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Charlie chie

par François Cau.
Publié le 20 septembre 2012.
Imprimé le 22 octobre 2021 à 05:51
286 visites. Aucun commentaire pour l'instant.
Tout le monde y va de sa réaction sur la Une de Charlie Hebdo, et ce billet sera de fait noyé dans la masse mais qu’importe. Il n’y sera pas question de liberté d’expression, d’huile sur le feu, de respect de la religion ou d’autres gros mots, mais d’humour.

Le plus emmerdant dans cette désormais affaire d’état, ce sont les dessins de Charlie en eux-mêmes. Au nom de tous les principes de liberté, personne n’a pris de recul pour les juger au-delà de toute polémique, ou pour s’interroger sur leur valeur satirique. Or, et c’est ce qui m’afflige le plus : ils ne sont pas drôles.

Une bête série de provocations à chaud, enfilées les unes aux autres sans autre visée qu’un impact immédiat. L’équivalent vaguement éditorialisé d’un gosse qui s’infiltrerait dans un lieu de culte, ferait des doigts à la cantonade en gueulant « connards, connards » puis s’en irait en pouffant. Ou pour rester dans la sphère médiatique française, l’égal d’un Dieudonné et de son sketch du colon israélien chez Fogiel : de l’attaque frontale, où la paresse d’écriture se compense maladroitement par une violence complaisante.

C’était déjà le cas des premières caricatures danoises : sous des dehors potaches souvent consternants, elles jouaient de plus sur des clichés franchement douteux. C’est encore une fois le cas avec Innocence of Muslims – même Luz le reconnaissait hier au Grand Journal : ce film est « tout pourri » et est l’œuvre d’un « abruti ». OK, c’est bien de le reconnaître, mais ne limitons pas la valeur d’un film à sa seule production : si Innocence of Muslims est aussi naze, c’est surtout par l’étalement quasi puéril de ses intentions, l’enchaînement basique de provocations stériles et jamais drôles, malgré les intentions manifestes de “l’auteur“.

Sur les dévoiements de l’Islam ou même la représentation de Mahomet, revoyez le génial Four Lions de Chris Morris ou les quatre épisodes que la série South Park a consacré au sujet ; relisez Salman Rushdie. Je ne dis pas qu’il n’y qu’une façon de faire, les exemples que je viens de citer démontrent justement le contraire. Le truc, c’est qu’il faut réfléchir un minimum son sujet, le mettre en balance, et ne pas se contenter de le cracher pour l’évacuer.

Non, je ne m’oppose pas à la liberté d’expression. Mais ça m’énerve prodigieusement quand on l’utilise pour défendre de la merde.

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    Article actualisé le 14/09/2013 à 16h06
    L'AUTEUR
    François Cau
    François Cau
    Expendable chez So Film.

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