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Spectre : 007 vraiment de retour

actualisé le 04/11/2015 à 08h50

Vu de mon fauteuil, le 29 octobre dernier à quelques minutes de l’avant première de Spectre, le dernier James Bond, l’impatience était palpable dans l’assemblée du Grand Rex.

Bond en Autriche, sur les traces de Madeleine (Léa Seydoux).

Bond en Autriche, sur les traces de Madeleine (Léa Seydoux).

La grande inquiétude des fans authentiques reposait sur le retour ou pas du fameux gun barrel, cette courte séquence introductive qui depuis 1962 et le premier épisode, James Bond contre Dr. No, nous montre 007 traverser l’écran de gauche à droite, se retourner soudain et faire feu sur le spectateur avant qu’un voile de sang ne se répande sur l’écran.

Modernisée pour Casino Royale, remisée à la fin de Quantum of Solace et Skyfall, allait-elle retrouver sa place historique ?

007 à la ramasse

Mais en réalité, la vraie grande interrogation, après le succès aussi colossal qu’incompréhensible de Skyfall, consistait surtout à se demander si Spectre allait pouvoir faire mieux en termes de box office et de critiques dithyrambiques.

Pour le box office, on attendra encore un peu même si l’on sait déjà que le film a mieux démarré en Angleterre que son prédécesseur. S’agissant des critiques, l’accueil Outre-Manche a été au-moins aussi enthousiaste qu’en 2012 pour la sortie de Skyfall. Mais avec le recul, on se demande bien, malgré ses indéniables qualités, pourquoi cet épisode a connu une telle gloire, si ce n’est que le film a sûrement bien profité de la célébration des 50 ans de Bond au cinéma et d’une promotion colossale avec adoubement par la Reine Elizabeth herself le temps d’un amusant court-métrage projeté devant des milliards de téléspectateurs en ouverture des JO de Londres 2012.


Soyons franc, s’il demeure un excellent film, Skyfall nous avait proposé un agent 007 légèrement à la ramasse, constamment en retard d’un train et finalement pas très doué puisqu’il parvenait rien moins qu’à faire flinguer sa patronne, M (Judi Dench) en l’attirant avec lui au fin fond de l’Ecosse, pour affronter seuls une armée de tueurs envoyée à leurs trousses.

Le mérite de Skyfall, en revanche, est d’avoir ébauché, juste ébauché, le retour à une formule plus classique, plus fidèle au James Bond historique dont nous avions perdu la trace depuis le reboot de la série en 2006.

Avec le retour de personnages emblématiques (Q, Moneypenny) qui avaient disparu en même temps qu’arrivait Craig, Skyfall entamait la réconciliation des fans avec leur agent préféré, pas tous séduits par le nouvel interprète, ni par l’absence d’humour, de gadgets et d’un vrai méchant.

Les deux premiers films de Craig, Casino Royale et Quantum of Solace, montraient l’apprentissage parfois laborieux d’un agent débutant fraichement promu « 00 » (autorisé à tuer). Aussi éloigné que possible du souriant Moore et même du viril Connery, Daniel Craig incarnait un Bond écorché vif, impulsif et parfois maladroit. Ce n’est que dans les toutes dernières minutes de Skyfall, face au nouveau M (Ralph Fiennes), dans le vieux bureau lambrissé des premiers films et avec le fameux James Bond Theme en fond sonore, qu’il semblait enfin (re)devenir 007.

La boucle étant bouclée, l’apprentissage achevé, Bond enfin reprenait le train de sa légende après cette parenthèse. Les producteurs Barbara Broccoli et Michael G. Wilson l’expliquent d’ailleurs mieux que quiconque :

« Avec Casino Royale, on a souhaité redémarrer la saga à partir d’une page blanche, puis reconstruire peu à peu l’univers de Bond autour de Daniel Craig. Progressivement, nous avons réintroduit les personnages de Q, Moneypenny, les gadgets, les voitures, afin de ramener dans la série tous les éléments que les gens adorent dans les premiers épisodes. »

Les producteurs Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, gardiens du temple Bondien.

