Le blog du taulard inconnu
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C'est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve n'est pas révélé pour l'instant. C'est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l'autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l'heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.
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Blog du Taulard #51 : « Avec les permissions de sortir, Taubira fait du Sarkozy »

Tu as vu, lecteur, avant personne ne parlait des permissions de sortir. Il a suffi d’un accrochage et hop, c’est parti pour la curée !

Un braquage tourne mal et l’auteur est un taulard qui n’était pas revenu en taule après son autorisation de sortir. Les flics l’ont descendu, mais de sa mort on ne parle pas ou comme d’une info très secondaire. On n’en a que pour le flic blessé.

On peut donc déduire d’ores et déjà que si un braqueur meurt c’est normal, mais s’il y a un flic touché c’est le déchaînement. La vie n’a pas la même valeur pour tout le monde et elle n’est sacrée que de manière discriminatoire. D’ailleurs, on le sait, les flics, eux, peuvent tuer en toute impunité, avec la bénédiction des juges.

Christiane Taubira invité de "On n'est pas couché" le 21 février 2015. Capture d'écran France 2

Christiane Taubira invité de « On n’est pas couché » le 21 février 2015. Capture d’écran France 2

Un fait divers, une loi

 Making of

Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en faisant publier ses écrits, alors il est anonyme. Il est sorti de prison au cours de l’écriture de ce blog. Mais nous ne révélerons son identité et le nom de la prison dans laquelle il a été détenu qu’après le délai de prescription du délit pour lequel il pourrait être poursuivi, c’est à dire avoir fait sortir des informations de sa cellule sans autorisation de l’administration pénitentiaire, transgressant les règles régissant la communication du détenu avec l’extérieur.

Rue89Lyon

Christiane Taubira, entre autres, qui avait fustigé Nicolas Sarkozy et sa bande parce qu’ils faisaient des lois à chaque fait divers, surchargeant le code pénal et patati et patata (arguments clamés, notamment au moment de la conférence de consensus), a vite oublié ses propos (comme tous les autres d’ailleurs).

La voilà bondissant sur l’événement, avec le Valls en bruit de fond, sous la pression d’un syndicat de flics d’extrême droite, clamant, à l’unisson avec les matons, la même ritournelle du laxisme, comme quoi il faut interdire les autorisations de sortir.

Alors on va réduire encore l’octroi des permissions qui sont déjà une peau de chagrin, et certains prisonniers ne pourront faire leurs démarches qu’avec escorte.

Troublant ce mot d’escorte d’ailleurs, non ? Je serais maton (mais non, ça n’arrivera pas, ne t’inquiète pas) j’aurais vite fait alerté mon syndicat pour insulte. En effet, si tu ne le sais pas, en sémantique politiquement correcte, on ne dit plus « pute » mais « escort ». Le « e » manquant à la fin serait-il celui de l’hésitation ? (heu?)
Trêve de plaisanterie !

Permissions de sortir ? De quoi parle-t-on au juste ?

Ressortons les chiffres : en 2014 il y a eu 48 481 permissions, soit même pas cinq par taule par semaine, (presque exclusivement des prisonniers proches de la sortie, qui, parfois, en ont 2 ou 3 dans l’année). Au passage, notons qu’il y en a 22% de moins qu’en 2010.

Dans ces chiffres, tout est confondu, de la vraie permission à la sortie de trois heures pour faire un papier ou rencontrer un employeur ou un responsable de foyer. Sur ce nombre, 228 ne sont pas rentrés à l’heure prévue, soit moins de 0,5 %.

Et encore, dans ces non retours, que l’on appelle évasion, il y en a pas mal qui rentrent après. Ils ont pris deux ou trois jours de plus, parfois une semaine, trouvant les 24 ou 48h trop courtes. Mais dans les statistiques, les retards ne font pas l’objet d’un traitement séparé.

Bref, la quasi totalité des taulards reviennent en temps et en heure, affrontant la dureté de franchir, volontairement cette fois, la porte de la taule et je peux t’assurer que c’est un crève cœur. Je le sais, j’ai eu des perms. Mais la pression de se voir sucrer ses remises de peines ou ses aménagements est suffisante à cette obéissance. Et il faut dire aussi, tenir une cavale demande une grosse logistique et surtout beaucoup d’argent.

