(article initialement publié le 14 novembre 2012).
Cécile et Sylvain Deveaux, avec leurs enfants Léo, 9 ans, et Lilwenn, 5 ans, le mercredi 14 novembre 2012 devant le TGI de Lyon – crédit : Rue89Lyon
Ils se présentent systématiquement comme « la famille Deveaux ». Cécile et Sylvain ont choisi de ne pas faire entrer leurs deux enfants, Léo, 9 ans, et Lilwen, 5 ans, à l’école mais de les instruire à la maison, comme la loi le permet. Il y a un an, le directeur de l’académie de Lyon les signale au procureur. Une enquête sociale est déclenchée, ainsi qu’un bras de fer médiatique, dont l’issue se rapproche : Léo et sa mère avaient rendez-vous ce mercredi devant une juge des enfants, à Lyon.

« Stressée, pas très bien ». Devant le tribunal de grande instance de Lyon, ce mercredi matin, Cécile Deveaux tente de faire bonne figure. Une trentaine de personnes s’est retrouvée là pour la soutenir ainsi que Léo, qui doit rencontrer à la mi-journée une juge des enfants.
Parmi les soutiens munis de ballons baudruche orange, une flopée d’enfants occupés à jouer sur le muret du tribunal. Cécile, 37 ans, et son mari Sylvain, 33 ans, ont décidé d’instruire leurs deux enfants à la maison, comme l’autorise la loi qui oblige à l’instruction mais pas à l’école.
Un courrier à l’Académie… et un signalement
Chez les Deveaux, il s’agit d’une instruction toute particulière, dite « informelle ». Sylvain, quand il présente le concept, prend son temps. Il voudrait désamorcer les suspicions :
« On fait en fonction de l’enfant. Il apprend selon son envie, sa curiosité. On utilise des bouquins, des documentaires, des jeux sur Internet… Nous ne sommes pas dans un système de notation et d’évaluation des connaissances, avec des matières, les Maths d’un côté, le Français de l’autre. Il n’y a pas d’heures de cours, ni de récré d’ailleurs, parce qu’en fait c’est l’instruction toute la journée. »
Pour mettre en place ce choix, Cécile a quasiment arrêté de travailler. Éducatrice petite enfance, elle a conservé une activité réduite d’assistante maternelle, tandis que Sylvain a monté son entreprise d’informatique et trouve le moyen de gérer son emploi du temps.
« Léo est allé à l’école jusqu’à la fin de son CP, Lilwen n’ira sans doute jamais, elle commence à déchiffrer l’alphabet », racontent-ils.
« Un vrai choix de vie » fait il y a deux ans, qui les a menés à envoyer un courrier au directeur de l’Académie de Lyon, en amont de l’inspection annuelle obligatoire menée par l’Education nationale et à laquelle la famille doit se soumettre.
Dans la lettre, le couple lui demande de respecter, pendant ce moment d’inspection, le mode d’instruction de Léo. Et par conséquent de ne pas « tester » le garçon de façon scolaire, avec des exercices notés. Cette lettre est prise pour un refus d’inspection. Le directeur de l’académie signale illico la famille au procureur de la République, qui déclenche alors une enquête.
Une « mère toute-puissante »
A la suite d’une première audience devant un juge des enfants, la procédure se poursuit, dont font partie les expertises psychologiques de l’enfant et psychiatrique pour la mère. « Un rouleau compresseur », estime Cécile qui, assez vite, médiatise le cas de sa famille, notamment par le biais de Hors des murs, un collectif de familles pratiquant l’instruction à la maison.
Le rapport d’une expert-psychologue est « accablant » pour la mère de Léo. Il la dépeint comme une mère toute-puissante qui voudrait avoir une emprise totale sur ses enfants. Un autre rapport, d’un expert psychiatre cette fois, la tient pour une mère équilibrée.
En juin dernier, un inspecteur de l’académie de Lyon est venu dans leur maison, dans un lotissement de Francheville (Rhône), pour vérifier l’instruction de Léo. Les parents ont fait appel à un huissier pour être sûrs que « tout se passe bien, et selon le mode d’instruction informelle » qu’ils ont choisi. Les propos que le conseiller pédagogique leur tient sont élogieux : les sources d’apprentissage sont multiples, « Léo est instruit ».
Et les parents ont, de leur côté, dérogé quelque peu à leurs règles pédagogiques en tenant un cahier dans lequel ils retranscrivent et classent les connaissances du garçon, selon les matières habituellement enseignées à l’école.
« On n’est pas anti-école »
Aujourd’hui, les Deveaux veulent sortir de « l’engrenage ». Cette enquête a chamboulé leur vie :
« Le père biologique de Léo, qui avait totalement disparu de sa vie depuis six ans, est réapparu. Sans doute après un reportage à la télé sur nous. Il a réclamé un droit de visite, et tout ça se rajoute encore à une situation compliquée », confie Sylvain Deveaux.
En essayant de ne pas prendre le ton de la justification, il assure que ses enfants ont des copains, qu’ils sortent, qu’ils pratiquent du sport en club. Léo sait que, pour devenir médecin, il faut avoir le bac et aller à la fac.
Cécile et Sylvain répètent qu’ils ne sont pas militants :
« On n’est pas anti-école. Si on nous laisse faire ce type d’instruction, on ne la met pas en danger. L’institution ne va pas s’écrouler. On veut juste la meilleure instruction qui soit pour nos enfants, et nous pensons que c’est celle-là. »
Ce mercredi matin, Léo a d’abord vu la juge des enfants seul, pendant près d’une demi-heure. Puis c’est sa mère et les conseillers pédagogiques qui ont été entendus. Le procureur a requis non pas un placement de Léo, ce que craignait Cécile Deveaux, mais une assistance éducative en milieu ouvert. Un temps déterminé par la juge, où l’enfant se retrouverait dans une unité spécialisée, avec éducateurs et psychologues.
Cédric Plantavin, avocat des Deveaux, qui a déjà représenté une quinzaine de familles dans des situations semblables, espère que la juge ne suivra pas ces réquisitions. A la sortie de l’audience, après avoir demandé un « non-lieu » pour le dossier, il s’est dit « plutôt confiant ». La famille Deveaux connaîtra la décision le 29 novembre prochain.

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