Appartement 16
  • 14:03
  • 10 octobre 2013
  • par Leïla Piazza

« Vous habitez dans une zone à risques industriels majeurs » : faut-il flipper ?

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La brochure est distribuée actuellement dans les foyers de l’agglomération lyonnaise et a de quoi affoler. Pourtant, les organisateurs de la campagne d’information sur les risques industriels se veulent rassurants. Mais ont du mal à cacher que dans le coin, on est plutôt mal lotis.

Risques industriels brochure

La lettre reçue il y a dix jours par tous les habitants du bassin lyonnais. ©Rue89Lyon

Vous avez sans doute reçu, ou allez recevoir, une brochure dans votre boite au lettre. « Vous habitez dans une zone à « risques industriels majeurs » (l’expression est même surlignée). Ce document vous concerne ». En recevant ça, il y a de quoi paniquer.
En même temps, vous vous doutez bien qu’en habitant à deux pas de la Vallée de la chimie, il y a quand même un petit risque…

Obligatoire
Chaque entreprise a le devoir tous les 5 ans d’informer ses voisins des risques qu’ils encourent. L’originalité en Rhône-Alpes est que cette campagne d’information ne se fait pas entreprise par entreprise mais est centralisée. Elle se fait en partenariat avec pouvoirs publics et associations écologistes. Des réunions publiques seront organisées, tout comme des actions de sensibilisation dans les écoles et les entreprises. Et surtout, 2,3 millions de Rhonalpins habitant dans une des communes concernées vont recevoir une brochure qui se décline par bassins.

Rien de nouveau sous le soleil en réalité. Il s’agit d’une campagne qui a lieu tous les cinq ans, et qui est obligatoire pour les établissements qui présentent des risques industriels majeurs. Ils sont 90 dans la région Rhône-Alpes : 77 sites classés Seveso seuil haut, huit sites nucléaires et sept sites de stockage souterrains de gaz.

Dans le seul bassin lyonnais, qui regroupe 45 communes, la brochure mentionne pas moins de 20 entreprises qui présentent des risques majeurs.

Mais pas de panique, assure Françoise Noars, Directrice régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Rhône-Alpes (Dreal) :

« L’objectif n’est pas de faire peur mais qu’il y ait une connaissance des risques et des bons gestes à adopter en cas d’incident. »

D’ailleurs, toute la conférence de presse de lancement de la campagne tourne uniquement autour de ces bons réflexes à adopter en cas d’alerte.

« Le risque zéro n’existe pas »

Mais alors que la directrice de la Dreal parle de « qualité de l’information donnée », certains seront déçus en épluchant la brochure distribuée. Mis à part la partie sur les bons réflexes à adopter en cas d’alerte, elle est technique et très synthétique et n’apporte que peu de réponses à la question que tout le monde se pose : est-ce que ça craint de vivre dans l’agglomération lyonnaise ?

Si les organisateurs de la campagne se veulent rassurants, cela ne les empêche pas de reconnaître les faits :

« Le risque zéro n’existe pas »

A tour de rôle, le message est martelé par chacun des intervenants, lors de la conférence de presse de lancement de la campagne.

En tant qu’animatrice du réseau régional santé, pollution industrielle et risques de la Frapna, Lydie Nemausat a participé à la mise en place de cette campagne. Elle le rappelle, la question du risque est omniprésente en Rhône-Alpes et dans l’agglomération lyonnaise :

« La région est l’une des plus industrialisées de France, avec une forte concentration d’usines Seveso. Le risque est bien réel, notamment avec la Vallée de la chimie. »

La raffinerie de Feyzin, l’emblème de la Vallée de la chimie. ©Herve Coste / MaxPPP

La Vallée de la chimie : un «couloir de la mort » ?

Et en effet, la Vallée de la chimie a été le théâtre de plusieurs incidents majeurs.

En 1966, une explosion à la raffinerie de Feyzin a marqué les esprits. Une manipulation lors d’un entretien de routine avait entrainé une fuite de propane qui s’est répandue jusqu’à l’A7 toute proche. Le passage d’un véhicule provoque alors un incendie qui se propage et entraine une série d’explosion successives des sphères de stockage de propane. L’incident a fait 18 morts et 84 blessés.

En 1987, c’est le port Edouard-Herriot qui connait un incident majeur. En effet, un incendie s’est propagé dans le Dépôt pétrolier de Lyon, provoquant une boule de feu de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Il a fallu plus de 24 heures aux quelque 200 pompiers mobilisés pour maitriser les flammes. Deux employés sont morts et 14 personnes, pompiers et opérateurs, blessés. Sans parler des milliers de m3 d’hydrocarbures qui se sont répandus et infiltrés dans les sols.

Des communes cumulardes

Pour les personnes qui habitent dans la Vallée de la chimie, c’est la double peine. Elles sont exposées à une forte concentration d’entreprises à risques sur un petit territoire. Sur la carte de la brochure, les cercles symbolisant les périmètres de risque se superposent les uns aux autres sur une zone allant de Feyzin à La Mulatière en passant par Pierre-Bénite.

