danser = tourner, sauter, remuer les fesses, faire le grand écart et pourquoi pas la chenille. Alors, Altered natives say yes to another excess – Twerk est sans aucun doute la pièce la plus dansante de cette première semaine de biennale.
Nous entrons dans la salle de l’ENSATT et prenons place : cinq créatures chevelues et colorées tournoient sur elles-mêmes, comme depuis toujours, arpentent le dancefloor sur un set puissant de deux DJ’s londoniens, Elijah et Skilliam.
On nous a délicatement remis des bouchons à l’entrée, au cas où nous ne supporterions pas le volume sonore. Précaution inutile, il faut entendre autant que ressentir par la plante des pieds cette musique de discothèque qu’on appelle le Grime, née à Londres dans les années 2000.
Tantôt parfaitement libres, tantôt coordonnées, cinq derviches en mode club qui, dans leurs tourbillons solitaires, semblent partager un secret. Cinq figures louches, sans masques mais carnavalesques, qui se défient, nous narguent et se jettent sur le plateau comme dans une arène, comme si un seul parmi eux pouvait survivre.
Ils dessinent une rosace du diable, une géométrie des pulsions et du délassement. On pense à Fase d’Anne Teresa de Keersmaeker, le désir remplaçant les mathématiques comme principe de création.
Des personnages dont les tics et les figures de styles dévoilent des caractères, forcément outranciers, à la manière de catcheurs ou de guerriers de Street Fighter. Il y a le voguer glorieux, Alex Mugler, qui passe du tutu à la combi fluokid, une miss vinyle en noir et blanc qui ne cesse de tourner et de nous embobiner (Ana Pi), la geisha aux seins vite libérés (Elisa Yvelin), l’androgyne pervers polymorphe (François Chaignaud) et la poupée allumeuse sur qui tout le monde finit par se jeter (Cécila Bengolea).
Tous dansent jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que le corps soit vidé de ce qu’il peut contenir de parasitaire, qu’il ne reste que des peaux suantes et aimantées. Aimantées par un désir suspendu mais violent, qui éloigne ou rapproche jusqu’à la collision prévisible des chairs. Jusqu’à l’enchevêtrement final, à la manière des inévitables chenilles qui ponctuent les mariages, ambiance délirante et ambigüe de fin de carnaval.

La piste du club n’est pas le lieu d’une répétition mécanique et sordide mais le théâtre de multiples transformations, provocations, hybridations. De cette expérience à laquelle on assiste tout en se sentant un peu exclu, jaloux aussi peut-être, surgit une émotion troublante.
Pourquoi n’éprouvons-nous plus, ou alors de plus en plus difficilement, cette jouissance de transpirer ensemble, ce plaisir de se transformer, le temps d’une nuit, en être bondissant, délivré des pièges et des limites du langage. L’abandon permet ici une nouvelle communauté, joyeuse et libidinale, que l’on voudrait bien rejoindre, si seulement nous avions dans nos clubs lyonnais (français ?) d’aussi bons meneurs de cérémonie aux platines.

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