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Zone sans pesticides : « Ce serait l’occasion de changer de modèle et de passer en bio »
Société 

Zone sans pesticides : « Ce serait l’occasion de changer de modèle et de passer en bio »

Le gouvernement envisage des « zones de non traitement » (ZNT). Des zones tampon censées protéger les riverains des pesticides. Mais le zonage pourra être fortement réduit. La concertation est pour l’heure absente et sa possible  réalisation encore floue. À contre-pied des positions défendues par la FNSEA, certains agriculteurs bio voient dans ce débat sur les ZNT l’occasion d’amorcer une véritable transition. Zoom sur des vignerons du Beaujolais.

La loi Egalim ambitionne d’améliorer les relations de voisinage. Entre les riverains d’exploitations et les agriculteurs. Notamment ceux utilisant des pesticides et autres produits phytosanitaires. Pour cela, la loi envisage l’instauration de ZNT.

Votée en 2018, elle a donné lieu récemment à une consultation publique. Du moins, un décret devant en préciser l’exécution. C’était au mois de septembre dernier jusqu’au 7 octobre.

Près de la moitié du territoire du Rhône est en zone agricole. Parmi les activités agricoles, vignoble du Beaujolais oblige, la viticulture arrive en tête. Alors, durant cette phase de consultation l’ODG Beaujolais-Beaujolais Villages s’est notamment mobilisée. L’organisme de gestion et de défense (ODG) des appellations est montée au créneau. Elle a largement diffusé auprès des viticulteurs une campagne de lobbying, avec courrier type à envoyer au ministère de l’agriculture, pour le faire reculer sur la question des ZNT.

1 milliard d’euros de pertes avec les ZNT selon l’ODG Beaujolais-Beaujolais villages

Elle demande notamment que les distances des ZNT soient ramenées à 0 mètre. En contrepartie de « mesures d’atténuation ».

« Les mesures de protection des riverains ne sauraient se limiter à une distance mais peuvent se combiner. Nous demandons de pouvoir disposer de mesures d’atténuation telles que l’implantation de haies, de filets anti dérive et d’équipements performants en matière de limitation de dérive pour ramener cette ZNT à 0 mètre ».

Elle dit « comprendre les risques liés à l’utilisation de produits phytosanitaires ». Et demande à ce que la prévention ne concerne « que les produits présentant une dangerosité avérée pour la santé et non l’ensemble des produits homologués ».

Elle avance également un argument économique. Selon elle, établir une ZNT de 10 mètres sur laquelle il faudrait arracher les vignes, représenterait une perte directe et foncière importante.

« Appliquer une ZNT de 10 mètres le long des parcelles d’habitations entraine l’arrachage des vignes soit la suppression de 985 hectares de surfaces d’appellations en Bourgogne correspondant à la perte nette de 3,6 % des surfaces des Appellations de Bourgogne. Les pertes économiques sont évaluées 40 millions d’euros, et la valeur foncière à plus d’1 milliard d’euros. »

« Même une zone de 10 mètres, c’est de l’inconscience »

Dans le vignoble du Beaujolais, les voix qui s’élèvent contre ces positions de l’ODG Beaujolais sont rares. Les viticulteurs ou vignerons bio, en biodynamie ou nature restent peu nombreux. Ils ont été malgré tout destinataires du courrier. Sans vraiment les faire sourire.

« Même une zone fixée à 10 mètres, c’est ridicule. L’été, quand ils traitent dans les vignes à 25 mètres de ma maison j’ai l’impression que c’est dans ma cuisine. C’est de l’inconscience », tempête Isabelle Perraud, vigneronne bio et biodynamie avec son mari dans le Beaujolais et éphémère présidente de Bien Boire en Beaujolais.

Isabelle Perraud (Côtes de la Molière). Crédit : DD/Rue89Lyon.

