Société 

Mon maire ne veut pas de ma fille de 2 ans à l’école : je dois démissionner

actualisé le 09/07/2014 à 23h08

Catherine Duchamp a quatre filles et la dernière n’aura pas trois ans lors de la prochaine rentrée scolaire, elle a donc fait une demande de dérogation à sa mairie pour qu’elle puisse y être acceptée à deux ans et demi. Sans cette rentrée anticipée, elle a fait les comptes, ça ne tiendra pas. Mais le maire de sa commune, Lucenay (à quelques encablures de Lyon) a donné un non catégorique.

Nous reprenons le billet publié sur son blog blablapipelettes, enrichi d’éléments que Catherine Duchamp nous a donnés depuis, ainsi que de la réaction de Gilles Darnaud, maire de Lucenay (1800 habitants), qui entame son troisième mandat.

 

Catherine Duchamp et ses quatre filles, à Lucenay. Crédit : Martin Girerd.

Catherine Duchamp et ses quatre filles, à Lucenay. Crédit : Martin Girerd.

Nous sommes 6. Nous avons 4 enfants. 4 filles de 2, 4, 6 et 8 ans. Elles sont casse-pieds, de vraies merveilles. On a bien bossé pour notre pays, diraient certains, d’autres diraient que c’est inconscient de faire cela. Ceux-là, je ne les écoute que très peu à vrai dire. Je suis restée en congé maternité pour élever mes filles, pendant sept ans. Je devrais reprendre mon emploi le 19 janvier 2015, à temps plein dans une agence de pub, payé au SMIC.

Je voudrais reprendre le chemin du travail. Mais.

Mais pour pouvoir reprendre le travail et être financièrement « rentable » (en fait non, pas rentable, mais juste pour pouvoir manger jusqu’à la fin du mois), il faudrait que la mairie et l’école acceptent de prendre ma fille la plus jeune, Emilie, née le 18 janvier 2012. A 18 jours près on ne se posait pas de question, car elle serait née en 2011 et elle était prise.

 

Impossible de vivre sereinement avec 400 euros à mois pour 6

Il est possible de faire une rentrée anticipée pour les enfants de 2 ans dans les écoles, en obtenant une dérogation auprès des mairies.

Là, dans le cas où mon école ne prend pas Emilie, et en faisant les calculs au plus juste, j’aurai 5 jours de cantine (avec la nouvelle réforme des rythmes scolaires) pour 3 enfants, soit environ 276 euros par mois.

Si je rajoute la garderie à 2,10 euros par enfant, 4 jours par semaine + le mercredi après-midi, on arrive à près de 150 euros supplémentaires. Et Emilie à temps plein 5 jours par semaine, à peu près 700 euros par mois. Environ 1126 euros de frais de garde pour un salaire de 1150 euros.

Je ne parle pas des frais d’essence et faux frais liés aux déplacements pour le travail. Mon époux touche 2100 euros nets par mois et nous avons des remboursements mensuels pour notre maison de 1300 euros par mois. Sans compter les autres frais fixes (l’eau, l’électricité, les assurances) de 400 euros par mois. Il n’est pas envisageable de vivre sereinement à 6 avec 400 euros par mois.

 

Tirée vers le haut pas ses grandes soeurs

Le maire, Gilles Darnaud : « Une dérogation de confort »
Rue89Lyon a joint par téléphone Gilles Darnaud, maire de la commune de Lucenay. Voici son explication : « Nous avons proposé à cette dame une place en microcrèche et d’aller voir une assistante sociale pour étudier son dossier. Mais c’est sûr que l’on peut se demander si elle a droit à des aides compte tenu de ses revenus. Ce serait une dérogation de confort alors qu’il y a des gens plus nécessiteux qu’elle. Pourquoi aurait-elle ce passe-droit ? L’accueil des enfants de moins de 3 ans est problématique : ils ne peuvent pas aller à la cantine, ce n’est pas simple à gérer pour l’école. Sur le plan scolaire, Lucenay n’a pas à rougir. Une école maternelle a été construite en 2011, on a un centre aéré, une microcrèche de 20 places, on n’est pas en retard en termes de gestion de la petite enfance.

C’est ce que j’ai écrit au maire de mon village, telle a été mon explication pour demander une rentrée anticipée, en septembre de cette année. Elle réduirait les frais de manière significative et nous permettrait de vivre, même de manière serrée.

D’autant que notre fille est habituée des lieux (de l’école), elle connait la maîtresse, elle est tirée vers le haut par ses trois grandes sœurs.

Beaucoup d’écoles en France prennent les enfants de début d’année, ou au moins les prennent en cours d’année une fois les 3 ans révolus.

Mon village a moins de 2 000 habitants.

Tu te dis que le maire est proche de ses administrés, qu’il essaiera de faire des efforts pour que les gens de son village se portent bien. Tu te dis que tu dois reprendre le travail parce que, ton poste en CDI tu l’as encore.

 

Les Droits des femmes et la case chômage

Tu te dis qu’avec le nouveau gouvernement, Monsieur Hamon, Madame Vallaud-Belkacem, les Droits des femmes, les femmes au travail, la réduction de la courbe du chômage, etc., qu’avec tout ça, le maire de ton petit village fraîchement réélu va être plutôt d’accord pour t’aider. Mine de rien tu paies les impôts, tu participes à la vie du village, tu t’es investie en tant que trésorière du Sou des Ecoles…

Et puis tu rencontres la personne chargée de la petite enfance dans ton village. Toi tu es au bord des larmes (ah non, en fait tu pleures, parce que tu ne dors plus depuis quelques nuits en te demandant ce que tu vas pouvoir faire), elle te dit de te calmer, qu’il y a forcément une solution, que ça pourrait même être une rentrée en milieu d’année, une prise en charge de la cantine…

Tu te dis que c’est peut-être possible. Et bien dis-toi que te fourres un doigt dans l’oeil. Ton maire il n’en a rien à secouer de ton cas. Ton maire il te dit que non, il te dit :

« Nous vous confirmons, après entretien avec le directeur d’école, la commission scolaire et le maire notre refus de dérogation pour votre plus jeune fille ».

Le maire m’a proposé une place en microcrèche et d’aller voir une assistante sociale pour nous faire aider. Mais j’estime que cette situation est absurde : travailler et demander des aides sociales pour cela !

Alors tu te dis que tu vas tenter à l’école directement. Et le directeur te dit :

« Non, en fait ça n’a jamais été fait et nous ne voulons pas d’antécédent. »

Juste ça. Petit village + ça n’a jamais été fait = ne prenons pas de risques, on pourrait nous le demander une prochaine fois.

Du coup Monsieur Benoît Hamon et Madame Najat Vallaud-Belkacem, ils en disent quoi de ça ? Des femmes qui voudraient aller travailler mais qui, du coup, ne peuvent pas. Moi je veux bien, mais après on fait quoi, on coule ?

Le plus simple et la solution qui reste envisageable, c’est la démission. Perdre mon poste en CDI, à temps plein.

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