Mettre un homme en prison, c’est l’infantiliser : on le prive de toute initiative. La porte de la cellule ne s’ouvre que selon le bon vouloir du maton. A part cogner la porte avec les poings ou les pieds pour tenter d’attirer l’attention, le prisonnier est soumis à la seule décision du système. Il ne peut avoir aucune démarche directe.

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Pour demander quelque chose, il lui faut faire un mot qui est ramassé le matin, avec le courrier, s’il a du papier et un stylo. Dans certaines taules, ils ont même mis un système en place où toute demande doit passer par des bornes électroniques !
Le prisonnier est un fétu de paille, soumis aux vents qui peuvent souffler et qu’il ne peut pas prévoir, vent réglementaire ou vent arbitraire. Et bien sûr, toute contestation ne peut qu’attirer des ennuis au protestataire : privations, allant bien au-delà de celle de la liberté.
Alors, pour y faire face, le premier réflexe du taulard aguerri, c’est de faire des stocks. Stock de tous les essentiels, au cas où ce qu’il a commandé à la cantine (magasin d’achat de la prison), et payé, n’est pas livré pour X raisons.
Stock de Doliprane pour atténuer mal de tête ou mal aux dents, réserve de tabac, réserve de papier, de stylos, de café ou de thé, réserve de PQ, de nécessaire de toilette. Tout ce qui est en vente à l’intérieur ne peut pas être fourni dans les sacs de linge que la famille apporte au parloir.
Ça sent le tamien dans les coursives
Stocker donc, d’une manière ou d’une autre, autorisée ou non, pour garantir un minimum vital. A l’évidence, tu entends lecteur, que si le prisonnier n’a pas d’argent sur son compte, et il y en a beaucoup, il ne peut pas stocker.
Si acheter de quoi survivre matériellement coûte de l’argent, la pharmacie est gratuite. On trouve en prison tout ce qu’on veut, offert par la Sécu. Le prisonnier dort mal ? Il a besoin de somnifères ? On lui en donne ! Il est inquiet, angoissé ? Il a besoin de tranquillisants ? On lui en donne ! Si cela ne suffit pas il y a aussi les anxiolytiques. Son moral et son espérance sont en berne ? Il a besoin d’antidépresseurs ? On lui en donne.
Le prisonnier peut échapper à ce cachetonnage mortifère en fumant du shit pour planer. Le « tamien », s’il a du fric, il en a autant qu’il veut et ça sent la forêt dans les coursives.
Ça trafique bien plus en taule qu’en dehors des murs.

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