
Le temps se suspend, le quotidien se fissure et laisse alors entrevoir les lignes de fuite de la pensée et des sensations corporelles. Le regard d’une femme passe de l’autre côté du miroir d’un snack, vitrine constellée des reflets de la ville. Une jeune fille s’évade dans le sommeil et la rêverie au cœur même de ce qui nourrit peut-être cette rêverie : un cinéma aux fauteuils rouges mangés d’ombre. Et dans un café de Saint-Pétersbourg, un couple esseulé, baigné dans une atmosphère picturale à la Edward Hopper, semble soudain coupé du monde.
A travers un petit ensemble d’images, Géraldine Lay saisit les Failles ordinaires, étranges instants figés où les individus montrés semblent basculer « ailleurs » – un ailleurs intime où le proche paraît lointain, vertigineux. Ces images prennent place dans une exposition collective organisée par Le Réverbère et intitulée Désir de collection (jusqu’au 27 juillet), dans laquelle la galerie présente des ensembles de ses photographes (François Deladerrière, William Klein, Bernard Plossu, Denis Roche, Lionel Fourneaux…), ainsi qu’un florilège d’images d’anonymes, et de très beaux clichés signés Jacques Henri Lartigue ou Marc Riboud.
Un délice pour l’amateur d’art et de photographie !
Des failles aux taches

Vincent Dulom, L’entre. Jet d’encre sur toile (tirage unique), 290 cm x 290 cm. Production La BF15, 2013.
De son côté la Galerie Michel Descours, à travers une quarantaine de toiles, tente de présenter les différents aspects de l’œuvre, viscérale et hantée par tout un peuple de personnages fantasmagoriques, du peintre et dessinateur Jean Raine (jusqu’au 14 septembre).
Dans un registre beaucoup plus minimaliste mais non moins fascinant, le centre d’art La BF15 ouvre jusqu’au 27 juillet ses espaces à Vincent Dulom (né en 1965), un artiste parisien qui joue sur l’infime et l’informe. À la surface d’une grande toile, on découvre par exemple une sorte de tâche, aux tons variant du gris au violet, qui semble se mouvoir et se déformer au fur et à mesure que le temps passe. Respiration de la lumière et de l’ombre, la peinture se fait ici présence mystérieuse, déjouant sans cesse les limites et les structures de la forme. La tâche ressemble presque à un œil qui, en miroir au nôtre, inquiéterait et creuserait le regard comme la figuration. Ailleurs, Vincent Dulom a disposé de fragiles baguettes métalliques d’un mètre de longueur, dessinant quelques sculptures, soulignant ou rythmant les espaces. Des lignes poétiques à la limite, là encore, de l’informe et de l’imperceptible.
Par Jean-Emmanuel Denave sur petit-bulletin.fr

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