
Vald n’est pas un génie. Il s’en défend à longueur d’interviews, retranché derrière quatre lettres : « NQNT », pour « Ni queue ni tête », équivalent j’m’enfoutiste et prêt-à-« brander » du « no reason » de Quentin Dupieux. Mais il est assurément un petit malin. Pour preuve, la manière, elle aussi volontairement contradictoire, dont il orchestre la promo de NQNT 2 – qui fait suite à un EP et une poignée de mixtapes.
Selfie, portrait d’une jeune fille à la sexualité lycanthropique – girlfriend bien sous tout rapport le jour, elle devient une bête masochiste la nuit –, a été promu par trois clips plus ou moins explicites, tournés avec la complicité des pornstars Ian Scott et Nikita Belluci – le plus hard étant diffusé sur la plate-forme de partage de vidéos pas du tout safe for work Pornhub. Même tarif pour Urbanisme, description à double tranchant des évolutions de la vie de quartier qu’illustrent trois plans-séquences quasiment identiques et anti-spectaculaires au possible – on le voit acheter des clopes et peiner à en allumer une. Trolling marqueté ou délire arty ? Dans les deux cas, la frontière est aussi poreuse que les vertèbres de JFK.
Tout un poème
Tout le projet de ce gamin d’Aulnay-sous-Bois est de ce calibre : partagé entre insolence et bon sens, sottise à froid et vulgarité à chaud, détachement old-school et vénalité trap, qu’il glose l’air de rien sur le sentiment d’abandon par les élites politiques (Shoote un ministre), le culte de l’apparence (Selfie) ou la déréalisation de la violence (le burlesque Bonjour, à propos d’un mec qui se fait bastonner en réponse à son impolitesse).
C’est justement cette ambiguïté permanente, secret d’une Poésie moderne qu’il pousse encore plus loin que son modèle Alkpote, qui fait de lui un cas (social) à part dans le petit monde des rappeurs blancs. Quand bien même il prend un malin plaisir à planquer sa technique sous une bonne couche de nonchalance – comme Fuzati. Quand bien même il n’aime rien tant qu’à observer l’avilissement de la jeunesse occidentale – sauf qu’à la différence d’Orelsan, il n’en fait jamais un gimmick. Et quand bien même Eminem – dont il pourrait être le fils caché, si la science et la loi permettaient à ce dernier de se reproduire avec P’tit Quinquin – fut le premier à concilier avec un tel naturel agressivité sociologique et bonhomie pop.
À défaut d’avoir choisi cette famille, Vald, en sa qualité d’autiste autoproclamé – l’autisme étant, pour rappel, un trouble du développement qui, dans de rares cas, se double d’une excellence créative connue sous le nom de Syndrome du savant, CQFD – s’en est émancipé en un clin d’œil torve (à peine trois ans de carrière). Jusqu’où ira-t-il ?
Vald [+ Trinix]
Au Ninkasi Kao vendredi 25 septembre
Par Benjamin Mialot sur Le Petit Bulletin.

La survie est presque assurée ! Mais nous pouvons aller plus loin : aidez-nous à réunir 30 000 euros avant le 4 mars pour mieux vous informer en 2027 grâce à une embauche. Pour cela, deux choses sont possibles : l’abonnement ou le don.
À quoi servira votre soutien ?
> 15 000 euros : nous continuerons à vous informer en 2027.
> 20 000 euros : nous pérenniserons notre newsletter politique Mairie à tout prix.
>30 000 euros : nous embauchons un quatrième journaliste avec un même objectif : informer, enquêter, révéler, et défricher des terrains où les autres médias ne vont pas.
Tous les moyens sont bons ! N’hésitez pas à partager notre campagne ou à donner à Rue89Lyon.




Chargement des commentaires…