Le blog du taulard inconnu
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C'est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve n'est pas révélé pour l'instant. C'est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l'autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l'heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.
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Blog du taulard #54 : « L’abolition des prisons ? Ce n’est pas laxiste »

Le dérèglement climatique nous apprend quelque chose d’essentiel : les concepts de frontière ou de territoire n’ont aucun sens et, que nous le voulions ou non, nous ne pouvons pas nous passer les uns des autres, ni jouer sur le principe d’exclusion, du rejet de l’autre ou du chacun pour soi.

Un Prisonnier romain (peinture 18e).

Un Prisonnier romain (peinture 18e siècle).

En effet, la pollution faite par tel pays impacte inévitablement tous les autres. La nature nous montre que tout est lié et l’idée de vouloir tirer son épingle du jeu est caduque. L’interdépendance et la solidarité sont indispensables pour conserver notre planète. Il n’y a pas d’échappatoire !

 Making of

Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en faisant publier ses écrits, alors il est anonyme. Il est sorti de prison au cours de l’écriture de ce blog. Mais nous ne révélerons son identité et le nom de la prison dans laquelle il a été détenu qu’après le délai de prescription du délit pour lequel il pourrait être poursuivi, c’est à dire avoir fait sortir des informations de sa cellule sans autorisation de l’administration pénitentiaire, transgressant les règles régissant la communication du détenu avec l’extérieur.

Rue89Lyon

On a beau nous étaler des chiffres d’experts comme quoi tel ou tel pollue plus, les retourner pour nous dire que ce n’est pas pareil selon qu’on calcule en global ou au poids de CO2 par habitant, donc tenter de désigner un bouc émissaire selon ces résultats arithmétiques, cela ne change rien et surtout ne sert à rien. C’est d’une stupidité sans nom !

On redécouvre, sans s’y attarder, hélas, l’effet papillon de Konrad Lorenz qui nous disait, il y a longtemps déjà, qu’un vol de papillon en Asie pouvait donner un Ouragan en Californie, car tout le monde a oublié, comme d’habitude, que le nuage radioactif de Tchernobyl ne s’était pas arrêté à la frontière française.

Quant à la COP 21, nous n’ignorons pas que c’est l’enfer qui est pavé de bonnes intentions et non le monde des Bisounours. On le sait, les bonnes intentions ne cherchent qu’a dissimuler piteusement les égoïsmes les plus sordides et la haine la plus primaire.

« Dans le domaine humain, cette loi naturelle du tout s’applique de la même façon »

Pourquoi te dis-je cela lecteur ?

Non pas pour te parler des chiffres, qui sont, la plupart du temps, des attrape nigauds propagandistes, manipulés selon les intentions, ça on le sait aussi et j’y reviendrais prochainement.

Mais pour mettre en exergue ce qui me paraît fondamental : l’enseignement concret, visible tous les jours dans cet hiver défunt, sur la non séparation des différentes composantes du tout, en l’occurrence, sur le constat que la planète n’est pas divisible, au même titre que l’univers.

Comme l’ont affirmé des savants plus que respectables, comme Hubert Reeves et tant d’autres, le tout est supérieur à la somme des parties et ne s’occuper que des parties appauvrit considérablement le tout, le dévitalise complètement jusqu’à sa perte.

Et ce qui est valable pour les phénomènes physiques, astrophysiques, climatologiques, l’est aussi pour les phénomènes humains, sociétaux et collectifs. Ces interactions ne sont en aucun cas réservées à la cosmologie et à l’équilibre des systèmes stellaires et planétaires. Des hommes remarquables comme Jean Marie Pelt, éminent botaniste mort tout dernièrement, l’ont démontré dans le domaine du végétal, d’autres ont eu les mêmes conclusions dans le domaine minéral et animal.

Je rappellerais encore une fois le travail remarquable de René Girard en anthropologie et cet extraordinaire Albert Jacquard qui ont aussi démontré, avec la même pertinence, que dans le domaine humain cette loi naturelle du tout s’applique de la même façon. Dans la sphère politique, seule l’anarchie, la véritable, celle de Louise Michel et de la Commune, a tenté de défendre ces options d’interactions permanentes et réciproques entre tous.

« Abolir les prisons est un acte nécessaire pour l’équilibre du tout »

Pour comprendre l’interdépendance déclinée a tous les niveaux, il suffit d’observer sérieusement le vivant. Nous pourrons alors nous faire une idée de la dangerosité de la séparation, de la catégorisation, du classement, des cases hermétiques, de l’exclusion et de l’enfermement qui sont et resteront, qu’on le veuille ou non, participants d’un arbitraire suicidaire.

