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Grande folle et lesbienne butch : vive les clichés sur les homosexuels

Derrière la lutte bien-intentionnée contre les clichés homophobes pointe le risque d’une exclusion de celles et ceux qui ne se conforment pas aux normes, notamment de genre. Un édito signé Romain Vallet, redchef de notre partenaire Heteroclite, mensuel « gay mais pas que » qui fête son 100e numéro.

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Grande folle et lesbienne butch : vive les clichés sur les homosexuels

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Début mars, l’acteur homo Russell Tovey (interprète de Kevin dans la série gay Looking) a suscité la consternation d’une partie de ses fans en remerciant son père de l’avoir empêché de devenir efféminé. En janvier dernier est sorti Toute première fois sur les écrans français, un film vendu comme «la comédie gay-friendly de l’année», qui refuse jusqu’à l’absurde de caractériser ses personnages gays.

Fin 2013, le collectif lesbien Barbitu(e)rix s’est attiré les foudres d’un autre collectif lesbien, Follefet, pour avoir publié un livre hilarant (Lesbiennes dans tous leurs états, aux éditions Des Ailes Sur Un Tracteur) présentant une typologie loufoque des femmes homosexuelles. Et personne n’a oublié qu’en 2011, l’association Le Refuge s’est insurgée contre l’affiche (finalement retirée) de la Marche des Fiertés LGBT de Paris, au motif que son coq arborant un boa flamboyant autour du cou «stigmatis[ait]» les homosexuels et constituait «un grand pas en arrière dans la lutte contre l’homophobie».

Le point commun entre ces quatre faits apparemment disparates ? Un même combat, mené par des personnes gays, lesbiennes ou friendly, contre ce qu’elles estiment être des clichés associés à l’homosexualité : des stéréotypes, des lieux communs souvent très anciens et  véhiculant une image négative des gays et lesbiennes.

«Comme les autres» c’est-à-dire… comme les hétéros

Pour ne pas donner raison aux homophobes, pour lutter contre les stéréotypes insultants, il faudrait que les représentations de l’homosexualité réduisent celle-ci au rang de simple orientation sexuelle qui ne se manifesterait jamais en-dehors de la chambre à coucher.

À l’exception de leur attirance pour des personnes du même sexe qu’elles, rien ne devrait venir caractériser les gays et les lesbiennes, dont on nous répète qu’ils et elles sont exactement «comme les autres» (titre d’une autre comédie française «friendly» déjà très ratée sortie en 2008). «Comme les autres» c’est-à-dire… comme les hétéros. Hors de la norme hétérosexuelle, point de salut.

Qu’ils soient portés par un discours réellement hostile aux homosexuel-le-s ou qu’ils fassent l’objet d’une réappropriation par les personnes concernées, tous les clichés sont indistinctement jetés dans le même sac infamant.

Chasse aux clichés et follophobie

On ne contestera pas qu’il y a autant de façons de vivre son homosexualité que de personnes homosexuelles, que toutes sont respectables et qu’il existe par conséquent des gays et des lesbiennes qui, en effet, ne correspondent en rien aux clichés associés à l’homosexualité. Faut-il pour autant les mettre sur un piédestal et les ériger en seul modèle acceptable ? Qu’en est-il des autres ? Des gays efféminés, coiffeurs ou fans de Lady Gaga ?

Des lesbiennes butchs, exerçant des métiers à dominante masculine ou fans de chemises à carreaux ? Faut-il les stigmatiser, nier leur existence ou les invisibiliser au prétexte qu’ils donneraient «une mauvaise image» de l’homosexualité ?

Et dans quelle case ranger ces gays et ces lesbiennes qui peuvent aimer à la fois le bricolage ET Madonna, le foot ET le rouge à lèvres ? La «chasse aux clichés» ne vise pas que des représentations mais aussi des personnes, le plus souvent celles et ceux qui ne se conforment pas aux normes de genres ; c’est pourquoi elle est rarement éloignée de la follophobie ou de la «butchophobie».

Faut-il voir là une forme d’homophobie intériorisée de la part de celles et ceux qui ne parviennent à accepter leur propre homosexualité qu’au prix du rejet violent d’autres homosexuel-le-s (les «mauvais gays» et «mauvaises lesbiennes») ? Cette crispation sur les «clichés» n’est sans doute pas très éloignée de celle que rencontre en France la notion de «communauté».

Ce qu’on étiquette et stigmatise comme un cliché n’est souvent qu’un élément de la culture gay et lesbienne, elle-même constitutive du sentiment politique d’appartenance à une communauté. Ce même sentiment d’appartenance qui est à la base du combat pour l’égalité des droits, contre le sida ou l’homophobie. Refuser de façon aussi catégorique tout ce qui s’apparente à un cliché, n’est-ce pas ainsi une manière de se tirer une balle dans le pied ?

A retrouver sur heteroclite.org.


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