Elle est l’une des invité-e-s des « Écritures post-coloniales », un événement notamment organisé par la Villa Gillet et le TNP les 2 et 3 février. Nous publions les contributions de quelques intervenant-e-s.
La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence.
Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ?
L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite.
« Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés »
C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence.
Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne.

>> Titre et intertitre par Rue89Lyon
>> « Contre l’oubli, se souvenir de la violence coloniale ». Débat avec la sociologue Abram de Swaan, professeur émérite à l’Université d’Amsterdam et Sylvie Thénault.
Vendredi 2 février à 20h30 au Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Une rencontre animée par Catherine Portevin (Philosophie Magazine).

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