Le blog du taulard inconnu
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C'est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve n'est pas révélé pour l'instant. C'est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l'autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l'heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.
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Blog du Taulard #50 : « des conseils de lecture contre la prison »

actualisé le 02/11/2015 à 17h53

Une conversation glissa sur la prison. Après les banalités d’usage, chacun donna son point de vue. « Ah oui, disaient certains, la prison c’est inhumain ! ». D’autres : « Mais comment peut-on être si barbare en 2015 ? ».

D’autres encore : « la prison fabrique des gens qui n’ont plus rien à perdre ! » Alors j’ai dit : « il ne reste plus qu’à abolir ! ».

Et tous, m’ont répondu avec sérieux : « Mais par quoi on la remplace ? ». Mais on ne la remplace pas, bordel de merde ! L’indignation n’est qu’une posture si elle se borne à de l’énonciation.

 Making of


Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en faisant publier ses écrits, alors il est anonyme. Il est sorti de prison au cours de l’écriture de ce blog. Mais nous ne révélerons son identité et le nom de la prison dans laquelle il a été détenu qu’après le délai de prescription du délit pour lequel il pourrait être poursuivi, c’est à dire avoir fait sortir des informations de sa cellule sans autorisation de l’administration pénitentiaire, transgressant les règles régissant la communication du détenu avec l’extérieur.

Rue89Lyon


Des moments comme ceux-là dévoilent que le concept de punition est bien enracinée dans ce qu’on appelle l’inconscient collectif, autrement dit le formatage sociétal qui nous a pétri et conditionné. Pourtant, tu penses bien, lecteur, que je n’ai pas dans mes relations des forcenés sécuritaires ou des fans de Eric Ciotti et de Christian Estrosi.

C’est bien dans ces moments là qu’on perçoit nettement l’appartenance de la répression aux réflexes inculqués, à un tel point que les gens deviennent incapables d’imaginer qu’il existe autre chose que la pensée unique. Ils incarnent, sans le savoir, ce que dénonce René Girard tout au long de son œuvre sur le mimétisme et le bouc émissaire.

C’est vrai que c’est un peu plus compliqué à lire que du Gavalda ou du Musso. Mais soyons ouvert, la lecture de ceux là n’empêche pas de lire autre chose, ce n’est pas une histoire de concurrence, même si le succès des bouquins de Zemmour ou de Treierweiler m’inquiète.

Prison Villefranche

Entrée de la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône.

 « Paresse et facilité »

Bien sûr, on peut invoquer, comme explication, le bourrage de crâne des médias. Il est incontestable que ces chiens de garde du pouvoir nous martèlent l’occiput tous les jours. Cependant, personne n’ignore que l’indécence des images et les discours politiquement corrects ne sont jamais un gage de vérité, bien au contraire. Il y a donc aussi une question de paresse et de facilité qui pousse tout un chacun à ne pas essayer d’aller voir ailleurs et à ne pas créer de la vie.

Les gens ont tellement peur de l’inconnu, de l’inattendu, de l’imprévisible, du nouveau.
Avant d’être une responsabilité collective, c’est bien une responsabilité individuelle que de se laisser décérébrer par la grand messe cathodique du 20h qui nous met face à la pauvreté de la pensée actuelle, où la haine de l’autre prend subrepticement le dessus, dissimulée derrière une émotivité bien pensante et éphémère.

Malgré cette gangue, la véritable information existe. Il faut juste aller la chercher car elle ne peut être sous cette forme de pré-mâché qui nous tombe dans le bec à travers les télés et les journaux inféodés. Voilà, il faut le vouloir, il faut du désir et de la curiosité, il faut quitter sa tour de défense d’ivoire (d’y voir ?).

 « Je te donne mes livres préférés »

baker-Pourquoi faudrait-il punirJe vais être généreux, lecteur. Voici quelques livres que tu pourras feuilleter si tu es sensible à mes propos  :

Il y en a bien d’autres mais je te donne mes préférés.

Mais veut-on regarder la vérité en face ? Veut-on admettre qu’il n’y a pas de justice mais simplement des lois ? Et que ces lois sont au service des gens de pouvoir et des possédants. Dernier exemple en date : Claude Guéant détourne 210 000 euros de fonds publics, on requiert 30 mois, mais avec sursis pour qu’il ne mette jamais les pieds en prison.

Un SDF pique 17,20 euros dans le tronc d’une cathédrale, il prend quatre mois ferme et va direct en taule. Ce n’est pas une exception, c’est toujours comme ça que ça se passe.

 « Tout est à deux vitesses, la justice, la médecine, les salaires »

Mais qui va écouter un taulard, celui qui est marqué à jamais par l’opprobre d’un casier judiciaire ? Discrédité d’office ! Je me suis aperçu, face aux gens, qu’émanaient de moi des sortes de stigmates repoussants. J’ai vu l’enfer de trop près et j’en garde, pour eux, une odeur de damnation. Je lis dans leurs regards fuyants ou apitoyés la peur de la contamination, celle qui leur ferait ouvrir les yeux. Ils préfèrent ne rien en savoir.

Il vaut mieux s’indigner de deux vestes et deux chemises arrachées KLM que de regarder la terrible violence de 2 900 licenciements, plus 5 000 à venir. Et pendant ce temps là, Alexandre de Juniac, PDG d’Air France, pérore dans une église, aux entretiens de Royaumont, et fustige les acquis sociaux, remettant en cause l’interdiction du travail des enfants devant un Gattaz (MEDEF) aux anges sous les vitraux gothiques.

Tout est à deux vitesses, la justice, la médecine, les salaires… Qu’importe, on va pouvoir regarder Patrick Sébastien le samedi soir et gonfler la cohorte des anti-Morano qui ne sert qu’à dissimuler le racisme généralisé.

Alors, pour être clair, lecteur, oui, il faut supprimer la taule, l’abolir définitivement et ne pas la remplacer. L’enfermement, sous quelque forme que ce soit, est une gangrène qui encourage et cautionne les pire tares de cette société. Participer d’une manière ou d’une autre à la prison, c’est refouler encore plus loin sa propre part d’ombre en stigmatisant l’autre.

En excluant son voisin, s’est s’exclure soi-même en renforçant l’individualisme meurtrier qui anéantit le vivre ensemble.

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L'AUTEUR
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Le taulard inconnu
J'ai parlé de mon quotidien en prison et maintenant de ma vie dehors. Je ne me plains pas, ni ne cherche à me faire plaindre. Je n'ai nul besoin, ni moi ni les autres prisonniers, de compassion, ou encore pire, de pitié. Je témoigne, simplement.
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