ÉLECTIONS 2017  Politique 

À qui Gérard Collomb, ministre, va-t-il remettre les clés de Lyon et de la Métropole ?

actualisé le 18/05/2017 à 17h19

La nomination de Gérard Collomb au gouvernement accélère les batailles de succession à Lyon. David Kimelfeld, annoncé comme son dauphin, rentrera-t-il dans les habits de maire pour mieux préparer 2020 ? Gardera-t-il la place chaude pour le chef à la Métropole où droite et « gauche non collombiste », non alignée, sont déjà en embuscade ?

Ainsi, « Don Corleone » s’en est allé au gouvernement. Le parrain lyonnais, c’est Gérard Collomb dans la bouche de Jean-Paul Bret, maire PS de Villeurbanne.

Pour autant, il ne part pas si loin et gardera sûrement un œil et une main pas si invisible sur les affaires locales. En attendant, il faut gérer la succession.

Gérard Collomb a logiquement annoncé dans son premier discours de ministre ce mercredi qu’il quittait ses mandats locaux de sa passation de pouvoirs Place Beauvau. Et le maire de Villeurbanne pourrait être tenté de s’occuper des porte-flingues du vieux chef.

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Le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret en septembre 2013 © Rue89Lyon

À la Métropole, la bagarre pour la succession aussi à gauche

Le maire de Villeurbanne s’est longtemps rêvé à la place de celui qu’il juge comme un chef de clan. Il le répète depuis longtemps : la Métropole ne doit pas être gérée par le maire de la ville centre. Elle ne doit pas écraser le reste du territoire et surtout pas le sien. Jean-Paul Bret est à la tête de la plus importante commune satellite.

Avec le départ de Gérard Collomb et malgré la présence d’héritiers, il pourrait être tenté de fédérer autour de lui pour se glisser dans le fauteuil.  Il veut casser l’hégémonie de Gérard Collomb et éviter qu’il ne l’étende à sa commune. Il a boudé le groupe des élus métropolitains socialistes pro-Collomb pour créer son propre groupe des non-alignés « La Métropole autrement ». Pas de révolution interne mais un rapport de force ainsi instauré.

Un rapport de force qui a aussi obligé Gérard Collomb à employer sa « méthode lyonnaise ». Il a convaincu une quantité de « petits maires », plutôt de droite ou de centre-droit, rassemblés dans le groupe Synergie, de lui offrir une majorité politique et de le suivre dans ses décisions politiques. Il travaille avec des centristes pris au MoDem notamment.

Mais cette majorité et ces alliances, certains pensent qu’elles peuvent désormais tomber en l’absence de Gérard Collomb et… basculer à droite.

La droite en embuscade pour prendre la Métropole

Une réunion d’élus de droite a été très vite programmée ce mercredi, pour tenter de faire émerger un candidat du chapeau. Les maires du groupe Synergie, par ailleurs inquiets de leur poids en 2020, sont ainsi sollicités pour retourner leur veste.

François-Noël Buffet, maire Les Républicains (LR) d’Oullins et Alexandre Vincendet, maire LR de Rillieux-la-Pape, seraient prêts à se lancer. Pascal Blache, maire du 6e arrondissement et conseiller métropolitain, fait même déjà ce mercredi acte de candidature.

Selon lui, les alliances et l’équilibre trouvé par Gérard Collomb au sein de sa majorité ne peuvent plus tenir.

« Un candidat successeur de la mouvance « En marche » a désormais peu de chance d’obtenir une majorité, même relative, au sein de cette assemblée, indique-t-il dans un communiqué. (..) Une solide recomposition de son exécutif supposera un acte d’intelligence collective, en dépassant les clivages politiques classiques. Personnellement je suis prêt à œuvrer dans ce sens ».

Kimelfeld garant de la méthode Collomb en attendant 2020 ?

G. Collomb et D. Kimelfeld pendant les vendanges de la République des Canuts 2015. Sur le FB de D. Kimelfeld.

G. Collomb et D. Kimelfeld pendant les vendanges de la République des Canuts 2015. Sur le FB de D. Kimelfeld.

Les élections métropolitaines de 2020, au suffrage universel pour la première fois, sont indécises pour l’heure. Et la gauche n’est pas assurée de garder la main dessus.

Pour l’heure Gérard Collomb reste encore le maître du temps et de la décision.

« C’est à lui qu’appartient la décision pour la Métropole », indique David Kimelfeld.

David Kimelfeld, assurera avant le résultat de ces grandes manœuvres l’intérim à la présidence de la Métropole de Lyon en sa qualité de premier vice-président selon les dispositions de la loi Maptam. Il assurera la fonction jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection. Le calendrier est resserré puisque le prochain conseil métropolitain est fixé au lundi 22 mai.

En septembre dernier, Gérard Collomb annonçait ses projets son intention de se représenter à la présidence de la Métropole de Lyon en 2020 en cas de victoire. Il devrait donc choisir de revenir sur ses terres pour mener ce (dernier ?) combat politique.

S’il parvient à maintenir sa majorité à la Métropole après son départ, il préfèrera peut-être laisser à sa tête son actuel premier vice-président plutôt que de l’envoyer à la mairie de Lyon en avance. En charge du développement économique, David Kimelfeld occupe un poste clé et devra poursuivre la « méthode Collomb ».

À la mairie de Lyon, Georges Képénékian ?

Lors de la passation de pouvoirs Place Beauvau, Gérard Collomb a annoncé logiquement qu’il quittait ses mandats à la tête de la mairie de Lyon et de la Métropole de Lyon. « Avec un pincement au cœur ».

 

Selon le Code Général des Collectivités Locales, le premier adjoint assure l’intérim en cas de démission du maire. Georges Képénékian, premier adjoint en charge de la culture, devrait donc assurer l’intérim jusqu’à l’élection d’un nouveau maire au sein de la majorité du conseil municipal. Le prochain conseil municipal est fixé au 29 mai.

Georges Képénékian à la conférence de presse de présentation du Festival mondial des roses à Lyon.©LB/Rue89Lyon

Georges Képénékian à la conférence de presse de présentation du Festival mondial des roses à Lyon.©LB/Rue89Lyon

Disputera-t-il le fauteuil de maire jusqu’en 2020 à David Kimelfled ? L’actuel maire du 4e arrondissement et premier vice-président de la Métropole a été officiellement adoubé par Gérard Collomb en septembre 2016 pour lui succéder à la mairie à la fin de son mandat. La bataille pour la conservation et la succession à la Métropole de Lyon déterminera aussi l’identité du futur maire de Lyon.

Interrogé sur le sujet, David Kimelfekd ne veut rien dire :

« On va faire comme on a toujours fait à Lyon : se mettre autour de la table et discuter ».

On a du mal à croire que la table n’a pas déjà été dressée.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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