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A Vaulx-en-Velin, un salon de coiffure pratique le coup de ciseaux solidaire
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A Vaulx-en-Velin, un salon de coiffure pratique le coup de ciseaux solidaire

« Je ne vais presque jamais chez les coiffeurs traditionnels, je trouve ça excessivement cher », peut-on recueillir de Brigitte, une adhérente de SoliCoif, un salon de coiffure situé à Vaulx-en-Velin, et qui a écrit son histoire à travers une action solidaire comme son nom l’indique.

Fondé en mars 2014 à Vaulx-en-Velin et pionnier dans la pratique des coups de ciseaux à prix réduit, ce salon fait payer ses prestations à un prix correspondant à la situation sociale de la cliente.

Sadia Chaabna coiffant une de ses adhérentes. DR.

La commune de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de l’Est lyonnais, fait partie des villes les plus précaires de la métropole lyonnaise avec un taux de chômage chez les 15-64 ans frôlant les 23% selon les chiffres de l’Insee datant de 2014.

Difficile de faire référence à cette ville sans évoquer son Mas du Taureau, ses petits commerçants, ses quartiers populaires et ses nombreuses associations.

Parmi elles, on trouve l’association SoliCoif, créé par Sadia Chaabna.

Situé au pied d’un immeuble de quartier donnant une vue imprenable sur un vaste parking, on trouve à quelques pas de ce salon de coiffure une école. Les commerces eux, sont situés quelques mètres plus loin, au Mas du Taureau.

Le cadre est d’autant plus surprenant qu’on aurait même pu croire à un rendez-vous au domicile privé de Sadia Chaabna. Et pourtant en passant la porte, on se rend compte que le salon génère du passage dans le quartier.

Tout y est, le bac à shampoing, les ciseaux et les bigoudis s’entremêlent à l’odeur de solvant et au bruit des sèche-cheveux. Nul doute, on est bien dans un salon de coiffure. Deux meubles muraux ornés de shampoings, de soins capillaires et autres laques, laissent place à une toute petite surface de travail. Ici, « on essaye de faire bien avec peu ».

©DM Rue89Lyon

« Cela a été mûrement réfléchi, à la suite d’une maladie »

Permettre l’accès à un service de coiffure à des tarifs adaptés aux personnes à très faible revenu ; offrir un service de proximité dans un quartier concentrant des familles à très faible budget ; favoriser l’estime de soi et la socialisation ; développer le lien social en offrant un lieu d’échange et de communication ; assurer un lien permanent avec les acteurs sociaux, c’est là toute l’identité du salon.

La Vaudaise et présidente de l’association est revenue sur ce qui l’a poussé à monter une association de ce genre au cœur d’un quartier populaire.

« Cela a été mûrement réfléchi. Notamment à la suite d’une maladie : j’avais dû quitter mon emploi. J’ai fait une formation dans la coiffure car c’est un domaine qui m’a toujours passionné. J’ai pris très vite la décision d’ouvrir une association et d’y pratiquer des tarifs sociaux », raconte Sadia Chaabna.

Avec sa localisation au rez-de-chaussée d’un immeuble social, le salon jouit de sa proximité avec les habitants et surtout de la fréquentation d’un quartier classé « politique de la ville ».

On y retrouve supérettes, maraîchers, pharmacie ou bureau tabac. Seul le salon de coiffure fait dans le social.

« On discute de tout, ici »

« Le dévouement est la plus belle coiffure d’une femme » disait Eugène Labiche.

Dans le cas de SoliCoif, coiffer ou couper des cheveux est devenu un acte solidaire. Pour Brigitte, 68 ans, une des plus fidèles clientes du salon, se faire raccourcir les cheveux n’est pas la seule raison qui pousse les femmes à venir ici :

« C’est bien plus qu’un salon de coiffure. C’est pour cela que j’y viens chaque semaine. Ce qui me satisfait le plus ici, c’est l’accueil, la bonne ambiance… On discute de tout. Quand on sort d’ici, on est bien dans sa peau et ça, c’est le plus important ».

