Cultures 

L’Espace Pandora ou 30 ans de poésie, en diffusion depuis Vénissieux

actualisé le 12/03/2015 à 09h30

 L’Espace Pandora fête ses trente ans. Tandis que son équipe est occupée à organiser la 17e édition du Printemps des Poètes, retour avec Thierry Renard, son directeur, sur l’histoire de cette institution vénissiane de la poésie.

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Espace Pandora / crédits : Josette Vial

 

«Au départ, c’était une aventure d’amis, on ne savait pas du tout quel tournant ça allait prendre», commence le directeur de l’Espace Pandora.

En ce temps-là, ils étaient quatre, jeunes, tous originaires de Vénissieux et unis autour d’une passion commune : la poésie. Et une envie aussi, celle de la partager par tous les moyens possibles. Trente ans plus tard, l’association existe toujours mais seul reste de la bande Thierry Renard. Pour celui qui en a pris la tête en 2002, «l’esprit et la volonté sont toujours les mêmes, sauf que l’équipe a rajeuni et s’est professionnalisée», là où elle n’était composée que de bénévoles au moment de sa création en 1985.

Plus qu’ils n’ont choisi Vénissieux, c’est la ville qui les a choisis. Tous les quatre voulaient commencer là d’où ils venaient, persuadés de l’importance de leur mission au point de demander d’emblée à la mairie un financement et un local.

« On était un peu inconscients quand même, rigole maintenant Thierry Renard. Mais bon, c’était l’époque où l’on parlait beaucoup des banlieues, où on essayait de les mettre en avant. »

Convaincu par leur audace et leur aplomb, le maire de l’époque, Marcel Houël, décidera de les aider. Aujourd’hui, Thierry Renard est plus que jamais conscient de la cohérence de son implantation. Pour lui, il reste primordial de diffuser dans les périphéries cette culture qu’il tient avant tout comme une barrière contre les idées les plus extrêmes.

A domicile

Ils ont pourtant failli partir. Une fois. C’était en 1995, L’Espace Pandora venait d’éditer « L’amour, la solitude » du philosophe André Comte-Sponville, un best-seller.

Invité avec l’auteur sur le plateau d’Apostrophes, Thierry Renard, bonhomme et passionné, lui vole la vedette. Soudain tout Paris s’intéresse à l’association. On leur suggère de venir s’installer dans la capitale. L’offre est tentante, mais ces indécrotables militants s’aperçoivent vite qu’ils seront étouffés dans la grande ville. La province offre à leurs actions, en particulier à leurs festivals, une liberté et une visibilité qu’ils entendent conserver.


Reportage de France 3 Rhône-Alpes

Leur premier – et celui qui leur ressemble le plus – c’est Parole Ambulante, qui voit chaque année, depuis 1996, écrivains, musiciens et comédiens promouvoir la poésie contemporaine dans toute sa diversité dans des endroits parfois inattendus.

C’est dans cette même optique de rencontre que Thierry Renard, qui considère son équipe comme une troupe de théâtre, mettra en place en 2009 une résidence d’auteur, juste là, à Vénissieux. Son objectif : qu’une histoire se tisse entre l’invité et la cité, le temps d’interventions dans les écoles, les hôpitaux ou les centres sociaux. Ce n’est qu’au terme de cette immersion que Pandora lui propose d’être édité.

D’autres événements rythment l’activité du lieu tout au long de l’année, comme l’opération de promotion de la langue française Dis moi dix mots, dont le point d’orgue est la Semaine de la francophonie.

Et puis, bien sûr, le Printemps des Poètes, dont l’association est depuis 2002 le relais local. Elle est même tellement impliquée dans son organisation qu’en 2012, consécration, le lancement national, d’habitude à Paris, se fera pour une fois en province, à Lyon.


Un aperçu du festival du Printemps des poètes 2014

 Poète ou voyou

Ce foisonnement événementiel et éditorial (via La Passe du Vent), Thierry Renard le voit aussi comme la conséquence d’une bonne fortune, les collectivités ayant toujours reconnu le professionnalisme de l’association – aujourd’hui conventionnée par la DRAC (direction des affaires culturelles, l’Etat donc), la région Rhône-Alpes et la ville de Lyon.

Le possible changement de municipalité à Vénissieux ne l’inquiète d’ailleurs pas trop, même s’il admet l’existence d’un risque. Grigny en est l’illustration : quand la mairie a changé de bord, L’Autre Salon, une biennale des médias indépendants créee par Pandora en 1998, a été supprimé. Culture et crise ne font pas bon ménage.

Lorsqu’on lui demande si, en 2015, la poésie a toujours sa place, Thierry Renard est cependant catégorique.

Pour lui, cette forme d’expression a toujours été marginalisée, et c’est justement dans les périodes de troubles profonds qu’elle revient au premier plan, le poète se faisant alors le porte-parole d’un moment de l’Histoire :

« Ce qui est bien avec la poésie, c’est qu’elle ne s’use pas, elle est hors du temps. C’est pour cela que je ne suis pas pessimiste quant à son avenir. Les grands médias ont peur de parler de poésie mais ils se trompent, elle parle à tous. »

Il est tout de même le premier à l’admettre, c’est un art qui peut sembler parfois difficile d’accès, surtout pour un enfant de banlieue. Lui-même s’est converti sur le tard.

« J’avais le choix : devenir voyou ou poète », plaisante-t-il.

Grâce à une professeur de français, un cousin philosophe et surtout au Goncourt de la poésie Charles Juliet, qu’il appelle affectueusement son «deuxième papa», il a choisi poète. Et s’évertue depuis avec succès à faire en sorte que son prochain puisse faire de même.

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Affiche du festival Printemps des Poètes, édition 2015

17e Printemps des poètes

Après le mouvement des Indignés, le Printemps arabe et Syriza en Grèce, voilà qu’un vent d’insurrection souffle aussi sur le Printemps des Poètes. Du 7 au 14 mars, sa 17e édition vous invite en effet à «arracher la joie aux jours qui filent», comme l’écrivait Vladimir Maïakovski, son invité d’honneur. A Lyon, le coup d’envoi des festivités, parrainées par Zéno Bianu et André Velter, a été programmé avec de la 29e Fête du livre de Bron.

Fidèles à la volonté de Thierry Renard d’essaimer au plus près des lecteurs, elles se dérouleront aussi bien au Lavoir Public (pour des lectures électroniques) qu’en bibliothèques (notamment pour la remise du prix Kowalski à Jean Joubert), au Marché Gare (le temps d’une nuit du slam) que dans les musées (à l’instar du CHRD, où sera décerné, nouveauté, un prix René Leynaud récompensant un auteur émergent).

La révolution à portée de main, chez Pandora.

Par Valentine Martin sur petit-bulletin.fr

 

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