Environnement  Société 

Jardins partagés à Lyon, ou comment faire pousser sa tomate au pied des immeubles

actualisé le 02/10/2014 à 23h35

Lorsqu’on discute avec les jardiniers partageurs, ils parlent de « petit coin de paradis » et de la joie de savoir d’où vient leur nourriture. Mais pas que. Pour eux, le collectif, la mixité sociale et le vivre ensemble passent avant tout.

 

Audrey Fahys a découvert les jardins partagés avec Graines de Lait © Laura Steen / Rue89Lyon

Audrey Fahys a découvert les jardins partagés avec Graines de Lait © Laura Steen / Rue89Lyon

On se croirait presque à la campagne : les pieds dans la terre, le soleil à son zénith et le clocher qui sonne midi. Pourtant, nous sommes bien à Lyon, en plein milieu des immeubles de la Zac Ilôt du Bon Lait dans le 7e arrondissement, sur l’une des parcelles du jardin partagé Graines de Lait.

Il est l’un des derniers nés de la soixantaine des jardins partagés de Lyon et du Grand Lyon. Ses 400 m2, divisés en trois parcelles, dont une équipée d’un composteur depuis le 6 septembre dernier, sont entretenus par une quinzaine de jardiniers qui se relaient les mercredis et samedis. La première graine a été plantée en 2013. Audrey Fahys est l’une des jardinières :

« Ce qui m’a séduite, c’est de pouvoir retrouver de la nature en ville, de toucher la terre et de voir les fruits et légumes pousser ».

Aujourd’hui, la récolte est composée de tomates cerises, jaunes, cœur de bœuf et de carottes. Dans l’une des parcelles, des courges finissent leur maturation à côté des courgettes. Pas de parcelle individuelle, tout se fait collectivement, y compris le choix des cultures. Lorsqu’ils viennent ici, les jardiniers sont souvent accompagnés de leurs enfants. Audrey Fahys est venue avec Clément, une petite tête blonde de 20 mois :

« Le lien social créé par cette activité est important. Avant, nous n’avions pas de raison de nous voir et de discuter, sauf lorsqu’on allait chercher les enfants à l’école. Ici, les enfants s’éclatent et les adultes échangent. »

En plus du collectif, la jeune jardinière – docteur en physique dans la vraie vie – explique que les jardins partagés permettent de militer contre la société du « tout consommer » :

« Dans le monde d’aujourd’hui, tout va très vite. On nous pousse à consommer, à croire que tout nous est dû. Avec les jardins, on partage une philosophie particulière, celle de prendre son temps. »

 

« Créer du lien social et expérimenter la démocratie »

Une philosophie à laquelle la Ville de Lyon semble avoir souscrit. En tout cas, sans la municipalité, difficile de trouver les terrains nécessaires. Les jardins partagés existent à Lyon depuis 2001, prenant exemple sur New York et ses 600 potagers collectifs.

Dounia Besson, adjointe au Maire de Lyon, déléguée à l’Économie sociale et solidaire raconte :

« Il y a une quinzaine d’années, le projet a été porté par une élue dans le but de créer du lien social et d’expérimenter la démocratie. Le premier jardin a été implanté à La Duchère. L’idée de départ ? Les personnes qui habitent la Duchère sont des immigrés*. Souvent, dans leur pays d’origine, l’agriculture a une place importante. Alors pourquoi ne pas installer cet élément de leur culture en bas de chez eux pour qu’ils s’approprient leur quartier. »

Soutenu par les équipes municipales des espaces verts et de la direction territoriale, le Passe-jardins accompagne l’ensemble des associations qui gèrent les jardins partagés. Cette structure met en réseau et aide ceux qui s’installent, notamment du point de vue technique (étude sur la pollution des sols, etc.). En tout, la ville de Lyon compte plus de 1000 jardiniers, répartis sur 41 jardins (une soixantaine si on compte le Grand Lyon), de 120m2 à 1336m2. En tout, deux hectares.

