Appartement 16

« Sexisme et précarité » au musée des Confluences, un article qui refroidit la direction

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« Une injustice ». C’est ainsi que l’équipe de direction du flambant neuf Musée des Confluences, à Lyon, qualifie l’article publié par Streetpress cette semaine. Le journaliste consacre au lieu qui cumule les succès (de fréquentation notamment) depuis son ouverture il y a un an, un long article constitué de témoignages. Toutes les voix sont celles de personnes qui sont passées par le lieu.

Ils sont cinq, qui dénoncent des conditions de travail relativement mauvaises, une organisation médiocre et une ambiance quasi délétère.

streetpress-museeconfluences

Si la direction ne remet pas en cause la réalité des entretiens du journaliste avec des ex-employés du musée, elle note tout de même que le rédacteur a lui-même été employé par l’un des prestataires du musée, mis en cause dans le papier. De là à dire qu’il y a règlement de compte, il n’y a qu’un pas. Que Béatrice Schawann ne franchit pas.

L’administratrice générale du musée a répondu à Rue89Lyon sur les points soulevés par l’article de Streetpress, évoquant sa propre situation mais aussi la réalité de nombreuses structures culturelles plus ou moins comparables en France.

Sur l’accusation de vengeance ou d’aigreur à peine voilée du Musée des Confluences au sujet de l’auteur de l’article publié sur StreetPress, Sylvain Ortega, ce dernier répond :

« J’ai eu de nombreux employeurs dans ma vie, je suis passé chez l’un de ceux qui travaille avec le musée, mais cet article n’a évidemment rien à voir avec le moment où j’étais salarié de ce prestataire. »

Dans son article, on lit notamment que les agents d’accueil, de la billetterie et les médiateurs sont tous employés de différents prestataires auxquels le Musée des Confluences fait appel pour ses besoins en ressources humaines.

A la veille de l’ouverture, nous avions rencontré Hélène Lafont-Couturier, qui nous avait déjà annoncé ce choix : pas d’embauche directe pour ce type de postes, « trop coûteux » pour une structure qui avait déjà vu son existence fortement remise en cause du fait de l’argent public qu’elle a demandé (lire notre article « Pourquoi un si cher musée des Confluences »).

Béatrice Schawann ajoute :

« Cette situation est inhérente aux missions que l’on traite. La masse de ces missions est trop importante pour nos capacités d’absorption, on ne pourrait pas garantir à quelqu’un d’entrer au musée sur ce type de poste et le faire évoluer ensuite. Ce sont des métiers sur lesquels on reste difficilement 10 ans. »

Quel que soit le temps qu’ils y ont passé, les ex-employés témoignent d’horaires décalés, d’appels téléphoniques aléatoires pour embaucher au musée de façon urgente, sur des créneaux inconfortables.

Un musée de l’Homme, donc

Pour Béatrice Schawann, c’est « l’un des points gênants » de l’article :

« Nous avons mis des clauses très strictes dans nos contrats avec les prestataires. On a demandé que les gens ne soient pas sur des horaires morcelés et trop précaires. »

Une mise au point a pu avoir lieu, depuis l’article de Streetpress, mais l’administratrice générale reste discrète là-dessus et généralise son propos :

« La question, pour nous, est de savoir quelle est notre capacité à nous adapter et à réagir positivement. »

Pour elle, le chemin parcouru depuis l’ouverture il y a un an a été riche et long, « beaucoup de choses ont été améliorées » depuis et chaque jour est l’occasion d’en découvrir de nouvelles. Elle ne cherche pas à identifier les employés témoins de l’article, mais tient à dire que le musée embauche 30 médiateurs en permanence, une quarantaine d’agents de billetterie, et que « la majorité des équipes sont celles du départ ».