« Relâcher des gens dangereux »

Peu importe, disent les malades de la sécurité, donner des permissions, c’est relâcher des gens dangereux, il faut donc les supprimer (les permissions à défaut des infracteurs). Ces haineux ont l’habitude de faire d’un événement rare un fait généralisé et pour eux la règle, c’est l’exception.

Quand tu penses, lecteur, qu’en Suède par exemple, la plupart des peines se font en extérieur, dans des appartements de ville où ils vivent à quatre ou six, soutenus par des travailleurs sociaux. Ils vont et viennent presque à leur guise et reçoivent autant de visite qu’ils veulent, ça fait rêver. Cela explique aussi que ce pays ferment ses prisons. Et je ne crois pas que la Suède soit un pays où règne l’anarchie et la violence.

Sur le plan de l’efficacité, à quoi peut bien servir un tel acharnement dénué de sens ? Je parle évidemment de ceux qui savent ce qu’ils font en agitant la haine et non pas des moutons qui recrachent, avec bêtise et névrose, ce qu’ils entendent à la télé, même si ces derniers, hélas, sont la majorité.

Tout simplement à faire en sorte que ce système, malgré sa folie, et en dépit de la réalité, se maintienne et ne soit pas troublé par des rebelles ou des désobéissants chroniques. Je t’explique le fonctionnement par un exemple connu de tous  :

Tout le monde est d’accord pour dire que la chemise arrachée aux hommes de mains du patronat, ce n’est vraiment pas grand-chose, face à la violence des licenciements où se brisent des vies, Xavier Mathieu l’a dit sans équivoque sur le plateau du Grand journal.

Chacun est lucide sur la façon dont les télés ont traité le sujet, manipulation parfaitement analysée par Didier Porte.

Tu as vu le cinoche avec les salariés qu’on vient chercher à heures du mat’ chez eux, comme des dangereux radicalisés pour coller en garde à vue ces voyous après avoir fouillé leur maison et les juger dès le 2 décembre.

Tu te dis, lecteur, c’est n’importe quoi tant c’est disproportionné. Je te fais grâce de la justice à deux vitesses que je dénonce régulièrement, qui fait que des mecs comme Cahuzac ou Balkany sont très poliment convoqués, eux et que leur procès attend des années.

Il s’agit donc de faire peur et dire aux exploités que s’ils se rebellent, voila ce qui les attend, et qu’ils ont intérêt à être bien sages, à crever en silence et à laisser les exploiteurs s’enrichir sur leur dos.

« L’objectif est de casser les rebelles »

Pour la taule c’est pareil. Ceux qui ne veulent pas reconnaître l’autorité des juges et des matons et qui pourraient donner des idées aux autres, il faut les casser et endiguer toute velléité à ouvrir sa gueule. En taule, en plus, appliquer l’exception comme une règle généralisée, c’est aussi diviser. Cela pousse, en effet, ceux qui, lâchement, courbent la tête, dans l’espoir d’avoir quelques miettes de bénéfice, à haïr les insoumis puisqu’ils en paient les pots cassés.

Parce que, lecteur, la seule chose qui effraie vraiment tous les pouvoirs c’est la révolte violente qui répond à leur violence qu’ils veulent être seuls à exercer.

Tout est mis en œuvre pour que la répression soit exemplaire et que la rébellion ne soit pas contaminatrice. Ils te le disent sans arrêt : c’est intolérable. Et dans la foulée, que réclament leurs sbires ? Les matons, davantage de personnel pour mieux torturer et les flics, une répression accrue pour mieux continuer à massacrer en toute tranquillité au grand plaisir des dominants.

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L'AUTEUR
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J'ai parlé de mon quotidien en prison et maintenant de ma vie dehors. Je ne me plains pas, ni ne cherche à me faire plaindre. Je n'ai nul besoin, ni moi ni les autres prisonniers, de compassion, ou encore pire, de pitié. Je témoigne, simplement.
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