Pour favoriser la création des jardins partagés, la Ville met à disposition des terrains gratuitement :

« Par exemple, les friches peuvent être utilisées un temps par les jardiniers puis nous relocalisons les parcelles en cas de renouvellement urbain du quartier. Aussi, des aménageurs ou bailleurs sociaux inscrivent dans leur projet initial l’installation d’un jardin en pied d’immeuble pour leurs locataires », poursuit Dounia Besson.

C’est le cas des parcelles de Graines de Lait. Ce quartier était une friche industrielle. L’aménageur a décidé, avant l’arrivée des premiers logements et habitants, d’installer trois parcelles de terres pour y faire pousser des légumes. Autre cas de figure : la Légumerie dans le 4e arrondissement dispose d’un terrain de la paroisse.

Une tomate coeur de boeuf qui a poussé entre les immeubles de la Zac Ilôt Bon Lait dans le 7e arrondissement © Laura Steen / Rue89Lyon

Une tomate coeur de boeuf qui a poussé entre les immeubles de la Zac Ilôt Bon Lait dans le 7e arrondissement © Laura Steen / Rue89Lyon

 

« Supprimer tout recours à des pesticides »

Parmi la soixantaine de jardins, certains ont leur propre particularité. Par exemple, le Jardin Réseau Santé est centré sur la problématique d’une alimentation saine et durable. Pour d’autres, ce sera plutôt le pédagogique, le social, la culture, la préservation de l’environnement ou encore le développement durable de la ville. De ce point de vue, Dounia Besson trompette :

« Lyon est la seule ville de France à participer au programme européen Urbact, notamment grâce aux jardins partagés. »

Si la mairie soutien ces initiatives depuis le début, elle a décidé cette année de formaliser le tout par une « La Charte des jardins partagés de Lyon », dont la signature se fera ce 4 octobre. Le but étant, pour Dounia Besson, de mettre en réseau les jardiniers :

« Cette charte signifiera que l’association adhère aux valeurs de partage, d’expérimentation de la citoyenneté, de consommation et alimentation durables, de mixité sociale. Ce n’est pas utopique, nous ne sommes pas dans un monde de Bisounours, c’est du concret ! »

Extrait de l’article VIII :

« Les jardiniers s’engagent à supprimer tout recours à des pesticides, engrais ou autres produits issus de la chimie de synthèse ; privilégier des techniques de jardinage écologique, en respectant la vie du sol, en l’enrichissant par le compostage de matières organiques ; etc. »

Malgré la charte, chaque jardin continuera d’avoir ses propres fonctionnement et règlement intérieur.

Liste d’attente ou pas ?

Dans l’idée, tout le monde peut devenir jardinier partageur. Y a-t-il une liste d’attente pour avoir son petit coin de paradis ? Il y en aurait une longue comme le bras. Le Passe-jardins n’a pas trouvé le temps de répondre à nos questions. Aurèle Roux, chargée de développement de l’Atelier des Friches (qui gère deux jardins) précise :

« Des jardins ont des critères d’adhésion et vu les espaces qui peuvent être très restreints, sans doute certains ont des listes d’attente. Pour ma part, je n’en connais pas. »

Dounia Besson n’a pas répondu non plus clairement, affirmant ne pas savoir. De retour dans le jardin Graines de Lait. Audrey range le matériel, un sourire aux lèvres. Elle nous parle de l’un de ses rêves, qui devient de plus en plus concret depuis qu’elle participe à ce jardin :

« Mon mari, qui est lui aussi docteur en physique, a trouvé un poste à Lyon. Moi, je cherche encore. J’ai de plus en plus cette idée et cette envie de retourner à la terre. Pourquoi ne pas quitter la ville pour devenir maraîcher ? »

En attendant de pouvoir accomplir ce projet, elle ne manquera pas le prochain rendez-vous de Graines de Lait, le mercredi suivant.

 

>* Mise à jour le 02/10 à 10 heures : L’adjointe au maire Dounia Besson tient à préciser que pour certaines personnes qui viennent des campagnes, des zones rurales, la présence du jardin peut être un lien avec des racines familiales, que cela leur parle particulièrement, mais que cela ne concerne pas uniquement des personnes venues de l’étranger.

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L'AUTEUR
Laura Steen
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