Dire que le règne de l’immédiateté et du très court terme a gagné, qu’on ne veut aujourd’hui ne pas voir plus loin que le bout de son nez, ne reste, quand cela se cantonne aux discours incantatoires à la Mélenchon, qu’un crachat dans un violon pour lui faire jouer les 4 saisons de Vivaldi.

Tu as compris où je veux en venir, lecteur. La prison est un des symptômes les plus inhumains de ce dysfonctionnement général et mortifère. Abolir les prisons n’est pas un plaidoyer pour le laxisme mais bien un acte nécessaire pour l’équilibre du tout. Que connaît-on d’une organisation sociale sans prison puisqu’elle n’a jamais existé dans l’ère dite moderne ? Comment peut-on affirmer fantasmatiquement que ce serait une jungle sans nom puisque nous n’en avons aucune expérience concrète ?

Cependant, nous devrions en avoir une idée, malgré tout, si nous regardons les résultats dévastateurs des politiques menées aujourd’hui qui surajoutent ce qui ne marche pas à ce qui ne marchait déjà pas, en générant encore plus de sécurité à tout ce qui surveille, fiche, repère, stigmatise, en condamnant avec des peines sans précédents … et où les libertés se réduisent comme une peau de chagrin. Jamais le triptyque « liberté, égalité, fraternité » n’a été aussi inexistant et la République autant prostituée.

« La haine la plus violente est, sans conteste, du côté des défenseurs de l’ordre »

Si on y regarde de près, en dehors des stéréotypes habituels et récurrents, on voit bien que la haine la plus violente est, sans conteste, du côté des défenseurs de l’ordre, de la sécurité, de la punition et de la vengeance. Sans faire référence à cet état d’urgence qui, sous ses bonnes intentions de façade, nous trace le chemin du totalitarisme, il suffit de lire quelques commentaires sur ce site.

On les voit très clairement ces haineux qui ne cherchent qu’à détruire et éructent bêtement leur pure méchanceté imbécile et primaire. On les sent jouir (c’est leur seule occasion d’ailleurs) du mal qu’ils profèrent au nom de la morale ridicule. Ils invectivent et cherchent à nuire à la manière des Boutin et des Ménard, drapés dans leur suffisance capricieuse où ils se gaussent, en se targuant d’une logique niveau d’école maternelle. Ils n’y connaissent rien, mais affirment tout savoir en proférant leurs flatulences nauséeuses et en désignant leur propre débilité qu’ils attribuent aux autres. C’est Audiard qui disait qu’ils osaient tout et que c’était même à cela qu’on les reconnaissait.

« Regarder ce qu’engendre punition et enfermement »

Voilà lecteur, tu as le choix : continuer à rester tête baissée en suivant ce chemin qui mène au pire dans le politiquement correct de la violence ordinaire et le moutonnage ou commencer à analyser les faits, tant sur le plan individuel que sur le plan globalement humain, pour en tirer les liens et les conséquences et voir ainsi les véritables enjeux.

Regarde ce qu’engendre punition et enfermement et demande toi si cela est bénéfique à l’ensemble. C’est comme pour le dérèglement climatique, il faut commencer par trier ses déchets chez soi et non chez les autres. Mais, si cela est indispensable, c’est largement insuffisant. Il faut aussi changer les modes d’éducation, de consommation, la qualité de ce qu’on produit, de ce qu’on mange et sortir de cette croissance paranoïaque qui nous mène à la mort dans une course concurrentielle sans fin.

J’ajoute ce bref poème qui me fait toujours frisonner à chaque fois que je le lis, car il dit tout en quelques lignes. Il est de Martin Niemöller, pasteur protestant. Il l’a écrit pendant sa détention à Dachau.

« Quand ils sont venus chercher les socialistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas socialiste.
Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas juifs.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholiques.
Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

Tu peux y rajouter sans rien dénaturer : quand ils sont venus chercher ceux qu’on appelle délinquants.

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L'AUTEUR
Le taulard inconnu
Le taulard inconnu
J'ai parlé de mon quotidien en prison et maintenant de ma vie dehors. Je ne me plains pas, ni ne cherche à me faire plaindre. Je n'ai nul besoin, ni moi ni les autres prisonniers, de compassion, ou encore pire, de pitié. Je témoigne, simplement.
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