Sur un autre aspect de l’article de Streetpress, Béatrice Schawann tombe de sa chaise. Des propos sexistes auraient été tenus par un responsable des médiateurs, carrément sexistes. Représentante de la direction, elle réfute en bloc :

« Personne n’est venu nous parler de cela. Si nous avions eu écho de tels propos, nous aurions condamné immédiatement. »

Selon elle, les équipes sont au moins aussi « blessées par la teneur de l’article » que la direction du musée. L’administratrice générale en convient volontiers : difficile d’entendre le récit d’une telle souffrance de la part de personnes employées dans un musée qui tente de tenir un propos bienveillant sur l’histoire de l’Homme et de son évolution.

Le fils de la directrice embauché au Musée

Momie mise dans sa mousseline opaque au musée des Confluences. crédit : Guillaume Bernard/rue89Lyon

Une momie que le public ne peut voir qu’à travers une mousseline sombre, au Musée des Confluences. Crédit : GB/Rue89Lyon.

Comme une « cerise sur le gâteau », Streetpress rappelle que c’est le fils de la directrice, Quentin Lafont, qui a été désigné pour être le photographe du musée, ce que la presse locale avait déjà signalé.

Rien d’irrégulier dans son embauche, rappelle Béatrice Schawann :

« Il a suivi le processus d’embauche normal. Il était le seul candidat, il a été pris, son CV et ses compétences correspondaient au poste, qui n’a rien de stratégique au sein du musée. On ne pensait pas que cela ferait autant de bruit. »

Les soupçons de népotisme, l’image relativement mauvaise que ce type d’entre-soi peut renvoyer, Béatrice Schawann semble en avoir conscience, après coup.

Mais comme les autres employés du Musée, le fils de la directrice bénéficie d’un contrat de travail qui ne peut pas être interrompu au motif irrecevable juridiquement que « ça la fout mal ».

> Article mise à jour avec le propos de l’auteur de l’article paru sur Streetpress.


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13 Commentaires postés

  1. Pour le cas particulier du photographe, on avouera tout de même que si aucune « irrégularité » n’est identifiée par Béatrice Schawann, on a tout de même de quoi s’étonner.
    Quand on connait un peu le nombre de photographes qu’un tel poste/marché peut intéresser à Lyon, l’absence d’autre candidat est plus qu’étonnante ! La seule solution plausible est l’absence de connaissance de ce poste par tout autre photographe que celui retenu.

    Si népotisme il y a, il est caché derrière une absence de publicité sur le poste empêchant la moindre concurrence au fils de la conservatrice.

    S’il s’agit d’un marché public, le seuil de publicité est, il me semble, fixé à 25 K€ et l’absence d’autre candidat peut remettre en cause la procédure entière. S’il s’agit d’un emploi direct pour le musée, je ne sais pas comment ça se passe, mais on peut s’étonner que les responsables n’aient pas envisagé que cela puisse poser problème.

  2. Je suis le rédacteur de l’article de Street Press.
    – Je confirme que la direction n’était pas au courant pour les propos sexistes.
    – La source de l’information sur « le fils de la patronne » : Malaise social et polémique au musée des Confluences, Lyon Capitale, n°748, octobre 2015
    – Les médiateurs avaient le sentiment de ne pas être écoutés au musée. C’est pour cela que le personnel a souhaité s’exprimer via la presse. Ils avaient prévu sinon de rédiger une tribune chez Rue89Lyon (et le feront peut-être prochainement…)

  3. Pour revenir sur « la majorité des équipes sont celles du départ »: sur les 15 médiateurs embauchés par la boite prestataire en décembre 2014, seuls 2 pesonnes sont restées aux musées! Je pense que ces chiffres parlent d’eux-mêmes!

    • C’est complètement faux ! Ce chiffre de 2 personnes est faux !! Nous sommes encore nombreux à travailler au musée et ce depuis l’ouverture ! Mais surtout nous sommes très très nombreux à ne pas nous reconnaitre dans l’article de streetpress. Non seulement l’article est mal écrit et pas digne d’un travail de journaliste (ça sent le règlement de compte, limite personnel !) mais en plus il y a que des ragots de couloirs qui se trouvent au final faux.
      On travaille dans des conditions qui sont ni pires, ni meilleures qu’ailleurs, pour avoir fait beaucoup de boites je peux vous le dire.
      Le succès ça fait parler (et écrire) les mauvaises langues !!!