Si l’ensemble de l’agglomération lyonnaise est concernée par les risques industriels, dans ces communes de la Vallée de la chimie l’urbanisation est quasiment gelée. Car, ici, on s’expose à l’« effet domino ». Compte-tenu de la proximité géographique, un incident majeur pourrait se répandre aux sites voisins. Et les risques encourus ne font pas rêver : incendie, explosion, nuage toxique, pollution, fumées toxiques…

La maire PCF de Pierre-Bénite connait bien ces questions. La commune abrite Arkema, entreprise qui est exposée à des risques d’explosion, d’incendie et de nuage toxique, et est dans le périmètre de nombreuses autres entreprises à risques. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si Mireille Domenech-Diana est aussi présidente de la commission risques du Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles et des risques dans l’agglomération lyonnaise (Spiral) ou encore vice-présidente du Grand Lyon en charge de la Coordination du pôle environnement.

Elle le reconnaît :

« Il est clair que le bassin lyonnais, tout comme l’Isère, est particulièrement concerné par les risques ».

 rhone-alpes-risques-industrielsLes différents bassins concernés par les risques industriels en Rhône-Alpes

Malgré AZF, « des améliorations trop lentes »

Mais la maire de Pierre-Bénite ajoute vite, rassurante :

« La catastrophe de Feyzin a été très lourde mais c’est surtout celle de Toulouse qui a entrainé une prise de conscience. Depuis, les entreprises ont cherché à limiter le risque à la source. Au final, on n’a pas eu de problème majeur dans le coin depuis des années. »

L’explosion de l’usine AZF à Toulouse, en 2001, qui a fait 31 morts, a effectivement marqué les esprits. Depuis, la loi Bachelot dite « AZF » a été adoptée en 2003 pour réduire les risques industriels. Elle impose notamment la mise en place de Plans de prévention des risques technologiques (PPRT) autour des entreprises à risques classées Seveso.

Mais cette loi a ses limites, comme l’a révélé un documentaire diffusé en décembre 2012 sur LCP. Elle a notamment tendance à dédouaner les entreprises au profit des riverains. Elle n’envisage rien pour les transports passant à proximité des sites concernés. Et surtout, trop complexe et trop couteuse, elle est peu appliquée, en France comme dans le Rhône.

Lydie Nemausat, de la Frapna, le regrette :

« Les améliorations sont lentes dans ce domaine. La loi Bachelot a été mise en place en 2003 suite à AZF. Elle impose la mise en place de PPRT. 10 ans après, ils ne sont toujours pas tous mis en place. »

Nucléaire : le grand oublié ?

Lorsque l’on épluche la brochure du bassin lyonnais, plusieurs choses alarment. Notamment la superficie des périmètres concernés, appelés « périmètres d’information ». L’exemple le plus marquant : Kem One. L’entreprise implantée à Saint-Fons, et par ailleurs actuellement en redressement judiciaire, affiche un périmètre d’information d’un rayon de 10 000 mètres. Autant dire qu’en cas d’accident, les effets pourraient être ressentis jusqu’à Villeurbanne, Chassieu, Chaponost ou encore Sérezin-du-Rhône.

Autre sujet d’interrogation : dans la brochure destinée au bassin lyonnais, il n’est aucunement fait mention du risque nucléaire. Pourtant, avec ses quatre centrales nucléaires, ses 14 réacteurs, la région Rhône-Alpes concentre 25% du parc nucléaire français et est la plus nucléarisée de France. Plantée au milieu, l’agglomération ne serait donc pas concernée par le risque nucléaire ?

Pas du tout, répond la présidente de la commission risques du Spiral :

« Bien sûr, on est concernés par le nucléaire dans le Rhône. C’est clair qu’en cas de catastrophe, on peut être touchés. »

Alors comment expliquer que ce risque ne soit pas mentionné ?

Pour Mireille Domenech-Diana, il s’agissait surtout de clarifier l’information :

« Dans la brochure, on voulait être clairs et ne mettre que les installations pour lesquelles les gens étaient directement touchés, celles à côté de chez eux. On n’a pas voulu disperser l’information, qui se fait par bassin. Par exemple dans la Drôme, la brochure parle du nucléaire mais pas de la vallée de la chimie. »

Avant de lâcher :

« Et puis, on n’est pas là pour paniquer les gens. »

Même son de cloche du côté de la Frapna, avec Lydie Nemausat qui rappelle pourtant que les centrales françaises étant vieillissantes et certaines sur des zones sismiques, une catastrophe telle qu’a connu Fukushima au Japon « pourrait nous arriver » :

« En cas d’accident nucléaire important, toute la région, voire bien plus, serait concernée. Mais ce ne sont pas les mêmes consignes, les mêmes réflexes à avoir. Cela nécessite une communication à part. »


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2 Commentaires postés

  1. À Lyon, on a aussi un laboratoire Merieux classé P4