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Phtalates, bisphénol A… Des bestioles nichées partout
La Grande Invasion, le documentaire glaçant de Stéphane Horel, sera diffusé ce week-end à Oullins. Après son enquête sur l’industrie pharmaceutique, Les Médicamenteurs, la réalisatrice s’est penchée sur les substances toxiques omniprésentes dans les objets de notre quotidien, des « perturbateurs endocriniens » qu’on ingère à longueur de journée.
Le bisphénol A, pour prendre le plus célèbre, a récemment été starifié lorsqu’a été appliqué à ce composé chimique le principe de précaution : désormais les biberons en sont débarrassés. Mais il semble qu’il y ait beaucoup de chemin à faire avant de se sentir soulagés. Une multitude d’autres saletés, pardon, de substances et de mixtures chimiques, sont présentes dans chaque objet que l’on touche, qui se désagrègent en poussière et que l’on respire, qui se nichent dans les emballages entourant nos steaks et nos biscuits et que l’on mange. C’est bel et bien la grande invasion, et c’est flippant.
Aussi, quand on lui pose la question « sommes-nous tous intoxiqués ? », Stéphane Horel répond sans détour :
« Bien sûr, c’est un fait. Quand on sait le taux de toxines qu’on a dans le sang, et si on regarde la définition d’intoxiqué dans le Petit Robert, la réponse est oui, nous le sommes. La question est de savoir quelles sont les conséquences ? »
Les chimistes sont inquiets : on peut paniquer
Dans son film, l’effroi grandit à l’écoute de la multitude d’études pointant des liens de cause à effet entre ces produits perturbateurs endocriniens, et différents cancers, des problèmes d’obésité, des tumeurs, mais aussi une hyperactivité, des troubles du comportement chez les enfants… Les femmes enceintes sont particulièrement concernées puisque ce serait au cours du développement foetal que l’on jouerait notre carte santé. Depuis cinquante ans et l’explosion de la fabrication industrielle des objets, on constate une augmentation du cancer des testicules, des anomalies des spécificités masculines, une chute de moitié de la fertilité aux États-Unis notamment, une augmentation des cas de diabète de 5% par an, sans parler des cas d’asthme et des problèmes thyroïdiens.
« Les industriels brouillent la parole des scientifiques en entretenant le doute, je voulais donc leur donner tout l’espace dans mon film, pour qu’ils soient seuls et bien compris », raconte Stéphane Horel.
Elle a ainsi choisi de rencontrer les meilleurs spécialistes mondiaux, la pointure en Bisphénol A, la pointure en phtalates, la pointure en neurotoxicité…
« Non seulement ce sont des autorités en la matière mais en plus ils sont pour la plupart pionniers dans leurs champs de recherche. Ana Soto, par exemple, travaille sur le Bisphénol A : c’est elle qui a découvert complètement par accident que le plastique pouvait avoir une activité biologique », raconte la réalisatrice.
Le principe de précaution est de tradition décrié par un grand nombre de scientifiques, pour qui il constitue un frein à la limite de l’obscurantisme, les empêchant de progresser dans la recherche. Cette fois, ce sont eux qui réclament la mise en place urgente de garde-fou, et qui cherchent désormais des porte-voix, pour alerter les autorités sanitaires et les pouvoirs publics. Pour Stéphane Horel, c’est sans doute parce que ses interlocuteurs sont les meilleurs chercheurs dans leur domaine qu’ils sont les plus inquiets et les plus prompts à parler au plus grand nombre, à alerter les pouvoirs publics.
« Leurs recherches ont changé leur vision de ce qu’est être scientifique, ils ressentent une urgence à communiquer, ils se sentent dans une obligation à être plus en contact avec les autorités sanitaires et les citoyens ».
Un film drôle, et on rit jaune
Un sentiment que partage donc la réalisatrice, spécialiste des questions de santé publique. Pour autant, elle refuse les termes de « travail militant ».
« La Grande Invasion est à une enquête, un bouquin de 300 pages. Je ne fais pas un travail de militant, je fais un travail d’information. C’est un travail engagé, mais j’expose avant tout les conclusions d’une enquête, sur un ton qui peut éventuellement ne pas plaire, mais ça… »
Rythmée par les interviews des sommités scientifiques (qui ont le bon goût de vulgariser et de rendre passionnante la présentation de leurs travaux), par des archives de pubs télé datant des années 1950, et par des animations, La Grande invasion se regarde presque comme un divertissement. Un ton incisif, plein d’humour, une vraie patte qu’a su donner Stéphane Horel à ses documentaires :
« Dire aux gens qu’on va tous mourir sur un ton sentencieux, non… Quand on fait des annonces comme celles-la, la moindre des choses c’est de le faire en rigolant un peu ».
Doit-on dire merci ?
Un documentaire à voir ce samedi 19 novembre dans le cadre du festival A Nous Voir « Science et Cinéma » (jusqu’au 27 novembre, à Oullins). www.anousdevoir.com
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