Le prix d’une coupe de cheveux varie d’un salon à l’autre et d’une prestation à l’autre. Selon l’UNEC (Union Nationale des Entreprises de Coiffure), le prix moyen d’une prestation « shampoing-coupe-brushing » pour une femme, chez un coiffeur en France, est de 32,92 euros. Un prix dérisoire pour certaines, mais excessif pour d’autres.

« Je coiffe les plus démunies ; des personnes qui sont au RSA, des handicapées, des femmes inscrites au Pôle Emploi etc. C’est vraiment une association solidaire », nous dit Sadia Chaabna.

Avec ce genre de tarif, nombreuses sont celles à ne pas pouvoir se rendre dans un salon ordinaire à cause de ces prix jugés prohibitifs. Ici, une prestation équivalente oscille entre 15 et 20 euros. Une tranche tarifaire qui est davantage en adéquation avec la clientèle.

« Il y a aussi celles qui ont un peu plus de moyens. Elles payent un tout petit peu plus cher leur prestation », résume simplement la présidente de l’association.

Les tarifs sont fixés via un barème et sur justificatif de la CAF.

Brigitte 68 ans, adhérente de SoliCoif depuis de nombreuses années. ©DM Rue89Lyon

« Pas des clientes mais des adhérentes »

Il s’agit d’un salon exclusivement destiné aux femmes. L’affluence s’est accrue au fil des années, les clientes arrivent bien au-delà de Vaulx-en-Velin.

« Les adhérentes ne sont plus exclusivement Vaudaises. Elles viennent de partout ; j’ai créé une page « solicoif » sur Facebook, qui a bien marché. Toutes les personnes qui sont intéressées peuvent venir évidemment », affirme Sadia Chaabna.

Pourquoi réserver ce système seulement aux femmes ?

« La raison à cela est en rapport avec les ateliers. En effet, les femmes sont beaucoup plus à l’aise quand il n’y a pas d’hommes avec elles. »

Si l’asso revendique la dimension professionnelle de son activité de coiffure, elle met très souvent en avant son étiquette sociale et associative. Il s’agit non pas de coiffer des clientes, mais plutôt des adhérentes.

« Je fais aussi des ateliers de bien-être tous les mois. Un jour dans le mois, on se rencontre avec les adhérentes et on fait des ateliers sur la présentation de soi, le relooking et l’estime de soi. Cela permet surtout à ces femmes de sortir de l’isolement ».

L’association est un lieu où l’on se raconte les derniers potins, de détente et où on vient même parfois seulement pour boire un café.

« Un jour on a beaucoup de monde et d’autres, pas du tout »

« On tient tous les rôles, tantôt on est psychologue, tantôt assistante sociale, on est aussi amie et confidente. On les écoute. Il faut avoir beaucoup d’empathie. Les femmes viennent surtout ici pour passer un bon moment, pas uniquement pour se faire coiffer. Elles viennent boire un café, discuter etc. ».

Pour financer un tel projet, Sadia Chaabna a pu bénéficier d’une petite enveloppe de subventions de la ville de Vaulx-en-Velin.

« On fait une demande de subventions sur l’année. Elles me permettent le financement du loyer, de la marchandise, de tout ce qu’a besoin l’association pour fonctionner ».

Avant de s’installer près du Mas du Taureau en 2016, Sadia exerçait au Village, autre quartier de Vaulx-en-Velin.

« J’ai continué de coiffer mes adhérentes directement chez elles, je n’ai pas voulu les lâcher ».

Aujourd’hui, les recettes récoltées permettent uniquement au salon de financer le loyer, l’électricité et autres charges.

« C’est un local commercial réservé aux associations. On ne peut pas se permettre de faire une trésorerie, car la fréquentation reste aléatoire. Un jour, on a beaucoup de monde et d’autres, pas du tout. ».

Maintenir le lien convivial dans le quartier vaudais en faisant du social, c’est ce à quoi tient Sadia Chaabna. Elle projette de consolider son action en organisant des voyages solidaires avec ses adhérentes. Mais elle souhaite surtout que son concept puisse donner des idées à d’autres.


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