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Qui est Sébastien Martinez, coqueluche des médias et expert de la mémorisation ?

actualisé le 15/10/2016 à 00h06

 

De passage dans une librairie lyonnaise, le « Champion de France de mémoire » a partagé gratuitement ses conseils d’apprentissage. Une conférence entre le cours innovant avec véritables conseils éducatifs et l’opération de com’ très business.

Libération, Le Figaro, L’Obs, L’Express, Les Inrocks, 20 Minutes, Le Huffington Post, France Inter, Radio Nova, Canal +France 2, Le Progrès… et Rue89Lyon dans la foulée.

Le « champion de France de mémoire » a beau avoir fait le tour des médias, tout le monde n’est pas nécessairement familier de son visage d’adulescent. Une trentaine de personnes ont tout de même bravé le froid ce mercredi soir pour assister à la conférence de Sébastien Martinez, dans la librairie Decître de Lyon Part-Dieu.

Un employé de la boutique nous lâche :

« C’est rare de voir autant de monde pour quelqu’un d’aussi peu connu. Les seuls auteurs qui ramènent beaucoup de gens, ce sont des personnes comme Amélie Nothomb ou Stéphane Bern. »

Mais qui est ce jeune homme de 29 ans à l’air très décontracté qui fait le tour de l’hexagone muni d’un livre à dédicacer sous le bras, rameutant une petite troupe de fans à chaque étape ?

Sébastien Martinez a fait la promotion de son livre et des méthodes dans de nombreux médias. Ici, des captures d'écran de Libération, du Figaro, de L'Obs, des Inrockuptibles, de l'Express et du Progrès. Montage réalisé sur www.photovisi.com.

Sébastien Martinez a fait la promotion de son livre et de ses méthodes dans de nombreux médias. Ici, des captures d’écran de Libération, du Figaro, de L’Obs, des Inrockuptibles, de l’Express et du Progrès. Montage réalisé sur www.photovisi.com.

Partout où il passe, le coach en mémorisation prodigue conseils, stages, formations – contre rémunération – pour « booster sa mémoire ». Mais, le mercredi 13 octobre, c’était une conférence gratuite qu’il animait au coeur du centre commercial lyonnais de La Part Dieu.

Dans le public, des lycéens, des étudiants, de futurs orthophonistes, des parents d’élèves. Et des retraités. Beaucoup d’entre eux sont venus en avance. Des chaises sont même ajoutées au dernier moment, pour les retardataires. Le quart d’heure lyonnais passé, la conférence peut enfin commencer.

« Aider mes enfants à passer leurs examens »

Le grand brun, à l’accent du sud très marqué, est à l’aise face à son public. À force de fréquenter les amphis universitaires et les salles d’entreprise, il a juste besoin de son diapo, pas même d’un micro. C’est parti pour plus d’une heure de show bien mené.

Vulgarisation scientifique, participation du public, apprentissage humoristique… L’auditoire est conquis. Mais après 75 minutes d’exercices de mémoire, à base de tips and tricks mémo-techniques, les spectateurs sont-ils désormais persuadés « qu’ils sont tous des génies » ? Comme le champion le leur a assuré en début de soirée ?

Des étudiants, comme Camille, Marie et Éléonore, toutes les trois âgées de 16 ans et élèves en classe de Première, se disent contentes, elles ont eu l’impression qu’on leur « apprenait à apprendre ».

Patrick, la cinquantaine, est sur la même longueur d’onde et salue ce qui ressort principalement d’une rencontre comme celle-là, le sentiment qu’apprendre bien n’est pas réservé qu’aux grosses têtes.

« Il casse beaucoup d’a priori sur l’apprentissage, sur ce qu’on nous enseigne à l’école depuis tout petit. Si je suis venu, c’est en partie pour aider mes enfants à passer leurs examens. »

S’inspirer de Harry Potter et des jeux vidéos pour apprendre

Le coach en mémorisation est convaincu que l’apprentissage doit être enseigné différemment. Fervent opposant de la technique du « matraquage », qui consiste à lire et relire son cours jusqu’à l’épuisement, il imagine une alternative :

« Quand on lit un cours de A à Z, on s’endort. Par contre, dans Harry Potter, l’auteur utilise des techniques d’écriture pour qu’on ait envie de continuer à lire. Pourquoi on ne ferait pas ça pour apprendre ? »

Le jeune homme est d’ailleurs persuadé que les exercices de mémoire peuvent devenir des jeux. Dans le futur, il espère que les élèves apprendront grâce à des jeux vidéos addictifs « qui amuseront, en plus d’apporter des connaissances ».

Sébastien Martinez a tendance à ne pas rejeter les ordinateurs, les consoles, les smartphones qui deviennent des mémoires portatives. Pour cet ingénieur, ce sont « des outils géniaux permettant de mieux accéder au savoir ». C’est sur un autre plan qu’il devient plus critiques vis-à-vis des objets connectés, craignant « la forme de dépendance » qu’ils peuvent susciter.

Il nous met à l’aise tout de suite, les moyens de mémorisation ne sont pas nouveaux et on pourrait même les « retrouver » :

« Quand on note le numéro de téléphone de quelqu’un, dix minutes plus tard, on l’a déjà oublié. En revanche, mon père, lui,, connaissait autrefois une cinquantaine de numéro par coeur. Inconsciemment, il appliquait les techniques que j’enseigne aujourd’hui ».

La couverture du livre de Sébastien Martinez "Une mémoire infaillible".

La couverture du livre de Sébastien Martinez « Une mémoire infaillible ».

Question à Sébastien : qui suis-je ?

Originaire de Seynes-sur-Mer, dans le Var, Sébastien se décrit comme un élève « gentil, qui faisait ce qu’on lui demandait ». Jusqu’à ses 22 ans, âge où il découvre ces fameuses techniques d’apprentissage. Alors à l’École des mines d’Alès, il passe une année à l’étranger, en Inde.

Pour mieux parler anglais et comprendre plus facilement ses cours, il cherche de l’aide sur Google. Et commencer à s’intéresse à des « penseurs » de l’apprentissage, comme Tony Buzan. On est alors en 2009.

Sept ans plus tard, Sébastien Martinez s’est transformé en « Superman de la Mémoire », vendant ses conseils et ses livres aux quatre coins du pays -16 euros l’ouvrage, 400 euros le stage.

Plutôt que de se comparer à un super-héros, le champion de France de la mémoire (et 400ème au niveau mondial) préfère se considérer comme un sportif.

Avec un entraînement régulier : une heure d’exercice de mémoire intensif, six fois par semaine, grâce à des logiciels payants auquel il s’abonne. Malgré son statut de champion, le jeune homme ne bombe pas le torse.

« Lorsque les gens apprennent que je suis champion de France de mémoire, je les décomplexe de suite. Moi aussi, j’oublie plein de trucs ! »

À commencer par le nom de l’auteur de cet article, comme il le confessera en fin d’interview. Pas de quoi s’offusquer, bien sûr.

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