
Il n’y a pas si longtemps, on n’avait pas peur en France de se moquer des curés et des bigots ; cela faisait toujours un peu tousser dans les églises — Jean-Pierre Mocky, plongeant Serrault et Poiret dans le bénitier géant de Lourdes avec Le Miraculé, s’en souvient bien — mais ces raclements de gorge signaient surtout le déclin irrémédiable du catholicisme à l’orée du XXIesiècle.
Et puis, un jour, fini de rire : la religion est redevenue un sujet respectable et même, horreur, fédérateur ! Du coup, on serait tenté de demander l’asile politique à la Belgique où, manifestement, on a encore le droit d’appeler un chat un chat, et un maboul intégriste un maboul intégriste. Ce que ne se prive pas de faire Vincent Lannoo, cinéaste prolixe, inégal mais toujours surprenant, avec Au nom du fils.
Ben Laden et le fusil enrayé
Le film démarre par une sage imitation des émissions de libre antenne sur les radios cathos, avec une gentille animatrice, mère au foyer croyante (la formidable Astrid Whettnall, par ailleurs co-scénariste), et un prêtre confit dans ses sermons lénifiants.
Les choses se corsent quand on découvre le contre-champ de ces discours sirupeux et niais : le mari de l’animatrice a embringué leur fils dans une activité extra-scolaire d’un genre particulier, puisqu’il s’agit d’aller tirer en pleine nature et à balles réelles au nom du Christ sur des répliques de talibans façon Ben Laden.
L’idiotie n’ayant de limite que soi-même, le paternel finira par se faire exploser tout seul la cervelle en voulant réparer son fusil enrayé.
Pas de pitié, pas de quartier

Avec ce premier éclat gore, Lannoo fixe un horizon à son film : l’escalade dans la violence motivée par les nombreuses exactions commises au nom du Dieu chrétien — l’amour pour son prochain qui vire à la pédophilie, le silence de la confession qui se mue en omerta de la hiérarchie — conduisant la famille soudée autour de valeurs dévoyées à voler en éclats. Et la mère de passer de grenouille de bénitier à bras armé de la vengeance.
Décoiffant, le film est aussi passablement débraillé, seulement guidé par une pulsion anarchiste et hardcore qui jette au feu la rigueur scénaristique et la remplace par un mauvais esprit salvateur.
La scène finale, moment d’apaisement et de retour à la réalité, pose toutefois une lueur d’espoir et de raison au milieu du chaos obscurantiste : au lieu de chercher ce qu’il y a au-delà du ciel, il n’y a qu’à en contempler humblement la splendeur terrifiante.
Par Christophe Chabert sur petit-bulletin.fr.
Au Nom du fils. De Vincent Lannoo (Belg, 1h25) avec Astrid Whettnall, Philippe Nahon… Sortie le 7 mai.
http://www.petit-bulletin.fr/lyon/cinema-article-48379-Au+nom+du+fils.html

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