Blunderbuss, le mot qui sert de titre au premier album solo de Jack White, désigne dans notre langue le tromblon. Au sens armurier du terme bien entendu. Soit cet ancêtre du fusil, au canon évasé, dont la particularité était de tirer un peu n’importe quoi dans à peu près toutes les directions.
Le mythe américain dit de lui qu’il fut l’arme des premiers pèlerins du continent américain : ceux-là mêmes qui s’installèrent à Plymouth Rock, furent sauvés de la famine par des Indiens locaux, les Wampanoag, qu’ils remercièrent en les invitant pour ce qui fut le premier «Thanksgiving». Une fête qui aujourd’hui encore a pour but de «remercier Dieu de la qualité providentielle du Nouveau Monde et la bonne entente avec les populations indigènes (lol)». Tout ça, ironie de l’histoire indienne, pour finir massacrés et tatoués sur des motocyclistes sexagénaires fans de Johnny Hallyday.
Autant que le «blunderbuss» brandi par les pèlerins, dont il connaît sans doute l’histoire par cœur, fut-elle romancée, Jack White est devenu une icône de la culture américaine. Une raison à cela : il n’a cessé d’en cultiver les graines elles-mêmes empreintes d’une veine très American Gothic et rapidement transformées en un indécrottable bric-à-brac visuel et sonore (voir le clip de Sixteen Saltines).
Avec les White Stripes d’abord, groupe de rock à guitare (une seule) et batterie (une seule, tenue par son ex-femme, l’énigmatique Meg), mélange de blues, garage, rockabilly, country punk, qui, lorsqu’il violenta le patrimonial Jolene de Dolly Parton, ode country à la femme bafouée, donna une des clés de l’univers whitien.
White Stripes : Jolene live par tartenpion333
Third Man Records
Car partout où passera ce sosie du William Blake de Jim Jarmusch (Dead Man), on trouvera cette empreinte «country soul» (dans tous les sens des deux termes : musical et littéral – le pays et l’âme, l’âme d’un pays, comme mise en bocal). Que ce soit avec les Raconteurs ou sur ses productions pour Karen Elson (son autre ex-femme) et les antiques mamies (momies ?) Loretta Lynn ou Wanda Jackson (dont il fait notoirement valdinguer la mythique permanente de «Rockabilly Queen») ou la musique d’un prochain western Disney, The Lone Ranger (avec… Johnny Depp).
Autre preuve : amoureux du vinyle, de l’instrument vintage, du bricolage analogique et de l’enregistrement live, Jack White est aujourd’hui à la tête de Third Man Records, un label, musée, salle de concerts, sis à Music City (Nashville). Il y a notamment enregistré un live de Jerry Lee Lewis, l’un des derniers pionniers du rock ‘n’roll, et plus récemment quelques mystérieux morceaux avec Mamie Keith (Richards), autre guitariste de blues nourri aux incunables. Car il y a bien quelque chose de maladivement fétichiste dans la musique de Jack White, une manière d’ingérer une multitude d’influences et de les recracher furieusement un peu dans tous les sens et avec une rare puissance de feu.Tel le mythique tromblon dont l’écho assourdissant reviendrait nous hanter.
Jack White, au Transbordeur, le mardi 4 septembre.
Par Stéphane Duchêne

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