Isabelle Perraud (Côtes de la Molière) sera présente au Salon des vins Rue89 Lyon. Crédit : DD/Rue89Lyon.

Pour elle, une zone de non traitement pourrait être intéressante. Mais même avec un zonage important cela ne changerait pas grand chose.

« Dans une région viticole, on circule. Donc on respire des doses que je ne veux même pas imaginer. Ils (les agriculteurs et viticulteurs conventionnels, ndlr) ne veulent aucune contrainte alors qu’ils utilisent des produits dangereux. Quand tu demandes à ne pas être sulfaté, tu n’es pas entendu », poursuit-elle.

« Beaucoup se disent qu’on ne va pas les empêcher de travailler »

Elle estime que le dialogue entre riverains et viticulteurs dans sa région restera difficile.

« Rares sont les personnes qui vont oser dire quelque chose. Beaucoup se disent qu’on ne va les empêcher de travailler ».

Dans sa communication sur les ZNT, l’ODG Beaujolais a joint un schéma explicatif. Sur ce dernier, concernant le premier zonage de 0 à 3 mètres où seuls les produits dits de biocontrôle seraient autorisés, elle précise que le cuivre n’en fait pas partie.


Le cuivre, les viticulteurs et vignerons bio en utilisent. Alors cette mention, Isabelle Perraud et d’autres l’ont prise pour une volonté de les mettre dans le même bateau.

« On nous balance qu’on est de gros pollueurs avec le cuivre. Je ne connais pas un vigneron bio qui ne réfléchisse pas aux doses de cuivre qu’il utilise. Nous, en biodynamie on en met 1kg-1,5kg maximum par parcelle », indique-t-elle.

Olivier Renard, vigneron bio et biodynamie dans le Beaujolais y voit aussi « un amalgame fait entre les bio et les conventionnels ».

« C’est au faux discours. Le cuivre on l’utilise mais en bouillie bordelaise. Ils en utilisent beaucoup plus que nous. Pour nous le cahier des charges est très strict. C’est une façon d’évacuer le débat sur tous les produits qu’ils utilisent dans leurs traitements ».

« C’est l’occasion de changer de modèle et de passer en bio »

Le rapport d’évaluation de l’IGAS de 2018 sur l’utilisation des produits phytosanitaires


Quant à l’argument financier engendré par l’arrachage éventuel des vignes sur les bandes de terrains exclus de certains pesticides et traitements, le vigneron le comprend. Mais il y voit l’occasion de passer ces terres en bio.

« Changer de modèle c’est compliqué. Surtout qu’on ne roule pas tous sur l’or dans le Beaujolais. Cela engendrerait sûrement une perte de rendement pour eux. Mais le bio est aussi moins contraignant à la vigne. Il faudrait que l’Etat soit là pour accompagner un mouvement. Mais en tout cas, en réagissant ainsi ils annulent tout débat ».

C’est d’ailleurs un avis que partage l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Elle a rendu un rapport d’évaluation sur l’utilisation des pesticides et autres produits phytosanitaires à proximité des habitations en 2018. Dans ses préconisations (générales et non spécifiques à la viticulture, ndlr) elle s’attarde sur les parcelles à proximité de bâtiments habités :

« La mission propose de mobiliser les moyens pour faire des parcelles proches des zones habitées et des établissements sensibles une priorité et un territoire d’excellence pour la réduction des dérives et des risques. Il est préconisé dans ces zones sensibles de : stimuler les alternatives aux produits de synthèse : conversion à l’agriculture biologique, implantation de variétés résistantes, produits de biocontrôle, robots désherbeurs… (…) »

>> Nous avons contacté la Chambre d’Agriculture du Rhône qui nous a renvoyés vers la FDSEA du Rhône. Contactée à plusieurs reprises cette dernière devait revenir vers nous mais ne l’a pas pour l’heure fait. L’ODG Beaujolais-Beaujolais Villages n’a pas répondu à notre sollicitation.

L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon

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