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« Visible / Invisible : le Musée de l’histoire de l’immigration devant le fait colonial »
Tribune 

« Visible / Invisible : le Musée de l’histoire de l’immigration devant le fait colonial »

Marianne Amar est responsable de la recherche au Musée national de l’histoire de l’immigration

Elle est l’une des invité-e-s des « Écritures post-coloniales », un événement notamment organisé par la Villa Gillet et le TNP les 2 et 3 février. Nous publions les contributions de quelques intervenant-e-s.


Penser le post-colonialisme
« Les écritures post-coloniales » se déroule du vendredi 2 au samedi 3 février 2018 au Théâtre National Populaire. Deux soirées pour penser le post-colonialisme en faisant dialoguer la littérature, l’histoire, la musique et la poésie.
Un événement organisé par la Villa Gillet avec le Théâtre National Populaire, l’Ambassade des Pays-Bas en France, le Fonds des lettres néerlandaises et Flanders Literature.
Tout le programme est ici.

C’est un musée hanté par le colonial. Depuis dix ans, le Musée national de l’histoire de l’immigration, installé dans l’ancien Musée des colonies construit en 1931, écrit le passé en tenant un équilibre précaire entre le trop plein de visibilité du lieu et le silence qui recouvre – en partie – les migrations coloniales et post-coloniales.
En 2007, l’institution avait cru pouvoir balayer d’un geste la puissance du bâtiment : le Musée finirait par en renverser la signification. Mais le renversement n’a pas eu lieu. L’institution vit, au contraire, dans l’inquiétude permanente d’être recouverte par ces lieux qu’elle ne parvient pas à habiter, à la fois trop proche et irréductiblement différente.

« Le patrimoine de la nation ne doit pas, pour autant, demeurer intouchable »


Marianne Amar, responsable de la recherche du Musée de l’histoire de l’immigration
Historienne, Marianne Amar est responsable du département de la recherche du Musée national de l’histoire de l’immigration. Diplômée de Sciences Po Paris, elle a d’abord été éditrice indépendante puis directrice de la communication à la Ville de Cachan.
Ses domaines de recherches concernent l’histoire des migrations, les représentations et l’écriture de l’histoire mais aussi l’histoire politique et sociale du sport.

Les polémiques ont été si nombreuses à jalonner la courte histoire de ce musée, qu’on en a oublié certaines évidences. Que l’histoire de l’immigration coloniale et post-coloniale se noue à l’intersection du passé impérial de la France et de l’histoire des migrations – toutes, sans exclusive ni hiérarchie – et qu’il est possible d’en déplier tranquillement, en historienne, les héritages respectifs. Qu’installer un musée des migrations dans un bâtiment patrimonial avec le statut de musée national – soit le plus haut niveau de reconnaissance de la République – ne condamne pas à en rester sidéré.

Inaliénable, le patrimoine de la nation ne doit pas, pour autant, demeurer intouchable. Et enfin, puisqu’il s’agit de réfléchir à l’exposition du fait colonial, il convient de penser ce musée comme un paradoxe.

Comment tenir ensemble le bâtiment et le musée, soit deux manières contradictoires de faire lien avec le monde ? Comment rendre visible une histoire largement faite d’invisibilité sociale, traversée de silences qui sont parfois une forme de résistance ? Comment exposer, révéler le hors champ de cette histoire, sans le recouvrir d’images qui ressortent des représentations et des stéréotypes ? Comment, en fin de compte, inventer une pratique muséale qui conduit à ouvrir les yeux pour regarder autrement ?

Marianne Amar, la responsable de la recherche au Musée national de l’histoire de l’immigration. ©DR

Marianne Amar, la responsable de la recherche au Musée national de l’histoire de l’immigration. ©DR

>> Intertitre par Rue89Lyon
>> Exposer le fait colonial. Débat avec les historiens Michel Pierre, Marianne Amar et Martine Gosselink. Vendredi 2 février à 18h30 au Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Une rencontre animée par Cédric Lesec, directeur des relations extérieures et de la diffusion du Musée des Confluences.