      • 15 personnes embauchées par Nunatak le 1er décembre 2014 comme première équipe de médiateurs. Deux actuellement toujours présentes dont un ami du patron. Un employé seulement a attendu d’avoir un poste (en dessous de ses qualifications) pour pouvoir partir. Ces chiffres vous parlent? Soit vous mentez soit vous ne savez rien. Dans les deux cas votre commentaire est malhonnête.

  4. Que les équipes du musée soient choquées par cet article est compréhensible : il est difficile de reconnaître que des personnes qui travaillent juste à côté de soi vont mal. Et qu’on a pas su le voir. Ça n’est pas une raison pour nier des conditions de travail inacceptables.

    Il est dommage que le musée n’est aucun contrôle sur l’externalisation. Un véritable suivi aurait sans doute permis à des salariés mis à l’écart, acculés, de pouvoir s’exprimer. Le recourt à la presse semble ici une solution de dernier recourt face à des portes qui se sont fermées, à des départs aux raisons dissimulées.

    Si la quasi totalité des équipes de médiation / guides conférenciers et accueil embauchés à l’ouverture ont effectivement quittées le Musée des Confluences c’est avant tout pour fuir un climat de travail sans dimension humaine instauré par des prestataires comme Nunatak (médiation globale), et non le musée en lui-même.

  5. Cet article, c’est une commande du musée ? Ou alors c’est une commande de la Métropole ? Il va vous rapporter des espaces publicitaires ? D’autres avantages ? Pourquoi il n’y a que la parole de la direction ? C’est ça le travail d’un site de journalisme indépendant ?

    • Je connais des médiateurs et médiatrices en poste au musée, et je peux dire qu’ils ne se reconnaissent pas du tout dans les allégations publiées sur Streetpress. Sexisme ? Sérieusement, avec des directrices et cheffes d’équipe, vous croyez qu’elles auraient laissé passer ça ?… En plus, une des employées a été embauchée en CDI alors que les employeurs savaient qu’elle était enceinte… Et pour la disponibilité, mes amis m’ont dit qu’il y avait justement un tableau d’indisponibilité à remplir pour permettre une autre activité à côté. Après, c’est sûr que c’est précaire en CDDU, mais le salaire horaire est pas mal du tout en compensation. Il ne faut pas non plus oublier que l’externalisation, c’est une tendance générale – il y a la même chose au quai Branly pour ne citer qu’un autre gros musée !

    • Je ne vois pas où est le problème, on revient sur l’ensemble de ce qui a été écrit dans Streetpress et sur l’un des problèmes les plus importants soulevés dans l’article, le soupçon de népotisme.

    • Que dire alors de l’article initial qui n’avait pas pris la peine d’interroger directement les prestataires mis en cause? Ou alors que le rédacteur commette l’indélicatesse de ne pas préciser son lien avec le musée? Je ne sais même pas si l’on peut parler de travail de « journaliste » …

  6. En tant que visiteur je trouve que ce n’est pas possible de patienter si longtemps à l’extérieur les jours de froid. Je pense aussi à la sécurité courageuse qui reste dehors toute la journée. Personne ne parle d’eux…

  7. Pour avoir travaillé au Musée des Confluences avant son ouverture, je suis bien placé pour parler de l’ambiance pourrie qui y régnait, soigneusement entretenue par Chawann. C’était : marche, ferme ta gueule sur tout ce qui ne va pas, ou crève.
    Si tu n’entrais pas de le cadre, tu étais harcelé, humilié, dévalorisé et ce jusqu’à que tu craque et que soit tu te suicide tout de suite, soit tu tombe en dépression…
    Bref, interdiction de s’opposer à la direction et de dire ce que l’on pense.
    Bien content d’en être parti avant son ouverture !