Nous lui ouvrons nos colonnes pour un point de vue à lire.

La légitimité résulte de l’attribution par les citoyens à la police du droit moral à faire obéir. Elle se traduit par une intériorisation du devoir d’obéissance, qui découle, de la confiance. Elle mérite et se gagne (si les objectifs poursuivis sont perçus comme souhaitables, si le service rendu est bon et si la police traite de manière impartiale et égale les citoyens).
Alors on a ce que j’appelle une police universaliste.
Le déni de légitimité s’exprime par une absence de soutien, un refus d’obéir, et par des forces directes de confrontation. Elle est alimentée par un détachement vis-à-vis de la collectivité nationale et des valeurs cardinales. Alors que le fonctionnement de la police doit contribuer à la cohésion nationale en confortant les normes et valeurs, il divise.
Jusqu’à des années récentes, il n’existait pas d’outil pour comparer la légitimité de la police entre les pays d’Europe et du monde. Les responsables politiques français et les portes paroles syndicaux mettaient en avant le caractère exemplaire et le fait que nous disposons de la meilleure police du monde. Avec l’émergence de recherche comparatives en la matière, les enquêtes « Eurojustis », « Polis » et les Etudes Sociales Européennes (ESS) le portrait s’est quelque peu complexifié.
Comme on l’a vu en matière d’éducation avec les enquêtes PISA, la comparaison peut montrer une réalité bien différente du discours officiel : qui oserait dire aujourd’hui que la France a le meilleur système d’enseignement. On sait même qu’il peut aggraver les inégalités comparativement à d’autres pays !
En matière de légitimité, la police française ne se situe ainsi que dans le tiers inférieur du classement européen, entre le niveau de l’Estonie, et de la Slovaquie. Et pareillement pour ce qui est de la satisfaction accordée quant au travail accompli ou lors d’un dépôt de plainte. Toutes ces données nous disent :
“Attention, il y a une coupure entre la population et les policiers, et cela est mauvais pour tout le monde”.
Les responsables politiques connaissent mal la police
Pourquoi autant d’hostilité ? En Allemagne, il y aussi des dealers mais ils ne vont pas attaquer les policiers avec des cocktails incendiaires. Disposer de la confiance de la population est un bouclier pour les policiers. Au vu des résultats de presque dix ans de recherche, j’ai voulu tirer la sonnette d’alarme, attirer l’attention des pouvoirs publics sur la très faible satisfaction et la légitimité médiocre de la police dans la population.
Pourquoi les pouvoirs publics ne s’en soucient-ils pas plus ? Le ministère de l’Intérieur a, pour le dire simplement, raté le tournant de la démocratisation des polices, contrairement aux pays de l’Europe du Nord, qui ont su mettre l’accent sur le service au citoyen, la recherche de l’égalité entre groupes (notamment ethniques), et la communication avec le public.
Nos gouvernements n’ont pas voulu voir l’importance de la recherche de légitimité, de la confiance et de l’égalité devant la police. Policiers et citoyens en paient aujourd’hui l’addition.
Malheureusement, les responsables politiques connaissent mal la police et ont une faible expertise sur le sujet ainsi que le montrent les programmes des candidats à l’élection présidentielle qui se cantonnent à lancer des slogans (parfois sympathiques) ou promettre plus d’effectifs – alors que la France est plus que largement dotée par rapport à ses voisins.
Ils ne pensent pas l’essentiel, les étapes qui permettraient à la police de jouer son rôle d’agent de cohésion sociale : développer la qualité de la police, gagner la confiance de la population.
De la police en démocratie, entretien avec Sebastian Roché, à la Villa Gillet le mard 21 mars 2017 à 19h30.

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![[Point de vue] A-t-on l’une des pires polices du monde ?](https://www.rue89lyon.fr/wp-content/uploads/2016/06/fresque-customisee.jpg)
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