique argumentée d’un état sociétal jugé inacceptable. Elle formule une réponse à travers une organisation (architecturale, spatiales, politiques, etc.) et des récits nouveaux. Certains établissent un lien entre réflexion utopique et naissance de l’urbanisme au tournant du 20ème siècle.

Imaginer que la crise sanitaire puisse être une apocalypse, catastrophe et révélation, qui entraînera un changement de notre société, de laquelle naîtra soit une réforme vers un monde meilleur soit une aggravation de ses dysfonctionnements, relève de la tradition utopique.

Notre équipe a utilisé les outils prospectifs et projectuels que sont la dystopie et l’utopie pour imaginer les stades de football et leurs villes en 2050.

> Pour suivre le débat, en direct et en podcast

Mouvement sportif et mouvements sociaux

L’économie du sport professionnel était un colosse aux pieds d’argile lorsqu’un simple coronavirus l’a mis à bas à partir de 2020. Les JO de Tokyo 2021 avaient été une catastrophe avec des compétitions vides de sens, par des huis-clos quasi systématiques et l’absence de nombreuses délégations, en raison de la persistance de la pandémie et d’économies en ruine.

Certains pays avaient masqué un dopage d’État sous couvert de traitement préventif de leurs athlètes. Les coûts exorbitants de l’organisation se traduisirent par un conflit entre le Japon et le CIO (Comité international olympique). Les Japonais descendirent en masse dans les rues lors du Wasaga protest ou « mouvement des ombrelles ».

La Coupe du monde de football de 2022, qui devait se tenir au Qatar, fut annulée devant l’accumulation des scandales et procès relatifs à des soupçons de corruption dans l’attribution de la compétition et des droits de retransmission.

Partout dans le monde, des mouvements citoyens se mobilisèrent pour réclamer un réel changement de paradigme. Ils se réunirent lors du premier Forum mondial des Sports, tenu à Athènes, dans les friches sportives des JO 2004. Les congressistes présentèrent un nouveau rapport Taylor qui permit la rédaction de nouvelles lois et réglementations.

Stades et vie de quartier

En 2050, les grands stades et les clubs existaient toujours, mais la loi leur imposait d’être utiles pour leur communauté. Les stades étaient revenus au plus proche des populations pour en faciliter l’accès par les modes doux et actifs. Ils accompagnaient les populations de la naissance à la mort.

Tout un chacun se souvenait y avoir vu un match, mais surtout y avoir joué au parc, passé ses examens, avoir été soigné ou s’être marié. Certains choisissaient même d’y être inhumés dans des columbariums situés sous les gradins.

Certains stades étaient devenus des bijoux de technologie pour optimiser l’expérience client. Téléphones, tablettes et montres étaient connectés au terrain et à la vidéo, permettant de revoir chaque action au moyen de casque ou de lunettes à réalité augmentée.

A l’inverse, certains stades vintage rendaient impossible tout usage d’un appareil connecté pour retrouver l’expérience du supporteur à l’ancienne… Même s’il n’était pas rare de voir certains introduire de vieux transistors à pile pour écouter les scores à la radio.

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« Radinho » d’un stage vintage ©Giselle Lazera

La vie d’après les stades

Les stades n’étaient plus démolis quand leur cycle de vie se terminait. Ils devenaient souvent des parcs sous la surveillance de paysagistes. Au Brésil, l’Arena Pantanal de Cuiabá, construite à l’occasion de la coupe du monde 2014, était devenue une favela autour d’une aire de jeu transformée en décharge à ciel ouvert. La reprise en main avait été spectaculaire.

Dans le cadre d’un programme fédéral, elle était devenue une « ville dans la ville » : Jardim Verdão. La décharge avait été recouverte de terre végétale pour créer des terrasses sur lesquelles on installa les serres du désormais célèbre marché aux fleurs du Verdão. D’élégants quartiers s’étageaient dans les gradins en amphithéâtre, dotés de nombreuses rues en escaliers et de mini-placettes.

Dans d’autres stades, l’opération avait été faite de manière plus informelle et moins socialement ambitieuse avec des copropriétés populaires sous la forme de gated communities. Elles nous rappelaient que les amphithéâtres romains étaient parfois devenus des bourgs fortifiés au Moyen-Âge. Tout n’était pas rose en utopie.

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Un stade transformé en parc ©Giselle Lazera

Par Jean-Michel Roux et Natalia R. De Melo, de l’Université Grenoble Alpes, Cristiane De S. Duarte, de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro et Elson M. Pereira, de l’Université Fédérale de Santa Catarina.

>> Conférence du mercredi 26 mai : « Questionner les liens entre ville et sport »

La culture sportive est une combinaison de pratiques, de comportements, de systèmes de valeurs et de rapport au corps. Et il existe autant de cultures sportives que de sports. Les villes se sont emparées du sport : organisation d’évènements sportifs, dispositifs d’insertion et d’intégration par le sport, soutien aux clubs, grands stades, prise en compte des logiques sportives dans les projets de rénovation urbaine… Comment intègrent-elles la diversité des cultures sportives ?

Avec :

  • Antoine Haincourt. Enseignant à l’EM Lyon Business School, son objectif est de faire le lien entre le monde de l’enseignement supérieur et la réalité de l’industrie afin d’avoir un impact sur l’employabilité des étudiants. Ses cours portent sur le leadership transformationnel et la gestion de l’image de marque, en utilisant le sport comme terrain d’étude.
  • Jean-Michel Roux. Maître de Conférences et Directeur adjoint du Pôle Sciences Sociales de l’Institut d’Urbanisme & Géographie Alpine (Grenoble), chercheur à Pacte, laboratoire de Sciences Sociales. Ses recherches actuelles portent sur l’évolution des stades et équipements sportifs face aux enjeux actuels (sanitaires, sociaux et économiques), et sur le groundhopping, une forme de tourisme de stade en émergence.

Animation :

  • Jérémy Cheval. Architecte Urbaniste Ph.D., spécialiste des transformations sociales et spatiales en Chine, il est le coordinateur du Pôle Formation de l’École urbaine de Lyon.

Pour suivre ou réécouter la conférence :

Tout le programme du mois de mai 2021 des Mercredis de l’Anthropocène saison 5.

Article actualisé le 22/06/2021 à 09h46
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