Les producteurs Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, gardiens du temple Bondien.

 

007 s’amuse

Du coup, fort de ce retour aux fondamentaux, Spectre démarre un peu comme un James Bond de notre enfance, par le fameux gun barrel suivi d’un pré-générique évoquant les cascades insensées qui faisaient l’ouverture des James Bond dans les années 70 et 80.

D’ailleurs, on ne les compte plus, ces allusions et clins d’oeil à la saga originelle. C’est ce qui fait le charme et l’efficacité de cet épisode, car le Bond de Craig, après trois épisodes d’introspection, se coule enfin dans la matrice classique. Ainsi, on se surprend à rire à plusieurs occasions, ce qui n’était pour ainsi dire jamais arrivé jusqu’ici avec Craig. Sans heureusement jamais renouer avec les gags parfois douteux des années Moore et Brosnan, on retrouve un James Bond plus détendu, libéré du poids dramatique des films précédents et pratiquant avec bonheur une certaine ironie qui rappelle Sean Connery.

Il retrouve même un peu le culot arrogant de Moore dans son approche de Donna Lucia, le temps d’une très jolie scène qui fait regretter que ce personnage incarné par Monica Bellucci passe à la trappe aussi vite sans autre explication. De Moore également, il emprunte une certaine légèreté face au danger, quelques sourires en coin et une ou deux réparties qui n’auraient pas déplu à Sir Roger. Mais il ne pousse jamais plus loin, ne franchit jamais la limite qui pourrait le faire verser dans l’auto-parodie qu’un excès d’humour entrainerait, comme ce fut souvent le cas, jadis, chez 007.

 

007 rencontre Lucia (Bellucci) dans un cimetière à Rome.

007 rencontre Lucia (Bellucci) dans un cimetière à Rome.

 

Madeleine (Léa Seydoux) en route pour diner avec Bond.

Madeleine (Léa Seydoux) en route pour diner avec Bond.

Léa Seydoux incarne Madeleine Swann, une de ces Bond girls émancipées, jeunes et modernes qui n’ont pas besoin de Bond, rien de bien original même si leur relation, d’abord glaciale, va naturellement se réchauffer pour atteindre une complicité encore rarement vue dans la série. Il y a une véritable alchimie entre les deux, même si leurs déplacements en divers coins du monde sont parfaitement farfelus, et presque risible est la façon dont ils changent de tenues d’un plan à l’autre.

Au rayon des méchants, toutes les cases sont consciencieusement cochées : Oberhauser, le méchant en chef ‘larger than life’ (mais guère menaçant en la personne du trop aimable Christoph Waltz) est terré dans le désert avec ses sbires au sein d’une base qui n’est pas sans rappeler les décors grandioses des années Ken Adam, le décorateur attitré des premiers Bonds. Il se voit en outre assisté d’un sous-méchant massif et taiseux (Dave Bautista) qui prend la relève des Requin et autres Oddjob du passé, mais qui, à l’instar de Bellucci, est expédié un peu vite.

To be Blofeld or not to be, that is the question.

To be Blofeld or not to be, that is the question.

 

Côté staff du MI6, on retrouve avec bonheur le Shakespearien Ralph Fiennes derrière le bureau de M, mais cette fois le boss de Bond prend un peu l’air pour aller se frotter directement aux bad guys. Epaulé par Q (Ben Whishaw, à qui l’ont doit certaines des scènes les plus amusantes) et Moneypenny (Naomie Harris, moins visible que dans Skyfall), Fiennes ferait presque oublier le long règne de Judi Dench dans le fauteuil de M. Presque.

Un classique chez Bond, la scène dans le bureau de M (Ralph Fiennes).

Un classique chez Bond, la scène dans le bureau de M (Ralph Fiennes).

