Société 

1987-2017 : les trente ans du procès de Klaus Barbie, le « boucher de Lyon »

actualisé le 07/05/2017 à 16h35

Le 11 mai 1987 débutait, devant la cour d’assises du Rhône, le procès de Klaus Barbie. Il fut le premier homme condamné en France pour crime contre l’Humanité, le 4 juillet 1987, au terme de neuf semaines d’audiences.

Plusieurs manifestations auront lieu cette année afin d’entretenir la mémoire de ce procès historique (liste non-exhaustive). 

  • 7 mai : Cérémonie commémorative de la rafle des enfants juifs d’Izieu, au Jardin des 44 enfants juifs d’Izieu. 14h.
  • 11 mai : Table ronde à l’Hôtel de Ville de Lyon pour lycéens et collégiens. « 11 mai 1987-11 mai 2017, des acteurs du procès Barbie témoignent ».
  • 14 mai : Journée de rencontre avec différents intervenants, tels que Beate Klarsfeld, Annette Wievorka, Alain Jakubowicz… au Mémorial des enfants juifs exterminés, Izieu.
    La Maison d’Izieu est un lieu de mémoire dans la Shoah. 44 enfants et 7 adultes juifs y ont été raflés sur ordre de Klaus Barbie le 6 avril 1944. Ils seront déportés à Auschwitz.
Les enfants d'Izieu © Maison d'Izieu - Coll. Marie-Louise Bouvier

Les enfants d’Izieu © Maison d’Izieu – Coll. Marie-Louise Bouvier

  • 18 mai : Conférence « Le procès Barbie : 1987-2017 », par Pierre Truche (procureur général au procès), et Jacques Védrinne (psychiatre ayant participé à l’examen psychiatrique de Klaus Barbie), au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation.
  • 3 juillet : Souvenir du jour du verdict au Palais de justice historique de Lyon. Diffusion de témoignages dans l’atrium. Evocation mémorielle des victimes. Projection des chefs d’accusation de Barbie sur la façade.
  • 14 septembre au printemps 2018 : Expositions au Mémorial national de la prison de Montluc, et aux Archives Départementales et Métropolitaines.
  • 17 septembre : Conférence-débat organisée par le CRIF Auvergne-Rhône-Alpes : « Les trente ans du procès Barbie, un grand procès, et après? »
  • 21 novembre : Conférence de Luc Ferry sur les leçons du procès Barbie, salons de l’Hôtel de Ville de Lyon.

Le procès Barbie en chiffres

11 mai – 4 juillet 1987

190 heures de débat, 37 audiences durant 9 semaines

600 journalistes présents

9 citoyens et 3 magistrats jugent Barbie

159 victimes, représentées par 39 avocats, sont parties civiles

Klaus Barbie, un « enfant du fanatisme »

La publication « Klaus Barbie, un enfant du fanatisme », brochure rédigée par Jean-Olivier Viout, procureur général honoraire de Lyon, mise à disposition des établissements scolaires et lieux de mémoire, est source de nombreuses informations concernant Barbie. Nous nous en sommes inspirés pour rédiger ce paragraphe.

Nikolaus Barbie naît en 1913 dans une petite ville de la vallée du Rhin. Il s’engage, adolescent, dans la « Jeunesse allemande », puis aux « Jeunesses hitlériennes » une fois Hitler au pouvoir. En 1934, il entre dans le Service du Travail du Reich où il est initié à l’idéologie nazie. L’année suivante, il rejoint la SS qui le fascine.

Il est nommé sous-lieutenant SS en 1940, affecté aux Pays-Bas, où il est en charge de l’arrestation des émigrés allemands, juifs, et francs-maçons.

Promu lieutenant, en 1942, il est envoyé en France, à Gex puis Dijon, et enfin Lyon. Barbie dirige alors la Gestapo qui agit du Jura aux Alpes. En 1943, il implante ses services avenue Berthelot, à l’Ecole du service de Santé Militaire. Les caves tiennent lieu de cellules, la torture a lieu dans les étages.

Barbie devient le « Boucher de Lyon ». La prison de Montluc est réquisitionnée pour enfermer les résistants, juifs, raflés. Des centaines d’exécutions ont lieu dans la région.

Lorsque Lyon est libérée le 3 septembre 1944, Barbie demeure introuvable. Il collabore, un temps, avec le service de renseignement de l’US Army. Il fuit en Bolivie en 1951 et se dissimule sous l’identité de Klaus Altman.

Klaus Barbie

Traque puis condamnations avant le procès de 1987

Dès 1946, un mandat d’arrêt est prononcé à l’encontre de Klaus Barbie par un magistrat militaire. On cherche notamment à le punir pour les « Pâques sanglantes de Saint-Claude », dans le département du Jura, en 1944. Le jugement du 29 avril 1952 le condamne à la peine de mort par contumace. En 1954, il est jugé, toujours par contumace, pour ses crimes lyonnais. Le Tribunal Permanent des Forces Armées de Lyon le condamne, une fois encore, à la peine de mort.

En 1971, alors que les autorités allemandes renoncent à poursuivre Barbie, la militante Beate Klarsfeld et son mari Serge, avocat décident d’agir. Ils tentent un enlèvement de Barbie, qui échoue. En 1983, Klaus Barbie est enfin expulsé de Bolivie, et écroué à la prison de Montluc à Lyon, dans laquelle il avait sévi.

« Je vais dire surtout à la défense de Barbie, que Barbie a toujours dit qu’il s’occupait uniquement des résistants et des maquisards, cela veut dire les ennemis de l’armée allemande. Je demande ceci : les enfants, les 44 enfants, c’était quoi? C’étaient des résistants? C’étaient des maquisards? Qu’est-ce qu’ils étaient? C’étaient des innocents! » Sabine Zlatin, audition du 27 mai 1987

La prescription pénale, de vingt ans, empêche la justice de faire purger à Barbie sa peine concernant ses nombreuses exactions. Trois crimes de l’humanité commis par Barbie, pour lesquels il n’avait pas été condamnés, sont alors identifiés :

Le procès : un évènement historique

Son procès se tient dans l’atrium du Palais de Justice (les 24 colonnes) dans le Vieux Lyon, spécialement aménagé pour l’occasion. De nombreux témoignages, précieux et bouleversants, viennent étayer le dossier Barbie.

Dès le troisième jour du procès, Barbie refuse d’assister aux audiences au motif qu’il aurait été enlevé illégalement de son pays de résidence, la Bolivie.

Le 4 juillet 1987, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

 

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