 

007 contre les drones

Ce joli casting est ainsi réuni au profit d’une histoire écrite par Noel Purvis, Jack Wade et John Logan, reposant en partie sur quelques bribes de l’œuvre de Ian Fleming, notamment sur la jeunesse de Bond.

A Londres, le gouvernement britannique projette de remplacer les services secrets par des drones, des caméras et une surveillance très Orwellienne des populations. La section « 00 » qui regroupe les agents autorisés à tuer, est sur la sellette, jugée préhistorique et menacée par un jeune fonctionnaire arrogant nommé C (Andrew Scott, le Moriarty de la série TV Sherlock).

Il s’oppose à M (et son discours très inspiré d’Edward Snowden) et fait construire ses futurs QG devant l’ancien siège du MI6 détruit par Silva (Javier Bardem) au début de Skyfall. Mais tout cela, Bond semble s’en désintéresser pour mener une enquête personnelle à partir d’indices récupérés dans les ruines de sa demeure familiale, Skyfall.

Les premières minutes de Spectre, on l’a compris, sont donc intimement liées au précédent film mais il s’en affranchit rapidement pour ancrer 007 dans une histoire plus dynamique, plus mouvementées, moins introspective malgré les allusions au passé de Bond, bref, une aventure typiquement Bondienne, classique dans le fond, moderne dans la forme.

Tout comme Bond, le réalisateur Sam Mendes semble s’être détendu, détaché de la lourdeur de la mission que lui ont confiée les producteurs et débarrassé de la noirceur du précédent film. Comme Bond, il s’amuse, il ose. Dans cet hypnotisant et savoureux plan séquence d’ouverture de cinq minutes tourné durant la Fête des Morts à Mexico, sa caméra suit Bond, le visage caché derrière un masque de squelette, marchant à travers la foule, pénétrant dans un immeuble, prenant l’ascenseur et montant sur les toits… Dans la tant attendue poursuite en voitures à Rome, avec l’Aston Martin DB10 spécialement conçue pour le film qu’il avait lui-même dévoilée avec gourmandise en décembre 2014 au début du tournage, il distille sa bonne humeur en ponctuant l’action de petites touches d’humour auxquelles se prête Daniel Craig avec un plaisir évident.

Les scènes d’action sont élégantes et rythmées, avec ce petit plus de ne pas recourir systématiquement aux effets spéciaux, ce qui ajoute une touche d’authenticité souvent absente de ce genre de films. Visuellement, le film est d’une grande beauté. Les couleurs sont riches, éclatantes, chaque lieu de tournage, Rome notamment, se trouve sublimé. La poursuite auto dans les rues de la Cité éternelle (étonnamment vide de toute autre circulation) n’est pas particulièrement originale et beaucoup plus courte que le buzz qui en a accompagné le tournage ne le laissait présager, mais elle demeure d’une grande élégance grâce aux décors naturels, tout comme les scènes de la clinique en Autriche et les ponts de Londres by night.

La musique de Thomas Newman (Skyfall, Les sentiers de la perdition…) accompagne tout cela fort élégamment. D’une douceur exquise ici (Madeleine), nerveuse et tendue ailleurs (Safe House / Westminster Bridge), puis ça et là sombre et menaçante (Secret Room / Eternal City) avec ce qu’il faut de cuivres bondiens car nul n’envisage 007 sans son fameux thème, intelligemment distillé au hasard d’une partition sans temps morts, jamais routinière et qui console nos oreilles agressées par la pénible chanson générique de Sam Smith, The Writing’s on the wall.

Lorsque Spectre s’achève au bout de 148 minutes, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait aussi bien pu se terminer depuis vingt minutes. Comme si les producteurs s’étaient rendus compte qu’il restait encore des décors à faire sauter, ils nous imposent un final explosif un peu lourdingue et longuet qui tranche avec l’élégance et le juste équilibre des ingrédients qui prédominaient jusque-là.

Mais cela ne suffit pas à gâcher le cocktail.

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Jeff Rivière
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